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mercredi 18 juillet 2018

Le Garde Républicain - Annuel Spécial Noël 2017

Après le Mexique et New York, Le Garde Républicain regagne ses pénates pour ce dernier numéro en date des annuels spécial noël qui lui sont consacrés (j'ai donc finalement réussi à résorber mon retard concernant ceux-ci et ça, c'est une bonne nouvelle). Il sera donc confronté ici au plan diabolique ourdi par deux supervilains bien décidés à mettre Paris à feu et à sang, pour des raisons qui leur sont propres. L'annuel de 2014 fleurait bon la SF, celui de 2015 était comics à 100% et celui-ci nous flirte - pour notre plus grand bonheur - avec l'horreur et le fantastique. Bref, cela donne envie de se plonger dans sa lecture sans plus attendre !

Tandis qu'ils sont en train de préparer Noël dans leur repaire secret, Bricolo, Le Garde Républicain et Marianne sont dérangés par une alarme : quelqu'un vient de commettre un vol dans le "Cabinet noir", la salle secrète où la République conserve tous les artefacts et autres objets magiques en sa possession. Lorsqu'ils arrivent sur place, Le Garde et Marianne sont confrontés au "Bourreau de Béthune", un supervilain descendant des rois de France et - à ce titre - voulant rétablir la monarchie dans le pays. Alors qu'ils étaient en train de prendre le dessus, le Bourreau utilise  "Le Doigt de Quasimodo" - une pierre magique changeant temporairement en statue ceux qui sont frappés par son rayon - pour les neutraliser. Puis, s'emparant de "L'Orbe des Templiers", il regagne les catacombes pour rejoindre son allié de circonstance : Baphomet, une créature ayant les mêmes origines que Wampus, qui pendant ce temps, a réveiller tous les corps des catacombes pour déverser sur la capitale des milliers de zombies habillés en père noël, afin d'y faire régner terreur et chaos. Dans cette périlleuse mission, Le Garde Républicain pourra compter sur le soutien de la vampire Bouche Rouge, ainsi que sur Le Comte de Saint-Germain...

J'ai encore une fois passé un très bon moment avec cet annuel du Garde. Le récit est très bien construit et très dense, tout en se lisant très bien. En effet, même si beaucoup de personnages de l'univers Hexagon Comics sont à l'œuvre ici, ceux-ci sont bien présentés, ce qui permet au novice que je suis de ne pas avoir l'impression de prendre le train en route et surtout de rendre la lecture de cette histoire trépidante, très fluide.
Comme toujours avec le travail de Jean-Marc Lofficier sur Le Garde Républicain, on se demande comment il réussit à faire tenir tout ceci (action débridée, personnages multiples, petites histoires parallèles) en si peu de pages et surtout en réalisant un récit captivant qui tient la route. Appelons ça le talent, sans doute.
Enfin, j'ai beaucoup apprécié le second degré présent dans cette histoire avec Baphomet qui choisit des costumes de père noël pour attifer ses zombies. Cela m'a un peu fait penser à la nouvelle de Boris Darnaudet "Le Père Léon" où le narrateur et ses amis sont attaqués - et massacrés - par un père noël tout droit sorti d'un film d'horreur de série Z. 

Les dessins signés Manuel Martin Peniche sont très agréables dans l'ensemble, voire vraiment magnifiques sur certaines cases. J'ai trouvé la mise en page également particulièrement bien réussie. Celle-ci est très dynamique et correspond donc parfaitement au ton du récit. Les quelques planches structurées en gaufrier correspondent soit aux très rares moments de calme, soit aux moments où les informations essentielles sont échangées entre les protagonistes. Tout cela est parfaitement pensé, tout en étant très efficace pour ce qui est de la fluidité de lecture des planches.
Les scènes d'action sont parfaitement représentées, que ce soit dans les mouvements des corps, les proportions ou les angles de vues, tout est parfaitement maîtrisé et très léché.
Enfin, le noir et blanc est particulièrement beau et colle parfaitement à la fois à l'ambiance de l'histoire et à la saison où elle se déroule (les parisiens comprendront). Bref, la découverte de cet artiste est vraiment une très bonne surprise pour moi. Je savais déjà d'expérience que Jean-Marc Lofficier sait s'entourer d'artistes talentueux, mais je dois dire que j'ai cette fois-ci été vraiment scotché par le trait de Manuel Martin Peniche. Je vais désormais me mettre en veille active sur cet auteur.

