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mercredi 18 juillet 2018

Le Garde Républicain - Annuel Spécial Noël 2017

Après le Mexique et New York, Le Garde Républicain regagne ses pénates pour ce dernier numéro en date des annuels spécial noël qui lui sont consacrés (j'ai donc finalement réussi à résorber mon retard concernant ceux-ci et ça, c'est une bonne nouvelle). Il sera donc confronté ici au plan diabolique ourdi par deux supervilains bien décidés à mettre Paris à feu et à sang, pour des raisons qui leur sont propres. L'annuel de 2014 fleurait bon la SF, celui de 2015 était comics à 100% et celui-ci nous flirte - pour notre plus grand bonheur - avec l'horreur et le fantastique. Bref, cela donne envie de se plonger dans sa lecture sans plus attendre !

Tandis qu'ils sont en train de préparer Noël dans leur repaire secret, Bricolo, Le Garde Républicain et Marianne sont dérangés par une alarme : quelqu'un vient de commettre un vol dans le "Cabinet noir", la salle secrète où la République conserve tous les artefacts et autres objets magiques en sa possession. Lorsqu'ils arrivent sur place, Le Garde et Marianne sont confrontés au "Bourreau de Béthune", un supervilain descendant des rois de France et - à ce titre - voulant rétablir la monarchie dans le pays. Alors qu'ils étaient en train de prendre le dessus, le Bourreau utilise  "Le Doigt de Quasimodo" - une pierre magique changeant temporairement en statue ceux qui sont frappés par son rayon - pour les neutraliser. Puis, s'emparant de "L'Orbe des Templiers", il regagne les catacombes pour rejoindre son allié de circonstance : Baphomet, une créature ayant les mêmes origines que Wampus, qui pendant ce temps, a réveiller tous les corps des catacombes pour déverser sur la capitale des milliers de zombies habillés en père noël, afin d'y faire régner terreur et chaos. Dans cette périlleuse mission, Le Garde Républicain pourra compter sur le soutien de la vampire Bouche Rouge, ainsi que sur Le Comte de Saint-Germain...

J'ai encore une fois passé un très bon moment avec cet annuel du Garde. Le récit est très bien construit et très dense, tout en se lisant très bien. En effet, même si beaucoup de personnages de l'univers Hexagon Comics sont à l'œuvre ici, ceux-ci sont bien présentés, ce qui permet au novice que je suis de ne pas avoir l'impression de prendre le train en route et surtout de rendre la lecture de cette histoire trépidante, très fluide.
Comme toujours avec le travail de Jean-Marc Lofficier sur Le Garde Républicain, on se demande comment il réussit à faire tenir tout ceci (action débridée, personnages multiples, petites histoires parallèles) en si peu de pages et surtout en réalisant un récit captivant qui tient la route. Appelons ça le talent, sans doute.
Enfin, j'ai beaucoup apprécié le second degré présent dans cette histoire avec Baphomet qui choisit des costumes de père noël pour attifer ses zombies. Cela m'a un peu fait penser à la nouvelle de Boris Darnaudet "Le Père Léon" où le narrateur et ses amis sont attaqués - et massacrés - par un père noël tout droit sorti d'un film d'horreur de série Z. 

Les dessins signés Manuel Martin Peniche sont très agréables dans l'ensemble, voire vraiment magnifiques sur certaines cases. J'ai trouvé la mise en page également particulièrement bien réussie. Celle-ci est très dynamique et correspond donc parfaitement au ton du récit. Les quelques planches structurées en gaufrier correspondent soit aux très rares moments de calme, soit aux moments où les informations essentielles sont échangées entre les protagonistes. Tout cela est parfaitement pensé, tout en étant très efficace pour ce qui est de la fluidité de lecture des planches.
Les scènes d'action sont parfaitement représentées, que ce soit dans les mouvements des corps, les proportions ou les angles de vues, tout est parfaitement maîtrisé et très léché.
Enfin, le noir et blanc est particulièrement beau et colle parfaitement à la fois à l'ambiance de l'histoire et à la saison où elle se déroule (les parisiens comprendront). Bref, la découverte de cet artiste est vraiment une très bonne surprise pour moi. Je savais déjà d'expérience que Jean-Marc Lofficier sait s'entourer d'artistes talentueux, mais je dois dire que j'ai cette fois-ci été vraiment scotché par le trait de Manuel Martin Peniche. Je vais désormais me mettre en veille active sur cet auteur.

À noter également la très intéressante introduction de Jean-Marc Lofficier, qui permet d'éclaircir certains points (origines, liens) des nombreux personnages qui apparaissent dans l'histoire et qui permet vraiment d'apprécier ensuite le récit sans avoir à se demander qui est qui. Ça donne surtout envie de lire les autres aventures des personnages, mais cela est un autre sujet...

