dimanche 24 mars 2019

Quelques crowdfunding intéressants (7)

Je vais essayer de renouer avec ce rendez-vous plus ou moins régulier du dimanche matin, où je partage avec vous des projets divers et variés qui n'attendent que nous pour pouvoir exister. 
Je rappelle bien sûr que je ne touche absolument rien dessus, il s'agit - comme tout ce qui se trouve dans Le Bazar - d'une volonté de sortir des sentiers battus des grosses machines (édition, jeux de rôle  / plateau etc.) en vous présentant des choses qui restent confidentielles, malgré leur intérêt certain.

On commence avec la troisième livrée de "Heroes of the Golden Age" sur Kickstarter, avec toujours une superbe couverture signée Chris Malgrain (mais d'autres versions alternatives par d'autres grands artistes sont également disponibles). J'avais parlé du premier opus de ce projet - qui s'intitulait à l'époque Heroes of the Public Domain - ici. Il s'agit donc d'un guide qui référence et qui présente les superhéros qui ont vu le jour entre les années 30 et les années 50 et qui faute d'adhésion du public, ont disparu des radars de l'édition pour finalement tomber dans le domaine public. L'intérêt de la chose étant de (re)découvrir des superhéros injustement méconnus. En plus, vu que c'est illustré par Chris Malgrain, ça ne peut être que beau. Il vous en coûtera de 8 CA$ (soit environ 5€) pour la version PDF à 400 CA$ pour le guide + la couverture originale de la version de Steven Butler. Pour la version simple de la chose, comptez 15 CA$ + 20 CA$ de fdp soit, environ 23€. 
À noter, bien entendu, tout cela est anglais.


Toujours chez Kickstarter et donc toujours en anglais, je suis tombé sous le charme de ce "Monster Atlas - Volume 2 : British Isles & Nordic Countries". Comme son titre l'indique, il s'agit d'un guide de référencement des monstres et autres créatures fantastiques dont le berceau est - pour faire court - l'Europe du Nord. Étant passionné depuis toujours par ces sympathiques créatures, je trouve ce projet vraiment très intéressant, bien illustré et bien documenté, tout en étant très concis (et donc pas trop difficile à comprendre pour ceux qui sont fâchés avec la langue de Gareth Bale - on a les références que l'ont peut). Il vous en coûtera de 5 CA$ (environ 3€) pour un merci à 300 CA$ (environ 198€) pour les guides 1 et 2 + des pages originales du guide. Pour le guide simple, il y a deux options : le pdf à 15 CA$ (soit environ 10€) ou le guide papier à 30 CA$ + 25 CA$ de fdp (soit environ 36€).
Il existe également une offre pour les deux guides en version papier à 70 CA$ (soit environ 46€), mais les fdp assassins de plus de 26€ rendent la chose beaucoup trop chère pour nos autres pauvres habitants du Vieux Continent...


Et pour finir ce septième numéro, on retourne sur nos bonnes vieilles latitudes et sur Ulule, avec  le numéro 2 de "L'Intrépide", superhéros imaginé par Marcus lorsqu'il était enfant. L'animateur avait réussi à finalement terminer son histoire débutée en 1977 et qui s'était arrêtée sur un cliffhanger de folie (sans doute le plus long et le plus insoutenable de la bande dessinée) en 2014. Il décide de remettre le couvert cette année et je pense que l'on peut lui faire confiance. 
Il vous en coûtera de 5€ pour un merci et une participation à un tirage au sort à 3000 € pour apparaître dans l'album et dans l'émission de Marcus - ce qui me paraît un peu abusé quand même. Pour ma part, je me contenterai sûrement de l'album pour 25€.


