mercredi 12 octobre 2016

Néo Faust d'Osamu Tezuka


Un livre inédit du Dieu du manga est toujours un événement, surtout lorsqu'il s'agit comme ici, de l'un des derniers sur lesquels travaillait le maître avant de s'éteindre en 1989 (tout comme Gringo ou encore Ikki Mandara qui ne sont également pas achevés). 

Osamu Tezuka choisi ici de traiter à sa manière, le thème de Faust et de le situer dans les Japon des années 1960/1970, en pleine ébullition et autres manifestations étudiantes.

Ichinoseki est un vieux professeur qui, même s'il a consacré sa vie à l'étude du génie génétique n'a malheureusement pu percer les secrets de l'univers. Suite à une expérience qui a mal tournée, il agonise. Une jeune femme fait alors son apparition et lui révèle qu'elle est le diable, avant de lui proposer, en échange de son âme, une nouvelle jeunesse - synonyme de seconde vie.
Après avoir accepté le marché, le vieux Ichinoseki se retrouve dans un corps jeune et plein de vigueur, mais complètement amnésique : il ne semble se soucier que d'une femme qu'il a entraperçu avant que le diable ne lui donne une nouvelle jeunesse. Il est prêt à tout pour la retrouver...

Même si l'idée de départ est archi connue, Osamu Tezuka a réussi sans problème à s'en emparer et à y ajouter sa touche personnelle. Ce qui signifie également que le récit et son déroulement ne sont pas exempts de tous reproches. Comme souvent avec le Tezuka de cette période, on perd le fil conducteur de l'histoire, car pendant une grosse partie du livre, il n'est plus question de la jeune fille qui obsède  tant Ichinoseki. 
De plus, à cette époque, le maître voulait également paraître un peu plus "adulte" et n'hésitait pas à insérer des seins ou des fesses à des moments où cela n'était pas justifié, et là encore on retrouve cela ici. Sans parler de la touche "sociétale" - ici les manifestations étudiantes - que Tezuka incorporait dans ces histoires et qui n'était que survolée, au contraire de ce qui se faisait dans Garo et dont Yoshihiro Tatsumi était le premier représentant. Osamu Tezuka était un formidable dessinateur doué d'une imagination incroyable, mais un bien piètre témoin de cette époque agitée.

Mais, bien entendu, tous ces points négatifs ne sont que des petits détails de chipoteur (qui aime bien châtie bien dit-on), et ceux-ci n'éclipsent pas les bonnes choses dont est truffé ce Néo Faust.
Tout d'abord, la construction cyclique de l'histoire est une très bonne idée et permet d'éclairer des points ou des passages qui peuvent paraître un peu abscons au début du livre et surtout de se rendre compte que l'histoire était déjà écrite avant que l'on fasse connaissance des personnages. 
Ensuite, le talent de conteur de l'auteur agit ici dans le fait que l'on est face à une histoire (inachevée !) de plus de 400 pages et qu'il arrive à nous tenir en haleine tout le long de ce récit. Beaucoup d'autres auteurs nous auraient perdu en route, mais pas Tezuka, qui malgré des longs détours - qui n'en sont pas moins très intéressants - par rapport à l'intrigue principale réussit à tenir le cap et à retomber sur ses pieds.
Enfin, comme quasiment toujours avec Osamu Tezuka, le dessin clair, net et précis, ainsi que le découpage cinématographique sont une vraie réussite et y sont pour beaucoup dans la fluidité qui se dégage de ce récit très dense. 

Ce qui est très touchant dans cette histoire, c'est que l'on peut y voir une réflexion personnelle de l'auteur sur sa propre vie : il a continué à travailler jusqu'à son dernier souffle sur son lit de mort car il était persuadé de ne pas avoir tout dit et de ne pas avoir fait la moitié de ce qu'il aurait souhaité faire. La perspective d'une seconde vie devait lui sembler quelque chose de très attirant, même s'il ne l'aurait pas consacré au travail à l'instar de Ichinoseki qui a trouvé une quête plus personnelle.
La fin du livre est assez émouvante car on peut y voir dans les dernières pages, les rushs, puis les esquisses, puis juste les textes et enfin une case blanche, comme si nous étions les témoins de la fin du maître...
Néanmoins, je pense que cette oeuvre s'adresse avant tout aux connaisseurs de Tezuka, plutôt qu'au lecteur néophyte.

Encore une fois avec les éditions FLBLB, nous avons affaire à un bel objet, avec une couverture à rabats et du bon papier. Je ne peux que les remercier (et les amateurs de Tezuka avec moi) pour le travail réalisé pour nous faire découvrir les dernières œuvres ou celles moins connues de l'impressionnante bibliographie du maître.

Note : 14/20


Néo Faust d'Osamu Tezuka
FLBLB / 2016
ISBN : 978-2-35761-112-2
424 p. / 20€

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