En conclusion, j'ai encore une fois passé un très bon moment durant la lecture de cet annuel spécial noël du Garde. Jean-Marc Lofficier et les différents dessinateurs réussissent à chaque livraison à nous offrir une ambiance différente pour les récits. Comme indiqué en introduction, nous avons eu droit au Mexique du XVIème siècle puis au New York du XXIème, avant Paris cette fois-ci, avec à chaque fois un traitement très différent, mais ô combien intéressant. Cela permet une fois de plus de mettre en avant la force du personnage / concept du Garde Républicain, qui se renouvelle et se réinvente à (quasiment) chacune de ses apparitions. Et ceci pour notre plus grand plaisir ! Vivement la suite.

Note : 17/20


Vous pouvez vous procurez tous les numéros de la série régulière et des annuels du Garde Républicain sur le site de Rivière Blanche. Vous y trouverez également toutes les intégrales Hexagon Comics dont celles du groupe Hexagon, de Gun Gallon et autres Gladiateur de Bronze. N'hésitez pas à aller y faire un tour, cela vaut de détour !
Et comme toujours, vous pouvez retrouver toutes mes chroniques des publications du Garde Républicain sur cette page.  

mardi 12 juin 2018

Multivers de Pierre Jarriges

Il y a de cela quelques temps, je vous ai parlé du très (très) bon Antepsy de Pierre Jarriges. Cet album était le fruit d'une campagne de financement participatif qui m'avait tout de suite interpellé et je terminais ma chronique par ces quelques mots :  "Je regrette de ne pas avoir été suffisamment en fonds au moment de la campagne de financement, car je ne me serai alors pas privé pour prendre le pack regroupant "Antepsy" et "Multivers", le premier ouvrage de l'auteur". Puis, un jour, l'auteur vient faire un tour sur le blog et me remercie pour mon post. Et peu de temps après, j'ai la surprise de trouver dans ma boîte aux lettres une grande enveloppe contenant le fameux "Multivers" qui m'avait échappé lors du "Ulule". 

Un jour, alors qu'il est surpris par une grosse averse, Leo Glight, un jeune homme un peu paumé, frappe à la porte d'une étrange maison isolée. Après s'être fait rembarré par l'un des occupants pour lui avoir demandé de l'héberger pour la nuit, Léo est finalement rattrapé par Nebela, une jeune femme qui habite également la maison. Après lui avoir fait faire le tour du propriétaire, celle-ci s'éclipse et laisse Léo seul avec les jumeaux Doppler - dont l'un lui avait ouvert la porte auparavant. Ceux-ci, bien que peu ravis de voir Léo débarquer dans leurs pattes, l'invitent tout de même à jouer avec eux sur leur console de jeu. Léo se retrouve alors projeté dans le jeu vidéo en question et qui semble être un monde qui échappe complètement aux règles élémentaires de notre univers...

Nous retrouvons (ou plutôt découvrons, puisqu'il s'agit d'une œuvre antérieure à Antepsy) le thème qui semble être cher à l'auteur, à savoir qu'est-ce que la réalité ? (Et tout ce qui en découle, comme : ce que nous voyons est-il réel ? voire, sommes-nous réel ?). Ce qui est réellement à rapprocher du concept du "Simulacre", très souvent utilisé dans ses livres par Philip K. Dick, une référence qui m'avait déjà sauté aux yeux lors de ma lecture d'Antepsy.
Le traitement très onirique de ce thème, se retrouve également dans Antepsy, mais je trouve que la part de rêve est vraiment plus importante ici. Leo avance en n'ayant aucun repère dans un monde en constant changement, comme seuls les rêves peuvent en produire.
Pierre Jarriges rajoute dans ce Multivers, la notion de quatrième mur, qui finalement vole en éclat lors de la toute dernière page, nous laissant avec nos questions en suspend - ou non. Car en effet, soit nous prenons pour argent comptant ce que déclare les - "facétieux" - jumeaux Doppler, soit nous considérons qu'ils nous font encore une de leur blagues un peu cruelles dont ils ont l'habitude...

Le rapport des personnages à leur monde, au nôtre (cf les dernières cases de l'histoire) et nous au leur, est magnifiquement mis en images par Pierre Jarriges. Cette sensation qu'a Leo Glight de ne jamais savoir sur quel pied danser est parfaitement retranscrite et nous avançons avec lui sans jamais savoir si ce que l'on voit est vrai, si nous rêvons ou s'il s'agit d'autre chose.
Tout ceci est parfaitement rendu par la mise en page très recherchée. Le traditionnel gaufrier est ici inexistant en tant que tel. Les cases sont toutes soit des polygones asymétriques (trapèzes et triangles) dans la première partie de l'histoire, soit tracées à main levée et/ou plus ou moins arrondies dans la seconde. Ce procédé graphique permet vraiment de créer deux ambiances bien distinctes correspondant aux deux parties de l'histoire. La première semblant se passer dans un jeu vidéo et la seconde étant vraiment plus onirique.