Et voilà, c'est tout pour aujourd'hui ! Je vous souhaite une bonne fin de weekend.

vendredi 22 mars 2019

Allan Mac Bride - Tome 6 : Les ombres de Ta Keo de Jean-Yves Brouard et Patrick A. Dumas

De retour aux affaires après un (trop) long hiatus, pour cause  - comme d'habitude - de trop de travail qui fait chier et d'enfants qui grandissent trop vite, je vais vous parler aujourd'hui du sixième tome d'une série que j'affectionne particulièrement : Allan Mac Bride, œuvre de Jean-Yves Brouard et Patrick A. Dumas.
Après nous avoir fait voyager de l'Égypte aux îles du Pacifique, les deux artistes ont débuté un nouveau cycle dans le tome précédent, qui se conclu avec le présent album et qui se passe au Cambodge, plus précisément dans la région de Siem Reap, célèbre pour les magnifiques temples d'Angkor.

Allan Mac Bride se trouve toujours au Cambodge, sur le site d'Angkor où, bien qu'il ne soit plus mandaté par son ami Hervé, il poursuit sa quête concernant les étranges statues d'Apsaras. En effet, il reste persuadé que les mains des statues lui indiquent un endroit précis où il pourra, si ce n'est trouver, au moins en savoir plus sur la mythique épée des anciens rois du Cambodge : la légendaire Preah Khan.
Malheureusement pour lui, même si son intuition s'avère juste, il ignore qu'il est entouré de traîtres qui feront tout pour s'approprier avant lui les fruits de ses découvertes. D'autant plus que plusieurs factions de criminels tirent des ficelles dans l'ombre et n'hésitent pas à se débarrasser purement et simplement de ceux qui les entravent ou les ralentissent dans leur mission. Allan va donc devoir affronter d'énormes périls pour découvrir la vérité...

Encore une fois, Jean-Yves Brouard arrive à trouver le parfait équilibre dans cet album, entre les différents ingrédients de son intrigue, à savoir l'Histoire, la mythologie, le fantastique et l'action pure. Contrairement au tome précédent où l'auteur prenait le temps de nous présenter la légende de l'épée de Pisnokar, il n'y a ici aucune pause ou coupure dans le récit haletant de la quête d'Allan. Celui-ci est toujours en mouvement, quasiment obnubilé par la quête qui est la sienne et qui se transforme, à cause de l'arrivée de la saison des pluies, en course contre la montre. Cette sensation d'urgence est vraiment très bien retranscrite par l'auteur et son histoire sans temps mort.
Ensuite, si vous êtes comme moi, fan d'archéologie à la Indiana Jones, Jean-Yves Brouard nous gâte, avec une grosse partie de l'album qui se passe dans des souterrains antédiluviens situés en dessous des temples cambodgiens qui amènent, bien entendu, leur lot de pièges et aux mystères. Cette atmosphère confinée apporte un vrai plus à la sensation d'urgence de la mission d'Allan Mac Bride.
Enfin, le récit en général est absolument prenant car, en parallèle du côté purement action déjà évoqué, Jean-Yves Brouard a eu l'excellente idée d'y ajouter une énorme dose de suspense en mêlant à l'intrigue non pas une, mais deux factions très intéressées par les découvertes de Mac Bride. Cela met en place une sorte de ménage à trois où l'on sent que ce pauvre Allan va avoir du fil à retordre pour trouver ce qu'il cherche et surtout pour en sortir indemne.
Le seul bémol que je pourrais apporter à mon enthousiasme pour cette histoire, c'est *ATTENTION SPOILER* le revirement du tout au tout de Préah Suryah, le gourou de la secte. Je comprends pourquoi d'un point de vue scénaristique (s'il n'avait pas été totalement changé, il n'aurait pu collaborer avec Mac Bride pour sortir du souterrain et les aventures de l'aventurier se seraient arrêtées là, ce qui auraient été très dommage) et surtout cela permet de d'ajouter une nuance de gris en plus entre le blanc du gentil et brave Mac Bride et le noir de l'horrible Fergusson, mais ce changement est un peu trop brutal et total à mon goût. Mais comme cela n'altère en rien le plaisir de la lecture, on peut dire que c'est du pur chipotage de ma part ! *FIN DU SPOILER*

Pour ce qui est des dessins, Patrick A. Dumas nous régale encore une fois de son talent. Les décors sont à couper le souffle et nous permettent de nous immerger totalement dans l'atmosphère du récit. Tout y est méticuleux et peaufiné dans les moindres détails et ces magnifiques planches participent totalement à la réussite qu'est cet album (et cette série). 
Le découpage des planches bien qu'assez classique, est ici parfaitement pensé pour accompagner l'action à cent à l'heure du récit. On passe d'une case à l'autre très rapidement, sauf parfois, quand l'artiste se permet une courte pause pour une double page à couper le souffle, ou des cases un peu plus conséquentes, pour souligner l'importance de l'action. Un vrai régal pour les yeux !