À noter également la très intéressante introduction de Jean-Marc Lofficier, qui permet d'éclaircir certains points (origines, liens) des nombreux personnages qui apparaissent dans l'histoire et qui permet vraiment d'apprécier ensuite le récit sans avoir à se demander qui est qui. Ça donne surtout envie de lire les autres aventures des personnages, mais cela est un autre sujet...

En conclusion, j'ai encore une fois passé un très bon moment durant la lecture de cet annuel spécial noël du Garde. Jean-Marc Lofficier et les différents dessinateurs réussissent à chaque livraison à nous offrir une ambiance différente pour les récits. Comme indiqué en introduction, nous avons eu droit au Mexique du XVIème siècle puis au New York du XXIème, avant Paris cette fois-ci, avec à chaque fois un traitement très différent, mais ô combien intéressant. Cela permet une fois de plus de mettre en avant la force du personnage / concept du Garde Républicain, qui se renouvelle et se réinvente à (quasiment) chacune de ses apparitions. Et ceci pour notre plus grand plaisir ! Vivement la suite.

Note : 17/20


Vous pouvez vous procurez tous les numéros de la série régulière et des annuels du Garde Républicain sur le site de Rivière Blanche. Vous y trouverez également toutes les intégrales Hexagon Comics dont celles du groupe Hexagon, de Gun Gallon et autres Gladiateur de Bronze. N'hésitez pas à aller y faire un tour, cela vaut de détour !
Et comme toujours, vous pouvez retrouver toutes mes chroniques des publications du Garde Républicain sur cette page.  

mardi 8 mai 2018

Anthologie Misty

Aujourd'hui, je vais vous parler de l'anthologie Misty, publiée par les éditions Delirium. Ce qui m'a réellement donné envie de la lire et de l'acheter, c'est la couverture qui attire tout de suite l’œil et attise la curiosité. D'autant plus que, je ne connaissais absolument pas la revue Misty avant de tomber sur cette très belle anthologie. 
Je me suis un peu renseigné et, pour la petite histoire, Misty était une revue britannique de la fin des années 70, au format tabloïd, imprimée sur du papier bon marché, et qui proposait des histoires fantastico-horrifique à destination des jeunes filles, mais pas seulement.
Ce recueil propose donc cinq histoires, trois longues ("Moonchild", "Les 4 visages d'Eve" et "Les Sentinelles") et deux courtes ("Racines" et "L'ombre d'un doute").