Les dessins sont vraiment très agréables et collent parfaitement à l'ambiance du récit. Le trait de Pierre Jarriges me plaît beaucoup, car il réussit à mêler des influences qui me sont chères (un peu de franco belge à gros nez et beaucoup d'underground) pour aboutir à un style qui lui est propre, à la fois clair, détaillé et incisif tout en étant très agréable à l’œil. 

Comme pour Antepsy, je dois avouer que j'ai pris une (petite claque) à la lecture de ce Multivers.  L'univers tout en étant complexe et onirique, n'en reste pas moins très cohérent. Étant un lecteur assidu de Philip K. Dick, j'ai réellement trouvé mon compte ici. Le trait de Pierre Jarriges - même s'il n'a pas encore ici la maturité de celui d'Antepsy - est toujours aussi lisible et agréable, collant parfaitement à l'atmosphère fantasmagorique du récit. Que dire de plus si ce n'est : vivement le prochain récit !

Note : 15/20


Multivers de Pierre Jarriges
PRISM Fanzine / 2014
ISBN : 978-2-9551125-0-2
44 p. / 8€

Je ne sais pas s'il est encore possible de commander Multivers, vu qu'il s'agissait d'un tirage limité à 150 exemplaires. Quoi qu'il en soit, n'hésitez pas à aller faire un tour sur le blog de l'auteur et à lui poser la question directement, et à commander Antepsy dans la foulée (et vous abonner au fanzine Prism, tant qu'à faire) !
Enfin, je tenais à remercier encore une fois Pierre Jarriges pour ce cadeau qui m'a beaucoup touché - et qui en plus m'a vraiment fait passé un excellent moment !

mardi 8 mai 2018

Anthologie Misty

Aujourd'hui, je vais vous parler de l'anthologie Misty, publiée par les éditions Delirium. Ce qui m'a réellement donné envie de la lire et de l'acheter, c'est la couverture qui attire tout de suite l’œil et attise la curiosité. D'autant plus que, je ne connaissais absolument pas la revue Misty avant de tomber sur cette très belle anthologie. 
Je me suis un peu renseigné et, pour la petite histoire, Misty était une revue britannique de la fin des années 70, au format tabloïd, imprimée sur du papier bon marché, et qui proposait des histoires fantastico-horrifique à destination des jeunes filles, mais pas seulement.
Ce recueil propose donc cinq histoires, trois longues ("Moonchild", "Les 4 visages d'Eve" et "Les Sentinelles") et deux courtes ("Racines" et "L'ombre d'un doute").

- "Moonchild" raconte l'histoire de Rosemary, une jeune fille qui a perdu son père très jeune et qui est élevée par sa mère, qui se montre extrêmement sévère avec elle. Toutes les deux vivent dans une maison sans électricité ni aucun confort moderne. L'étrangeté de sa mère (qui a l'allure d'une sorcière) et son mode de vie font de la pauvre Rosemary la souffre-douleur de la terrible Norma et de ses deux acolytes. Elle peut heureusement compter sur son amie Anne pour la soutenir. Un jour pourtant, poussée à bout par Norma, Rosemary va se rendre compte qu'elle possède un pouvoir incroyable : celui de la télékinésie. Ce don serait-il lié à la marque en forme de lune qu'elle a sur son front ? Et surtout saura-t-elle le contrôler ? Autant de questions qui vont hanter la jeune fille d'autant plus que Norma n'a pas dit son dernier mot et prépare une terrible vengeance, tandis que la mère de Rosemary lui révèle un terrible secret de famille...
- Dans "Racines", nous suivons Jill Trotter, une jeune fille dont les parents sont des prestidigitateurs itinérants. Ne pouvant emmener leur fille avec eux dans leur nouvelle tournée, ils l'envoient donc habiter chez son grand-père. Celui-ci malgré son âge avancé est toujours en pleine forme, mais ce qui est le plus étrange, c'est que tous les habitants du village d'Evergreen semblent également péter la forme. D'après le grand-père de Jill cela est dû à la bonne terre qui nourrit le village...
- "Les 4 visages d'Eve" : Eve vient de se réveiller dans une clinique et n'a aucun souvenir de sa vie. Par contre, à chaque fois qu'elle s'endort, un horrible cauchemar mettant en scène une jeune fille victime d'un accident d'avion vient la hanter. Cela a-t-il un lien avec son passé ? Les doutes sur son histoire personnelle se font de plus en plus grands au fur et à mesure qu'elle recouvre ses forces et vont culminer quand une femme la prend pour sa petite-fille décédée, tandis qu'une diseuse de bonne aventure lui apprend qu'elle ne devrait normalement plus être en vie...
- Dans "L'ombre d'un doute", Mary et ses parents habitent un petit village. Une nuit, la jeune fille est réveillée par le bruit de la porte de la grange. Allant voir ce qui a pu provoquer cela, elle entend des voix à l'intérieur du bâtiment. La même chose se reproduit les nuits suivantes, et Mary reconnait finalement les voix de certains habitants du village, ainsi que leurs silhouettes. Elle se rend compte que ceux-ci se réunissent dans le but de prendre le pouvoir. Même son père semble prendre part à ces étranges réunions. Pourtant, quand elle aborde la question avec lui, il ne semble pas comprendre de quoi sa fille parle...
- "Les Sentinelles". Deux tours jumelles surplombent le quartier pauvre d'une ville d'Angleterre. L'une est habitée sans aucun problème par des familles. L'autre, par contre, est abandonnée et personne ne veut y vivre, mais sans avoir à y payer de loyer. Pourtant, un jour, la famille de Jan se retrouvant à la rue va venir s'installer dans la tour maudite. À partir de là, des événements très étranges vont arriver à la famille : le chien va mordre sa maîtresse comme s'il ne la reconnaissait pas, la mère va s'en prendre à sa fille sans aucune raison, puis enfin, le père va disparaître sans laisser de trace. Jan va alors partir en quête de la vérité et découvrir qu'un des logements de la tour est un passage vers une autre réalité, où l'Allemagne nazie (I hate these guys !) a vaincu et envahi l'Angleterre...