À la fin de la lecture de ce tome, on se dit qu'un troisième volume n'aurait pas été de trop, tant on aurait voulu continuer à suivre Allan dans ces décors magnifiques (et surtout magnifiquement retranscrits par Patrick A. Dumas) que sont ces temples cambodgiens. Mais en y réfléchissant à tête reposée, on se rend compte qu'en faisant le choix d'un diptyque, les auteurs ont ainsi concentré l'histoire et l'action qui ne connait donc aucun temps mort et l'on se dit que c'est beaucoup mieux ainsi, puisque l'on tourne les pages à toute vitesse pour connaître les rebondissements qui attendent Allan Mac Bride. On est donc triste de quitter si rapidement notre ami archéologue, mais heureux d'en avoir pris plein les yeux dans ce cycle mené tambour battant.
Que dire de plus si ce n'est : vivement la suite des aventures !

Note 17/20


Allan Mac Bride - Tome 6 : Les ombres de Ta Keo de Jean-Yves Brouard et Patrick A. Dumas
JYB Aventures / 2019
ISBN : 9791090083202
48 p. / 12,80€

Les aventures d'Allan Mac Bride sont disponibles sur le site de Jean-Yves Brouard, JYB-Aventures. N'hésitez pas à aller y faire un tour et à découvrir les autres séries de ce talentueux auteur !

vendredi 8 février 2019

Proxy Elfe HeroQuest (2)

Comme je n'ai pas le temps de finaliser ma chronique en cours, je vais essayer de me faire pardonner en partageant avec vous, une superbe trouvaille concernant un proxy pour mon personnage favori de notre bon vieux HeroQuest, à savoir notre ami l'Elfe.
Comme souvent, ce must have vient de nos amis de chez Foundry. Ce magnifique Elfe oldschool (en fait il s'agit d'une reprise de moule de Citadel) aurait très bien pu servir de prototype pour la figurine que nous connaissons tous, tant les physionomies des deux sont proches.
Il vous en coûtera £6 + fdp (soit environ 6,80€ + fdp), pour enrôler dans votre bande ce parfait représentant des Premiers-nés.
Merci à l'excellent blog Pousseplomb pour l'information !


C'est tout pour aujourd'hui, je retourne travailler... Bon weekend !

mardi 29 janvier 2019

L'Arabe du futur - Tome 4 de Riad Sattouf

Après un tome 3 un ton en dessous, j'étais un peu partagé quand j'ai ouvert ce volume. Allais-je retrouver l'enthousiasme des deux premiers de la série, ou, au contraire, assister malgré moi à la lente dégringolade d'une histoire qui aurait normalement dû être racontée en trois parties et qui en comptera au moins le double... 

Riad, sa mère et ses frères vivent désormais en Bretagne, dans le village de sa grand-mère maternelle. De son côté, son père travaille désormais en Arabie Saoudite où il a accepté un poste à l'université de Riyad. Il espère ainsi réussir à gagner suffisamment d'argent pour pouvoir revenir s'installer en France et y vivre confortablement. Malheureusement, la distance fait que Riad et sa famille ont très peu de contacts avec lui et qu'ils semblent s'éloigner de plus en plus les uns des autres. De son côté, Riad, continue de dessiner et commence à penser de plus en plus aux filles...
Le père de Riad revient finalement vivre en France avec eux, mais il a changé. Lui qui était assez peu pratiquant semble désormais tout remettre en question à cause de sa foi, qui l'isole de plus en plus. Son épouse ne supportant absolument pas ça ce virage, ils passent leur temps à se disputer. 
Malheureusement pour elle, la grand-mère paternelle étant gravement malade, toute la famille doit retourner en Syrie, où Riad constate que rien n'a réellement changé, si ce n'est en pire pour lui, car il n'est plus un enfant. Il prend aussi conscience que le couple formé par ses parents n'en est plus un. S'en suivront plusieurs allers-retours avec la France, où Riad, sa mère et ses frères finiront par s'installer, sans leur père et mari. Ce dernier les rejoindra finalement et essaiera de se montrer moins obtus envers sa femme. Malheureusement, un événement incroyable va faire basculer la vie de la famille de Riad...