- "Moonchild" raconte l'histoire de Rosemary, une jeune fille qui a perdu son père très jeune et qui est élevée par sa mère, qui se montre extrêmement sévère avec elle. Toutes les deux vivent dans une maison sans électricité ni aucun confort moderne. L'étrangeté de sa mère (qui a l'allure d'une sorcière) et son mode de vie font de la pauvre Rosemary la souffre-douleur de la terrible Norma et de ses deux acolytes. Elle peut heureusement compter sur son amie Anne pour la soutenir. Un jour pourtant, poussée à bout par Norma, Rosemary va se rendre compte qu'elle possède un pouvoir incroyable : celui de la télékinésie. Ce don serait-il lié à la marque en forme de lune qu'elle a sur son front ? Et surtout saura-t-elle le contrôler ? Autant de questions qui vont hanter la jeune fille d'autant plus que Norma n'a pas dit son dernier mot et prépare une terrible vengeance, tandis que la mère de Rosemary lui révèle un terrible secret de famille...
- Dans "Racines", nous suivons Jill Trotter, une jeune fille dont les parents sont des prestidigitateurs itinérants. Ne pouvant emmener leur fille avec eux dans leur nouvelle tournée, ils l'envoient donc habiter chez son grand-père. Celui-ci malgré son âge avancé est toujours en pleine forme, mais ce qui est le plus étrange, c'est que tous les habitants du village d'Evergreen semblent également péter la forme. D'après le grand-père de Jill cela est dû à la bonne terre qui nourrit le village...
- "Les 4 visages d'Eve" : Eve vient de se réveiller dans une clinique et n'a aucun souvenir de sa vie. Par contre, à chaque fois qu'elle s'endort, un horrible cauchemar mettant en scène une jeune fille victime d'un accident d'avion vient la hanter. Cela a-t-il un lien avec son passé ? Les doutes sur son histoire personnelle se font de plus en plus grands au fur et à mesure qu'elle recouvre ses forces et vont culminer quand une femme la prend pour sa petite-fille décédée, tandis qu'une diseuse de bonne aventure lui apprend qu'elle ne devrait normalement plus être en vie...
- Dans "L'ombre d'un doute", Mary et ses parents habitent un petit village. Une nuit, la jeune fille est réveillée par le bruit de la porte de la grange. Allant voir ce qui a pu provoquer cela, elle entend des voix à l'intérieur du bâtiment. La même chose se reproduit les nuits suivantes, et Mary reconnait finalement les voix de certains habitants du village, ainsi que leurs silhouettes. Elle se rend compte que ceux-ci se réunissent dans le but de prendre le pouvoir. Même son père semble prendre part à ces étranges réunions. Pourtant, quand elle aborde la question avec lui, il ne semble pas comprendre de quoi sa fille parle...
- "Les Sentinelles". Deux tours jumelles surplombent le quartier pauvre d'une ville d'Angleterre. L'une est habitée sans aucun problème par des familles. L'autre, par contre, est abandonnée et personne ne veut y vivre, mais sans avoir à y payer de loyer. Pourtant, un jour, la famille de Jan se retrouvant à la rue va venir s'installer dans la tour maudite. À partir de là, des événements très étranges vont arriver à la famille : le chien va mordre sa maîtresse comme s'il ne la reconnaissait pas, la mère va s'en prendre à sa fille sans aucune raison, puis enfin, le père va disparaître sans laisser de trace. Jan va alors partir en quête de la vérité et découvrir qu'un des logements de la tour est un passage vers une autre réalité, où l'Allemagne nazie (I hate these guys !) a vaincu et envahi l'Angleterre...

Il est toujours assez délicat de chroniquer une anthologie car par définition, il ne s'agit pas d'une œuvre en elle-même, mais de plusieurs réunies. Il y a donc forcément des histoires qui ressortent plus que d'autres. Cette anthologie Misty, même si elle est finalement très homogène et de très grande qualité, ne déroge pas à la règle. Mais vu qu'elle ne contient que cinq histoires, je vais donner mon avis sur chacune d'entre elles.
J'ai trouvé que "Les Sentinelles" étaient vraiment au-dessus de lot, que ce soit au niveau du scénario, signé Malcolm Shaw, ou du dessin, œuvre de Mario Capaldi. L'histoire qui débute comme une simple histoire de maison hantée, qui se révèle finalement être un portail entre deux mondes est tout simplement très bien pensée. Vu qu'il s'agit d'un récit en plusieurs épisodes, le scénariste a eu le temps de développer à la fois le monde, les personnages et surtout la tension inhérente à l'intrigue pour nous livrer une histoire qui se lit d'une traite et qui, bien qu'elle soit parfaitement menée du début à la fin, nous donne malgré tout l'envie d'en savoir plus sur cet univers, qui - à mon avis - aurait mérité au moins un épisode de plus pour approfondir la partie Angleterre nazie (I hate these guys !). On imagine facilement que si "Les Sentinelles" avaient été écrites de nos jours, les auteurs ne se seraient pas privés pour en faire une série. Quoiqu'il en soit, cela ne gâche en rien la qualité de cette histoire.
J'ai également beaucoup apprécié les deux histoires courtes que sont "Racines" (œuvre de Pat Mills et Maria Barrera Castell) et "L'ombre d'un doute" (signée Juan Ariza) qui sont des exemples d'efficacité graphique et narrative et qui sont tout simplement des nouvelles fantastiques. En effet, malgré leurs formats très courts (respectivement 5 et 4 pages), les histoires n'en sont pas moins bien développées et prenantes et possèdent une chute surprenante. Les dessins sont également très réussis et donnent réellement envie de lire les histoires. Là encore, on peut regretter que les auteurs n'aient pas eu quelques pages de plus pour exprimer tout leur talent.
Pour ce qui est de "Moonchild", cela est plus mitigé. Même si j'ai trouvé l'histoire de Pat Mills (qui s'inspire grandement de Carrie de Stephen King et de son adaptation cinématographique par Brian de Palma) plutôt bien construite et prenante, j'avoue avoir eu beaucoup de mal avec le trait de John Armstrong qui a failli plusieurs fois me faire sauter cette histoire. En effet, j'ai trouvé celui-ci très irrégulier, pouvant nous proposer du très bon et enchaîner avec des cases absolument pas maîtrisées, que ce soit en termes de dessins des personnages ou de cadrage. Cela est très dommage, car comme dit plus haut, le récit est plutôt réussi et parfaitement rythmé.
Enfin, "Les 4 visages d'Eve" est l'histoire qui m'a le moins emballé. J'ai trouvé l'idée de départ très intéressante (la jeune fille qui ne se souvient pas de son passé assortie d'une petite pincée de Frankenstein), et les dessins de Brian Delaney, bien que très épurés et dépouillés n'en sont pas moins agréables à l’œil. Mais le fait que Malcolm Shaw tire en longueur (une cinquantaine de pages) et joue sur les mêmes ressorts narratifs dilue malheureusement le propos et l'intérêt de l'histoire, que j'avoue avoir vu se terminer avec soulagement (d'autant plus que la conclusion est un peu en dessous également). C'est de nouveau très dommage, car objectivement elle avait tout pour être intéressante, mais l'alchimie n'a pas fonctionné ici (en tout cas, pas avec moi).