Il est toujours assez délicat de chroniquer une anthologie car par définition, il ne s'agit pas d'une œuvre en elle-même, mais de plusieurs réunies. Il y a donc forcément des histoires qui ressortent plus que d'autres. Cette anthologie Misty, même si elle est finalement très homogène et de très grande qualité, ne déroge pas à la règle. Mais vu qu'elle ne contient que cinq histoires, je vais donner mon avis sur chacune d'entre elles.
J'ai trouvé que "Les Sentinelles" étaient vraiment au-dessus de lot, que ce soit au niveau du scénario, signé Malcolm Shaw, ou du dessin, œuvre de Mario Capaldi. L'histoire qui débute comme une simple histoire de maison hantée, qui se révèle finalement être un portail entre deux mondes est tout simplement très bien pensée. Vu qu'il s'agit d'un récit en plusieurs épisodes, le scénariste a eu le temps de développer à la fois le monde, les personnages et surtout la tension inhérente à l'intrigue pour nous livrer une histoire qui se lit d'une traite et qui, bien qu'elle soit parfaitement menée du début à la fin, nous donne malgré tout l'envie d'en savoir plus sur cet univers, qui - à mon avis - aurait mérité au moins un épisode de plus pour approfondir la partie Angleterre nazie (I hate these guys !). On imagine facilement que si "Les Sentinelles" avaient été écrites de nos jours, les auteurs ne se seraient pas privés pour en faire une série. Quoiqu'il en soit, cela ne gâche en rien la qualité de cette histoire.
J'ai également beaucoup apprécié les deux histoires courtes que sont "Racines" (œuvre de Pat Mills et Maria Barrera Castell) et "L'ombre d'un doute" (signée Juan Ariza) qui sont des exemples d'efficacité graphique et narrative et qui sont tout simplement des nouvelles fantastiques. En effet, malgré leurs formats très courts (respectivement 5 et 4 pages), les histoires n'en sont pas moins bien développées et prenantes et possèdent une chute surprenante. Les dessins sont également très réussis et donnent réellement envie de lire les histoires. Là encore, on peut regretter que les auteurs n'aient pas eu quelques pages de plus pour exprimer tout leur talent.
Pour ce qui est de "Moonchild", cela est plus mitigé. Même si j'ai trouvé l'histoire de Pat Mills (qui s'inspire grandement de Carrie de Stephen King et de son adaptation cinématographique par Brian de Palma) plutôt bien construite et prenante, j'avoue avoir eu beaucoup de mal avec le trait de John Armstrong qui a failli plusieurs fois me faire sauter cette histoire. En effet, j'ai trouvé celui-ci très irrégulier, pouvant nous proposer du très bon et enchaîner avec des cases absolument pas maîtrisées, que ce soit en termes de dessins des personnages ou de cadrage. Cela est très dommage, car comme dit plus haut, le récit est plutôt réussi et parfaitement rythmé.
Enfin, "Les 4 visages d'Eve" est l'histoire qui m'a le moins emballé. J'ai trouvé l'idée de départ très intéressante (la jeune fille qui ne se souvient pas de son passé assortie d'une petite pincée de Frankenstein), et les dessins de Brian Delaney, bien que très épurés et dépouillés n'en sont pas moins agréables à l’œil. Mais le fait que Malcolm Shaw tire en longueur (une cinquantaine de pages) et joue sur les mêmes ressorts narratifs dilue malheureusement le propos et l'intérêt de l'histoire, que j'avoue avoir vu se terminer avec soulagement (d'autant plus que la conclusion est un peu en dessous également). C'est de nouveau très dommage, car objectivement elle avait tout pour être intéressante, mais l'alchimie n'a pas fonctionné ici (en tout cas, pas avec moi).