Comme indiqué dans mon introduction, j'avais été un peu déçu par le tome 3 et je n'avais donc pas réellement d'attente pour le présent volume. Je savais qu'au pire je passerai un bon moment de lecture, mais sans plus et au mieux, mon intérêt pour la série se trouverait réveillé. C'est finalement la seconde hypothèse qui se révèle ici être la bonne.
En effet, ce tome qui est un chouïa plus épais les précédents (288 pages contre 160 auparavant), est une vraie réussite. Que ce soit dans l'histoire de la famille, la sienne propre (avec la "découverte" des filles ou l'arrivée de l’acné) et la manière de les raconter, Riad Sattouf prouve qu'il est vraiment un conteur hors-pair. Il arrive toujours à trouver le juste équilibre entre les moments graves et ceux plus légers, et surtout à montrer que malgré tout, que ce soit en Bretagne ou en Syrie, il a vécu de très bons moments dans les deux pays, qui sont parties intégrantes de son identité.
Mais ce volume n'est pas que plus épais que les autres, il possède également une atmosphère beaucoup plus grave, l'auteur passant ici de l'enfance - et de l'innocence - à la puberté - et sa prise de conscience du monde. L'enfance semble d'ailleurs prendre réellement fin à la dernière page du livre, lorsque l'on apprend ce qu'a fait le père de Riad Sattouf. Ce drame que l'on sent venir tout le long de l'histoire - sans pour autant en deviner la nature - tant les parents semblent avoir atteint un point de non-retour, dû aux différences culturelles qui se font de plus en plus flagrantes et surtout à leur évolutions personnelles qui ont pris des directions diamétralement opposées.
D'ailleurs, alors que dans les autres volumes, on sentait une vraie tendresse de Riad envers son père, qui arrivait à nous montrer que malgré ses défauts et ses fanfaronnades, il était avant tout humain, dans ce tome, le ton de l'auteur a réellement changé. Comme indiqué plus haut, le fait sans doute de sortir de l'enfance et de comprendre plus de choses qui l'entourent qu'auparavant a sans doute joué dans cela. J'avais d'ailleurs eu l'impression quelque fois que sous couvert d'autobiographie, l'auteur était plutôt en train de raconter la vie de son père, Abdel Razak. Ici, nous sommes presque dans une sorte de portrait à charge qui peu - à certain moment - paraître un peu excessif, mais qui tout à fait compréhensible une fois lu la dernière page. Ce changement de ton est donc à mon avis un peu raide, car nous ne savons pas ce qu'a pu vivre Abdel Razak pour qu'il se radicalise ainsi. Peut-être aurons-nous cette réponse dans le ou les tomes suivants. Ou Pas ?

En ce qui concerne les dessins, nous avons ici affaire à un Riad Sattouf de compétition qui arrive toujours à saisir avec justesse les traits, les mimiques ou les postures, propres à amplifier soit le côté comique, soit le côté dramatique des personnages ou des situations. Il semble avoir réussi à encore plus épurer son trait, ne conservant que l'essentiel. Ceux qui le suivent depuis de début - et donc apprécie ce genre de dessins seront aux anges. Pour les autres, qui sont un peu plus réticents, ce tome-ci ne les fera pas changer d'avis, bien au contraire !
Nous retrouvons également ici les deux colorisations distinctes bleue pour la France et rose pour la Syrie qui ont fait la particularité et l'identité de la série.