En conclusion, malgré le bémol concernant "Les 4 visages d'Eve", je dois dire que j'ai été plus qu’agréablement surpris par cette anthologie. Vu le public visé, je m'attendais à quelque chose d'un peu gnan gnan (au vu de ce qu'offrait la France à l'époque en matière de revues de BD pour les jeunes filles). Mais il n'en est rien ! On a affaire ici à de (très) bonnes histoires fantastiques qui s'adressent effectivement aussi bien aux filles qu'aux garçons, si ce n'est que les protagonistes sont tous des jeunes filles (ceci expliquant peut-être cela et inversement). 
Mis à part ça, je n'ai vu aucune différence entre ces histoires et celles que l'on pouvait lire dans des petits formats comme Janus Stark ou Antarès de Mon Journal (et qui étaient pourtant sensées d'adresser à un lectorat plus masculin). Peut-être s'agit-il tout simplement de bonnes histoires, donc, à même de plaire aux deux sexes ? 


Note : 15/20


Anthologie Misty
Delirium / 2018
ISBN : 979-10-90916-37-1
176 p. / 24€

mardi 27 juin 2017

Atroce ! de Caritte, Rifo, Mr Pek & alii

J'avais envie de parler de cette bd depuis un petit moment mais j'hésitais parce que malheureusement, AAARG! le magazine a mis la clé sous la porte il y a un peu plus d'un mois et que parallèlement, cet ouvrage est épuisé... Et puis, je me suis dit que je devais - à ma manière - rendre hommage au travail de cette équipe qui a pondu dans la difficulté des magazines de choix.
"Atroce" est un recueil de 8 histoires courtes, dans la veine des "Tales from the Crypt" (ici et ) et autres "Vault of Horror" de chez EC Comics - mais avec l'esprit AAARG! en plus. Elles sont toutes scénarisées par Caritte, dont vous connaissez forcément le trait (oui, il est dessinateur aussi) si vous traînez vos guêtres dans le monde de la bd depuis un petit moment.

"Aile sud", la première histoire est illustrée par Khattou. Dans un long monologue, un assassin condamné à effectuer sa peine à perpétuité dans la terrible Eternal Prison, raconte son quotidien et les différentes rumeurs qui courent sur ce pénitencier très particulier. Il découvrira malgré lui que certaines de celles-ci sont malheureusement vraies et vont même au-delà de ce qui se murmure...