En conclusion, malgré le bémol concernant "Les 4 visages d'Eve", je dois dire que j'ai été plus qu’agréablement surpris par cette anthologie. Vu le public visé, je m'attendais à quelque chose d'un peu gnan gnan (au vu de ce qu'offrait la France à l'époque en matière de revues de BD pour les jeunes filles). Mais il n'en est rien ! On a affaire ici à de (très) bonnes histoires fantastiques qui s'adressent effectivement aussi bien aux filles qu'aux garçons, si ce n'est que les protagonistes sont tous des jeunes filles (ceci expliquant peut-être cela et inversement). 
Mis à part ça, je n'ai vu aucune différence entre ces histoires et celles que l'on pouvait lire dans des petits formats comme Janus Stark ou Antarès de Mon Journal (et qui étaient pourtant sensées d'adresser à un lectorat plus masculin). Peut-être s'agit-il tout simplement de bonnes histoires, donc, à même de plaire aux deux sexes ? 


Note : 15/20


Anthologie Misty
Delirium / 2018
ISBN : 979-10-90916-37-1
176 p. / 24€

mardi 30 janvier 2018

Allan Mac Bride - Tome 2 : Les secrets de Walpi de Jean-Yves Brouard et Patrick A. Dumas

Cela fait longtemps que je dois vous parler de la suite des aventures de l'archéologue imaginé par le le scénariste Jean-Yves Brouard et le dessinateur Patrick A. Dumas, et édité par la structure créée par le premier nommé, JYB-Aventures. Après un premier tome qui m'avait réellement enthousiasmé, je vais partager avec vous mes impressions sur ce deuxième tome.

Après avoir laissé derrière lui l'Égypte, ses pyramides et ses mystères, Allan Mac Bride se retrouve aux États-Unis pour poursuivre sa quête sur les origines des égyptiens antiques. Pour ce faire, il a rendez-vous à Washington, au départements des cartes, pour étudier les différentes mappemondes du pacifique et ainsi situer avec précision cette mystérieuse terre des origines. Dans le train qui l'emmène vers la capitales fédérale, il lit un article concernant la mort du professeur Christchurch, qui avait ramené d'Inde des tablettes identiques à celles qu'Allan avait découvert en Égypte. Cela ne pouvant être une coïncidence, il décide de se retourner sur ses pas et de se rendre au domicile du défunt pour y voir pour clair. Retarder par le mauvais temps, il arrive trop tard pour rencontrer la secrétaire de Christchurch. Pourtant, il semble y avoir un visiteur dans la demeure, sans doute un cambrioleur. Pénétrant dans la maison, Mac Bride est assommé. Lorsqu'il revient à lui, la secrétaire de Christchurch est à son chevet, ainsi que la police. Mais son agresseur est déjà loin. Il apprend alors que feu professeur Christchurch était sur une piste incroyable pour traduire ces fameuses tablettes : la tribu amérindienne des Hopis. Il avait pris contact avec une étudiante métisse, Polingaysi pour se faire introduire auprès de ceux-ci. Mac Bride décide de reprendre le flambeau et de partir pour Albuquerque à la rencontre de Polingaysi et des Hopis...

Ce deuxième tome est dans la lignée du premier, à savoir que c'est un vrai récit d'aventure plein de rebondissements, d'action mais aussi de faits historiques et ethnographiques le tout mâtiné de fantastique et servit par un dessin efficace et élégant. Ce mélange fonctionne parfaitement et nous donne une histoire qui se lit agréablement et nous renvoie un peu à nos lectures de jeunesse que sont Tintin, Blake et Mortimer ainsi que certains récits de Jean-Michel Charlier. Bref, que du beau monde !

Le scénario de Jean-Yves Brouard est dense, plein de rebondissements et très fouillé. Malgré l'abondance d'informations et de péripéties, l'histoire reste très fluide et très agréable à lire. L'atmosphère fait clairement pensé à Indiana Jones et ceux qui me connaissent savent que cela n'est pas sans me déplaire - bien au contraire ! L'intelligence de Jean-Yves Brouard est de savoir doser avec beaucoup de justesse les faits historiques, les théories plus ou moins établies sur ces faits, le fantastique et surtout beaucoup d'action. Ce cocktail nous donne un récit qui s'apparente à une enquête policière et qui nous tient en haleine du début à la fin et qui nous donne envie de lire la suite - surtout avec le cliffhanger de folie qui conclut ce tome !

Les dessins sont à la hauteur du scénario et servent celui-ci à merveille. Le trait de Patrick A. Dumas est clairement dans la mouvance de la ligne claire et fait indéniablement penser à celui d'Edgar P. Jacobs et ses fameux Blake et Mortimer. Pourtant, j'ai trouvé que cette filiation était moins forte dans ce deuxième que dans le premier. Dans doute parce que l'univers des amérindiens n'y a pas été abordé, au contraire de l'Égypte. Les décors sont vraiment magnifiques, très travaillés et très réalistes. Les personnages sont également très intéressants, surtout dans leur gestuelle, très réalistes, tellement que l'on se demande parfois si l'artiste ne dessine pas à partir de photo. Quoiqu'il en soit, le résultat est vraiment très réussi et forme un tout très cohérent avec le scénario.