En conclusion, ce tome qui est donc excellent, à vraiment relancer - et réveiller - mon intérêt pour cette série. Riad Sattouf réussissant le tour de force de ne jamais tomber dans le mélo, ce qui aurait pourtant pu être fait, au vu du coup de théâtre final. En alternant les moments comiques, les souvenirs parfois naïfs de son enfance et les moments de tension, il arrive à trouver un équilibre et un rythme qui font que ces presque 300 pages se lisent d'une traite. Ce volume se terminant - comme le précédent - sur un cliffhanger de folie, va rendre l'attente jusqu'au prochain tome très longue et très difficile !

Note : 17/20


L'Arabe du futur - Tome 4 de Riad Sattouf
Allary Éditions / 2018
ISBN : 978-2370730541
288 p. / 25,90€

mardi 22 janvier 2019

Intégrale Félix - Tome 4 de Maurice Tillieux


Les Éditions de l'Élan continuent leur magnifique travail de mémoire en l'honneur de ce maître du neuvième art qu'était Maurice Tillieux, en nous offrant deux fois l'an, des pépites que sont ces intégrales de Félix.
Ce quatrième tome ne fait pas exception à la règle et la qualité est encore une fois au rendez-vous avec un volume de toute beauté qui regroupe six histoires du journaliste à houppette, béret et lunettes, toutes parues en 1951.
Contrairement au tome précédent qui avait vu nos trois amis voyager à l'autre bout du monde, nous avons ici affaire - mise à part une histoire "flashback" - à des contrées un poil moins exotiques (Angleterre, Écosse, Marseille et Neuilly), sans que pour autant l'intérêt de celles-ci ne diminuent (c'est même le contraire à mon humble avis).
C'est donc parti pour ma chronique de ce tome 4 de l'Intégrale de Félix par Maurice Tillieux !



Au sommaire de ce quatrième tome :
- Une tête doit tomber
- "Continentale"
- La Liste n°3
- Félix enseigne le judo
- Cette sacrée publicité !
- La momie mène la danse

Dans "Une tête doit tomber", Félix et ses comparses sont à Marseille, pour se reposer de leurs aventures en Corée. Tandis qu'il lit le journal, Félix tombe sur un article concernant l’exécution prochaine du brigadier Durand, coupable d'avoir empoisonné son supérieur. Sentant qu'il y a anguille sous roche, le journaliste va rencontrer l'accusé, puis ayant besoin d'un peu de temps pour prouver l'innocence de Durand, demander à Allume-Gaz et Cabarez de retarder de quelques jours l'exécution de l'accusé. Comment ? Tout simplement en volant la guillotine !

"Continentale" : Suite aux retentissement de l'affaire Durand, Félix et ses camarades sont assaillis de demandes d'interviews de la part de journalistes. Félix étant absent, Allume-Gaz décide de leur raconter l'une de leurs anciennes aventures vécue au Mexique où ils ont aidé leur ami Tony Berto à sauver sa petite compagnie aérienne sur laquelle lorgnait avidement la "Continentale". Cette dernière, dirigée par des hommes peu recommandables n'avait en effet reculé devant aucun moyen pour mettre la main sur l'entreprise de Berto, allant jusqu'au sabotage en plein vol d'un avion. Mais cela était sans compter sur la présence de Félix et d'Allume-Gaz dans le cockpit...

Dans "La Liste n°3", Félix, Allume-Gaz et Cabarez sont à Londres. Ils ont été envoyés par leur journal dans la capitale anglaise pour couvrir des fouilles archéologiques dans le Devonshire. Tandis qu'ils s'absentent de leur appartement, celui-ci est "visité" par deux malfrats qui le mettent sens dessus dessous. Ils sont dérangés dans leur besogne par le retour impromptu de Félix. Après s'être battu avec eux, Félix s'aperçoit qu'il ne manque rien dans ses affaires... Puis il reçoit un coup de téléphone de l'inspecteur Taurus qui lui apprend que l'on a trouvé un message sur cadavre, indiquant qu'une liste se trouvait dans les affaires de Félix. Le journaliste va alors se mettre en route pour retrouver la trace de ses agresseurs, sentant que les deux événements sont forcément liés...