"Dors mon bébé" avec Mr Pek aux crayons, raconte l'histoire d'une jeune femme enceinte qui est victime d'un accident de voiture. Suite à cela, elle est contrainte d'accoucher prématurément, mais son enfant, un garçon, n'est pas considéré comme viable par la médecine. Il est donc débranché. Sa mère s'enfonce alors dans la folie...

Le troisième récit, "Les Frères Mac Terman"  est illustré par Jürg. Bill et Bob sont ce que l'on pourrait appeler des "Red Necks". Ils vivent seuls - depuis la mort de leurs parents - dans une ferme isolée. Ils n'ont pas inventé la poudre comme ils le disent eux-mêmes, mais surtout ils mangent n'importe quoi. Bill décide donc - suite à la lecture d'un livre de diététique - de désormais faire attention à leur nourriture, bien conscient que l'on est ce que l'on mange. Ils vont donc chercher à avaler la nourriture la plus saine qu'ils puissent trouver, et cela va légèrement dégénérer...

Dans "Les Fantômes de la liberté" dessiné par Rifo, nous suivons le périple d'un bateau passeur de migrants qui finira par s'échouer au fond de la mer avec toute "sa cargaison". Les victimes reviendront bientôt hanter les survivants et réclamer vengeance...

La cinquième histoire s'intitule "La Fièvre de l'Or" et est illustrée par Jürg. Le vieux Chuck est un chercheur d'or porté sur la bouteille. Il a passé sa vie à courir après le métal jaune avec une réussite plus ou moins importante. Alors qu'il est train de creuser dans sa mine, il tombe sur une sépulture amérindienne contenant des pots remplis d'or et de bijoux, qui se révèle être celle de son ami d'enfance Little Pony. Il se remémore alors cette époque joyeuse où il n'était esclave ni de l'or ni de l'alcool. Mais l'amitié est-elle plus importante que l'or ?

"Crise, Crasse, Crève", est dessinée par Khattou. On y suit la fuite en avant meurtrière d'un psychopathe jusqu'à son inéluctable conclusion...

Dans "Love is everywhere", illustrée par Mr Pek, un comptable d'une cinquantaine d'années décide un jour de fuir avec des valises pleines d'argent appartenant à son patron. Il est célibataire et sans attache et prend donc la route pour une vie meilleure. En chemin il prend en stop une ravissante jeune fille qui lui propose de passer la nuit dans la maison de sa famille qui est étrangement constituée que de jolies jeunes femmes. Il devient rapidement l'étalon de la maisonnée, passant son temps à forniquer et à boire un alcool très spécial. Ce qui aurait pu lui paraître une vie de rêve va finalement le lasser. Les ennuis vont commencer quand il va vouloir reprendre sa route...

Enfin, dans "Isnala Sungmanitu Thanka", avec Rifo aux crayons, deux amérindiens sont en route pour un fort de l'armée américaine. Ils viennent négocier leur reddition et ainsi mettre un terme à une terrible guerre. L'officier qui les reçoit ne l'entend pas de cette oreille et leur fait comprendre qu'il les exterminera jusqu'au dernier. Mal lui en prend...