Comme pour le premier tome, nous avons donc affaire un album de conception très classique tant au niveau du dessin que du scénario, mais cela est fait avec professionnalisme et classe. Nous n'avons pas affaire à un vulgaire clone de reporter à houppette ou des aventures du docteur barbu et de son acolyte. Jean-Yves Brouard et Patrick A. Dumas ont parfaitement su digérer leurs influences respectives pour nous livrer avec talent un héritier digne de ces grands anciens. 

En conclusion, si vous aimer l'aventure, l'Histoire et le fantastique. Si vous ne rater jamais une rediffusion de la quadrilogie du Dr Jones (même si le quatrième volet est plus que dispensable), je ne saurais que trop vous conseiller de vous pencher sur le cas d'Allan Mac Bride et de sa quête pour découvrir les origines des Égyptiens. Ce récit passionnant et parfaitement servi par d’élégants dessins ne pourra que vous combler !

Note : 16/20


Allan Mac Bride - Tome 2 : Les secrets de Walpi de Jean-Yves Brouard et Patrick A. Dumas
JYB-Aventures / 2007
ISBN : 978-2952555913
48 p. / 12,80€

Les aventures d'Allan Mac Bride sont disponibles sur le site de JYB-Aventures, n'hésitez pas à aller y faire un tour et ainsi découvrir les autres séries de ce talentueux scénariste.

mardi 26 septembre 2017

100 milliards d'immortels - Tomes 3 & 4 de Stéphane de Caneva & alii

Il y a presque un an de cela, je partageais avec vous tout le bien que je pensais de la série de Stéphane de Caneva issue d'un financement participatif : "100 milliards d'immortels". J'en avais donc chroniqué les deux premiers opus (article que vous pouvez consulter ici), mais je n'avais, bizarrement, pas encore parlé ici des deux derniers tomes de ce qui devait être une série, et qui sont finalement devenus ceux d'un arc narratif. Car, en effet, au moment où j'écris ces lignes, il est toujours possible d'apporter sa pierre à l'édifice d'un autre album prenant place dans l'univers de "100 milliards d'immortels". Ce que je vous conseille vivement de faire. Vous ne serez pas déçu !

À la fin du deuxième tome, nous avions laissé Holt Latham en fâcheuse posture, mais toujours en possession de l’œuf d'aura que son inquiétante cliente lui avait demandé de retrouver. En effet, celui-ci contient l'âme de son mari, un explorateur / aventurier mort dans des circonstances très étranges et  en emportant avec lui un très lourd secret.
Bien décidé à savoir ce que contient réellement l’œuf d'aura, Holt décide de se rendre chez son ancienne fiancée Altéa, qui a le pouvoir de lire les pensées des âmes. Elle va lui révéler que l'esprit contenu dans le réceptacle est bien celui du défunt mari de sa cliente, Lithia, mais que celle-ci n'est pas celle qu'elle semble être. Comprenant qu'il avait fait une erreur, son mari s'est sacrifié afin que Lithia n'accède pas au terrible pouvoir de la mystérieuse "Omnis Obscura"...

Cette conclusion des aventures de Holt Latham et de l'"Omnis Obscura" est orchestrée de main de maître par le très talentueux Stéphane de Caneva. Des informations évoquées plus avant dans l'histoire prennent ici toute leur importance et nous amènent à relire avec attention les deux tomes précédents afin de ne rien manquer du scénario. Celui-ci, bien qu'inscrit totalement dans la continuité du début, prend ici un tournant un peu plus sombre encore et vient flirter avec le mysticisme à la Lovecraft, par l’intermédiaire de l'"Omnis Obscura" qui n'est pas sans rappeler le "Necronomicon". 
On délaisse donc ici beaucoup le côté polar du début pour réellement basculer dans le fantastique noir la science-fiction ne servant que de toile de fond. Ce glissement est fait avec tellement de justesse que cela relance complètement l'intrigue et l'intérêt de la chose, pour notre plus grand bonheur.

Les dessins de Stéphane de Caneva sont toujours aussi agréables à l’œil et servent à merveille ce scénario beaucoup plus noir qu'il ne l'était déjà dans la première partie de l'histoire. Les cases sont toujours aussi travaillées. Qu'il s'agisse des décors détaillés ou des personnages qui possèdent un vrai charisme et une vraie personnalité, il n'y a aucune faute de goût. Mention spéciale aux doubles "splash page", celle montrant l'"Omnis Obscura" qui permet de briser le quatrième mur ou encore celle représentant la vue d'ensemble de la ville, qui est de toute beauté.
On sent que l'auteur est très à l'aise avec le noir et blanc, qui est ici utilisé avec intelligence et permet de donner une vraie atmosphère au récit. 
La mise en page est également très étudiée et le découpage nerveux des planches colle parfaitement à l'ambiance. Les cases de toutes tailles et de toutes formes permettent à l’œil de suivre le rythme soutenu du récit sans aucun problème de lisibilité - bien au contraire. Tout cela est fluide et très efficace. Du très grand art.