"Félix enseigne le judo" : Tandis qu'ils se trouvent encore à Londres, les trois amis reçoivent la visite d'un homme qui souhaite que Félix lui apprenne quelques rudiments de judo. L'homme étant très (trop) insistant, le journaliste se fait plaisir de lui montrer et de pratiquer toutes sortes de prises sur lui, en faisant beaucoup de bruit. Une fois l'élève reparti, l'inspecteur Degelbee rend visite aux trois compagnons pour leur apprendre qu'un vol de bijoux a eu lieu dans l'hôtel. Plus précisément dans la chambre voisine de celle de Félix. Le journaliste sent que "son élève" n'était pas seulement ici pour prendre une leçon de judo...

Dans "Cette sacrée publicité !", Félix, Allume-Gaz et Cabarez se rendent en Écosse, à Balmoral pour se reposer. Pourtant, dès leur arrivée dans la ville, ils apprennent que Jim Cavendish, un célèbre coureur automobile a disparu, tandis qu'il doit disputer le Grand Prix d'Écosse dans une semaine ! Afin de le retrouver rapidement, une prime de 100000£ est même proposée. Bien entendu, une telle somme va attirer l'attention de deux petites frappes qui vont tout faire pour mettre des bâtons dans les roues de Félix et Allume-Gaz, qui sentent qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans cette disparition.

"La momie mène la danse" se passe en France et plus précisément à Neuilly, où depuis quelque temps, les chats disparaissent les uns après les autres. En tout, c'est plus de 200 chats qui se sont évaporés en moins de trois semaines. Sentant que cela cache une affaire sordide, Félix part enquêter sur place, secondé comme il se doit par Allume-Gaz et Cabarez. Très vite, ils vont se rendre compte que tout semble tourner autour d'un drôle de personnage : le docteur Boissy, condamné il y a quinze pour trafic de drogues et envoyé au bagne de Cayenne pour y purger sa peine...

Autant le dire tout de suite, ce tome - qui a une saveur particulière pour moi, car il regroupe les histoires par lesquelles j'ai découvert Félix - est une complète réussite. Même "Félix enseigne le judo" qui démarre comme une succession de gags "slapsticks", un peu dans l'esprit de "Les chasses de Cabarez" du tome précédent, se révèle être finalement une très bonne surprise avec ce vol mystérieux commis quasiment sous le nez de nos trois amis et bourré d'humour grâce aux jeux de mots pourris d'Allume-Gaz (qui préfigurent ceux de Libellule dans Gil Jourdan) et au pauvre Cabarez. 
La case qui débute "La liste numéro 3" où l'on voit Félix filer un uppercut à un gars trois fois plus gros que lui est l'image qui reste associé à ma découverte de la série. En effet, quand mon père m'avait ramené cette bande dessinée à la maison (avec également un Timour de Sirius, mais cela est une autre histoire), j'ai tout de suite su que j'allais aimer cette histoire. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'un gringalet avec des lunettes filait une rouste à un grand costaud. Pour une fois, le mec à lunettes n'était pas (que) l'intello, mais se servait aussi de ses poings ! Mais ce qui m'a vraiment fait basculer dans la série, c'est le subtil mélange d'action et de suspense que l'on retrouve dans cette histoire. En très peu de cases, nous avons l'impression qu'il se passe tellement de choses qu'il parait impossible que cette histoire ne fasse que 12 pages. Et on comprend ensuite pourquoi Maurice Tillieux réutilisera ces histoires / idées pour des albums de 48 pages.
Cette histoire était pour moi, jusqu'ici la meilleure de toute celles que j'avais lu, mais ça c'était avant que je ne découvre l'histoire qui clôture magistralement ce quatrième tome : "La momie mène la danse". Tout dans cette histoire est une réussite. Maurice Tillieux arrive à créer une atmosphère très particulière qui ressemble un peu à celle de l'histoire "N'y touchez pas, il est maudit !" présente dans le tome 5 (ce qui est un peu normal vu qu'il s'agit chronologiquement du récit venant ensuite), à savoir quelque chose de très particulier, mélange de fantastique et réalisme très terre à terre. Le fait que cela se passe en banlieue parisienne rajoute aussi à cette réussite, car l'on se rend compte qu'en 1951, Neuilly était un tout peu différent de ce qu'il est désormais.