En général avec ce genre de recueil, il y a à boire et à manger et on se retrouve avec un ouvrage assez hétérogène. Ici, à ma grande surprise, ce n'est pas le cas. À part peut-être "Crise, Crasse, Crève" que j'ai trouvé un chouïa en-dessous des autres récits. Pour ce qui est du reste, on a affaire à du très bon.
- "Aile sud" au traitement très classique est une très bonne entrée en matière. Le récit et sa chute sont vraiment dans l'esprit des EC Comics. Les dessins de Khattou sont très agréables à regarder et on sent qu'il aime dessiner de la tripaille à l'air. Cette histoire gore est une mise en bouche très réussie.
- "Dors mon bébé" est d'un ton beaucoup plus grave ce qui est tout à fait normal vu le thème qu'il traite. J'ai trouvé le récit très bien mené et très bien construit. On suit la chute dans la folie de la mère et tout cela est très bien retranscrit. Les dessins en noir et blanc de Mr Pek sont dans l'esprit de Charles Burns et collent parfaitement à  l'ambiance de folie mélancolique de l'histoire.
- "Les Frères Mac Terman" est une des histoires qui m'a le plus amusée. Le traitement et la chute sont complètement dans le ton des récits d'horreur d'antan, mais avec cette petite touche de bd underground en plus. Le trait de Jürg renforce complètement cette atmosphère tragicomique du meilleur effet. La chute, est également très bonne. Ce récit est à mon avis celui qui a le mieux synthétisé l'esprit EC et celui de AAARG!
- "Les Fantômes de la liberté" aborde la douloureuse - et ô combien d'actualité - question des migrants et de leurs passeurs. Le sujet y est très bien traité et les dessins servent à merveille le propos. Cette histoire d'horreur est d'une construction très classique (une histoire de vengeance d'outre-tombe) mais tire son épingle du jeu grâce à son contexte social.
- "La Fièvre de l'or" est à classer dans la même catégorie que "Les Frères Mac Terman". Nous retrouvons d'ailleurs aux crayons le talentueux Jürg. L'histoire est également très classique dans sa mise en place et dans sa chute, mais elle n'en est pas moins efficace. Le traitement graphique du récit, à rebrousse-poil de ce qui se fait habituellement (le présent est ici en noir et blanc et les souvenirs en couleurs) est une excellente idée et permet de montrer la déchéance du vieux Chuck.
- "Crise, Crasse, Crève" est donc le récit qui m'a le moins emballé. Je pense que l'idée de départ était assez bonne - suivre la fuite en avant d'un psychopathe - mais j'ai trouvé le traitement à la fois classique graphiquement et assez peu compréhensible au niveau de la narration. Après peut-être que cela était voulu pour essayer de retranscrire l'esprit plus que troublé du protagoniste. En tout cas, cela ne m'a pas convaincu, ce qui est d'autant plus dommage que le trait de Khattou est là aussi très plaisant (toujours avec ce côté gore).
- "Love is everywhere" revisite assez intelligemment le mythe des sirènes. Le dessin de Mr Pek associé aux couleurs presque pastelles permettent de bien retranscrire le côté quasiment onirique de l'histoire. La conclusion - bien qu'attendue - n'en est pas moins efficace. Une très bonne histoire également.
- "Isnala Sungmanitu Thanka", dernier récit de ce recueil en est - pour moi - le chef d'œuvre. Il peut paraître classique, à première vue (les indiens qui déposent les armes face aux Tuniques Bleues) même s'il est mâtiné d'une histoire de malédiction. Mais, l'auteur a eu la très bonne idée de reprendre des passages très touchants d'un discours du chef amérindien Seattle, ce qui apporte une touche de poésie au milieu de scènes de bataille et de massacres. Le contraste ainsi créé est saisissant et rythme parfaitement l'ensemble. De plus, les dessins de Rifo sont magnifiques (la mise en couleur délicate apporte également beaucoup) et servent à merveille ce petit bijou à l'atmosphère et au ton si particuliers. Du très grand art !

En conclusion, j'ai été à la fois agréablement surpris et étonné de la qualité de cet ouvrage. Surpris car il s'agit du premier ouvrage que j'achète chez eux. Étonné car je ne comprends pas pourquoi les milieux autorisés à parler de bande dessinées ne l'ont pas fait, tant "Atroce !" est de très bonne facture. Ce recueil se lit vraiment comme un bon vieux EC Comics (bien qu'il soit présenté comme un hommage aux films de série Z), avec plein d'ambiances, de thèmes et de traitements graphiques différents et intéressants. Même si faire de l'horreur (et tous ses dérivés) peut paraître facile au premier abord (un fantôme par-ci, une mare de sang par-là et un peu de zombie dans les coins), cela n'est absolument pas le cas - il n'y a qu'à voir le nombre de personnes qui ont essayé et qui ont eu des problèmes* - et toute l'équipe d'"Atroce !" y est néanmoins parvenu sans tomber dans les travers et autres facilités du genre. Je n'ai qu'un mot à dire : Bravo !

Note : 15/20


Atroce ! de Caritte, Rifo, Mr Pek & alii
AAARG! / Casbah / 2016
ISBN : 978-2370310507
76 p. / Épuisé

* Comme l'a dit Michel Audiard (humour)
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