Tout cela est complété par une nouvelle signée Annabelle Léna dans le tome 3, qui continue d'approfondir l'univers très riche de "100 milliards d'immortels" et qui est la suite directe de la courte histoire qui était parue dans le tome 2. 

En refermant le quatrième et dernier numéro, on prend réellement conscience d'avoir entre les mains une œuvre originale mêlant un grand nombre de genres différents pour finalement aboutir à quelque chose de totalement inédit et - le plus important - de très prenant. L'alchimie parfaite entre les dessins, le scénario et l'univers original fait que l'on veut en savoir plus. Chose qui sera donc bientôt le cas, pour notre plus grand bonheur.

Note : 16/20


N'hésitez donc pas à aller faire un tour sur la page Ulule du projet, il y a une contrepartie à 35€ qui permet à celles et ceux qui n'avaient pu participer au financement des quatre premiers tomes d'acquérir - en plus de "Radio Zéro", le nouvel album - l'intégrale d'"Omnis Obscura" (en version album également). 

mardi 12 septembre 2017

Comme une odeur de diable de Laurent Lefeuvre et Claude Seignolle

Un nouvel ouvrage de Laurent Lefeuvre est forcément attendu, ici, au Bazar de Djé, tant je trouve cet auteur talentueux. "Comme une odeur de diable" ne déroge pas à la règle, d'autant plus que celui-ci présente deux particularités : la première est qu'il s'agit d'une adaptation de cinq contes de Claude Seignolle, un grand écrivain français qui vient de fêter ses 100 ans; la seconde, est que pour ce livre, Laurent Lefeuvre a choisi de travailler le noir et blanc. Et comme vous le savez, j'adore le noir et blanc ! 

"Celui qui avait toujours froid" : Dans un petit village breton, un homme mystérieux apparaît. Après avoir traverser le bourg, il se rend directement à l'auberge où - sans prononcer une seule parole - il se fait servir un alcool fort. Bizarrement, cela ne semble pas le réchauffer. Le même rituel va recommencer plusieurs jours d’affilée jusqu'à ce que finalement, la populace, persuadée d'avoir affaire à un mort-vivant, ne se décide à agir...
"Comme une odeur de loup" : Suite à des travaux dans sa ferme, Bolazec découvre un vieux grimoire ayant appartenu jadis à un de ses aïeuls, qui passait pour être un puissant sorcier. Se sentant attiré par l'ouvrage, il va se plonger dans sa lecture et découvrir la recette d'un filtre magique pouvant changer un homme en loup...
"L'homme qui savait d'avance" : Albarède est le menuisier du village. Personne ne le sait, mais il possède un don très particulier : il sent quand un personne va mourir. L'un dans l'autre, cela est plutôt bon pour les affaires, car il peut ainsi ajuster au mieux le stock de bois qu'il lui faut pour les semaines à venir et limiter ainsi les dépenses. Malheureusement pour lui, il pressent que ce sera bientôt le tour de son fils. Il va dès lors tout faire pour que sa vision ne devienne pas réalité...
"Un bel ensorcelé" : Claude Seignolle, lors de son travail de collecte des légendes de nos campagnes, rencontre un homme au comportement assez étrange. Comme s'il avait été ensorcelé...
"Deux dents, pas plus..." : Suite à une bagarre, un homme a perdu ses dents de devant. Sans le sou, il ne peut se payer de nouvelles dents. Le dentiste, compréhensif, lui en dégote deux d'occasion. Malheureusement, l'homme ne profitera pas longtemps de ses nouvelles canines, car il est renversé par une voiture, juste à la sortie du cabinet dentaire...

Avant de lire "Comme une odeur de diable", je n'avais lu qu'un seul récit de Claude Seignolle : "Le bahut noir", que j'avais beaucoup apprécié pour son côté "gothique" - à l'époque je dévorais tout ce que je trouvais dans ce genre de littérature et apparenté ("Le Moine" de Lewis, "Dracula" de Stoker, "Carmilla" de Le Fanu, "Frankenstein" de Shelley etc.) - et l'ambiance m'avait beaucoup plu. Pourtant, bizarrement, je n'avais pas poussé plus loin mon exploration de son œuvre. Cet ouvrage m'a donc convaincu de réparer mon erreur et je me suis procuré dans la foulée, deux des trois tomes des œuvres complètes de l'auteur chez Phébus. D'ailleurs si quelqu'un me lit et est prêt à me céder - à un prix décent - le tome 1, je suis preneur !