Pour ce qui est des autres histoires, elles sont toutes de très haute volée. Que ce soit "Une tête doit tomber" et son idée de départ totalement saugrenue de vouloir voler la guillotine pour repousser l’exécution d'un innocent, "Continentale", où le côté très hard boiled de Félix ressort lorsqu'il menace le vil Moreno de le pulvériser en l'attachant à la turbine de l'avion, ou encore "Cette sacrée publicité !" et son idée de génie - qui sera d'ailleurs "empruntée" par Greg quelques années plus tard. Ce tome 4 est à mon goût le plus homogène de tous ceux qui ont été publiés jusqu'à présent. C'est très simple, il n'y a rien à redire !

Pour ce qui est du dessin, on sent ici - comme pour le tome 3 - que Maurice Tillieux est en pleine possession de ses moyens et maîtrise parfaitement tous les ingrédients de ses histoires. Que ce soient les personnages, les décors (la banlieue de "La momie mène la danse" est criante de vérité et participe complètement à cette atmosphère poisseuse, digne de "Brouillard au Pont de Tolbiac" de Tardi - à moins que ce ne soit l'inverse, vu les décennies qui séparent les deux œuvres), les véhicules... Tout concours à la lisibilité de l'histoire et ne tend que vers un seul objectif : l'action !
La mise en page est elle aussi vraiment impeccable et parfaitement maîtrisée : les angles de vues sont très travaillés, l’enchaînement de divers formats de cases pour coller au rythme du récit et surtout les premières cases de chaque histoire qui donne le tempo du récit sont magnifiques.
Pour être un peu tatillon, je dirai que le seul bémol ici concerne le lettrage des phylactères. En effet, dans certaines bulles on a l'impression que l'auteur s'est laissé aller et n'a pu faire rentrer son texte qu'au chausse-pied ("défaut" que l'on retrouve aussi chez Jacobs et ses fameux récitatifs).

Encore une fois, les copieux dossiers présents en début de volume sont tout simplement indispensables. Nous retrouvons tout d'abord une présentation détaillée de chaque histoire, avec remise en contexte, sources d'influences et indication de réutilisation dans la suite de l'œuvre de l'auteur. Ensuite, nous avons droit à un dossier "Les voitures dans la série Félix", qui montre à quel point Maurice Tillieux était un amateur d'automobiles qui se documentait beaucoup pour pouvoir ensuite les reproduire le plus fidèlement possible dans ses histoires. Passionnant.

On peut dire que j'attendais avec impatience ce tome 4, puisqu'il contient les premières histoires de Félix que j'ai lu étant plus jeune, à savoir : "Une tête doit tomber", "Continentale" et "La Liste n°3". Quel bonheur de pouvoir les relire aujourd'hui "dans leur jus" avec la reproduction à l'identique des pages d'origines et complétées par les programmes non-stop ! Ces histoires me font toujours le même effet et sont pour moi la quintessence de cette série. Sans compter une histoire dont j'avais beaucoup entendu parler sans avoir réussi à mettre la main dessus : "La momie mène la danse", qui apparait finalement comme la meilleure des histoires de Félix que j'ai lu jusqu'à maintenant. Tout y est : de l'action, du suspense, de l'humour, une mise en page et un récit totalement maîtrisés. Bref, que du bon, voire du très bon pour ce quatrième tome de cette intégrale, qui grâce au travail méticuleux des Éditions de l'Élan restera dans les annales de la bande dessinée. Vivement la suite et donc le tome 8 !

Note : 18/20


Intégrale Félix - Tome 4 de Maurice Tillieux
Les Éditions de l'Élan / 2018
ISBN : 978-2960185959
135 p. / 29,95€
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