Les cinq contes qui composent "Comme une odeur de diable", bien que possédant des environnements différents ont tous en commun cette agréable sensation que l'on est en train d'écouter un(e) aïeul(le) nous raconter une anecdote surprenante mais néanmoins bien ancrée dans la réalité. Et même si elles évoquent des choses surnaturelles, on se rend malheureusement compte très rapidement que la seule chose dont il faut réellement avoir peur, n'est autre que l'homme et sa cohorte de défauts.
Laurent Lefeuvre a su donner à ces contes la même saveur que les histoires d'horreur des "Tales from the Crypt", ou plutôt "Eery / Creepy" (sur lesquelles a travaillé Bernie Wrightson, l'un des maîtres de Lefeuvre), à savoir des récits courts, efficaces et avec une chute aussi tranchante qu'une guillotine. Cette filiation est d'ailleurs renforcée par un petit clin d’œil de l'auteur qui met en scène Claude Seignolle - dans un rôle proche de celui du Gardien de la Crypte - qui nous introduit l'histoire à venir.
Les scénarios sont ciselés et diablement bien construits et donnent surtout envie de lire les histoires originales pour se rendre compte du travail d'adaptation réalisé par Laurent Lefeuvre.

En ce qui concerne les dessins, on sent que l'auteur a vraiment pris du plaisir à illustrer les histoires de son écrivain fétiche. Dans la première histoire, son trait se fait incisif, à la limite de l’expressionnisme en ce qui concerne le pauvre bougre, ce qui renforce encore plus cette impression de différence perçue par les villageois - et par nous aussi pour le coup . Dans "Un bel ensorcelé", il flirte avec le quasiment avec le franco-belge pour ce qui est des physionomies des personnages (Franquin et ses idées noires en premier lieu) et retranscrit à merveille le côté grotesque de ce conte. Quant à la dernière histoire, elle est celle - à mon avis - dont le style est celui qui se rapproche le plus du travail de l'auteur sur Fox-Boy, à la fois dans le trait et le découpage.
Grâce à ces petites choses, Laurent Lefeuvre réussit le tour de force de donner à chaque histoire une ambiance et un style qui lui est propre, tout en gardant néanmoins sa patte habituelle et reconnaissable. En clair, il nous bouscule un peu dans notre confort, tout en s'amusant et en expérimentant.
Les compositions des pages et des cases sont comme toujours avec cet auteur très bien pensées. Cela semble encore plus poussé ici, car, contrairement aux autres œuvres de Laurent Lefeuvre, où la couleur joue un grand rôle dans la lisibilité et la compréhension - inconsciente - de la composition, nous avons ici affaire à du noir et blanc. Le travail sur celui-ci est donc tout simplement fantastique. Les noirs sont profonds, les blancs éblouissants et le mélange des deux est d'une beauté à couper le souffle, tout en étant d'une limpidité  incroyable.
Laurent Lefeuvre parle d'hommage à Bernie Wrightson pour son travail ici. Je ne connais malheureusement pas l'œuvre de cet auteur (hou ! la honte), mais les images entraperçues ici et là après sa disparition confirme ses propos - et me donnent surtout envie de découvrir ce dessinateur de talent.

Encore une fois donc, Laurent Lefeuvre met la barre très haut. Tout dans cet ouvrage frise la perfection et le plaisir pris par l'auteur lors de la création  de celui-ci éclabousse le lecteur, qui malheureusement, en redemande. Et c'est là le seul point négatif de "Comme une odeur de diable" : on en veut plus ! On s'autorise à penser dans les milieux autorisés que suivant le succès commercial (le succès critique lui est déjà là) qu'un deuxième volume des contes de Claude Seignolle illustrés pourrait voir le jour. Vu ce qui s'est passé avec Fox-Boy, j'ai bon espoir qu'il en soit ainsi !

Je tiens aussi à souligner ici le superbe travail des Éditions Mosquito qui publient dans de très beaux ouvrages, des auteurs tels que Toppi, ou Serpieri ou encore des séries comme "Dylan Dog" ou "Esprit du Vent". Bref, que du tout bon !

Note : 17/20


Comme une odeur de diable de Laurent Lefeuvre et Claude Seignolle
Mosquito / 2017
ISBN : 978-2-35283-442-7
64 p. / 14€

mardi 11 juillet 2017

Le 2 d'octobre de J.M. Pen

Après le très agréable recueil de nouvelles de Danny Mienski, "Les temps maudits", je poursuis ma découverte du catalogue des Éditions Ex Æquo. Aujourd'hui, je vais donc vous parler du thriller fantastique "Le 2 d'octobre", signé  J.M. Pen. Qui, autant le dire tout de suite, s'est révélé être une très bonne surprise. 

Antoine Remington avait deux ans quand il a perdu sa mère un 2 octobre dans un étrange accident de voiture provoqué par son père Charles. Des années plus tard, suite à l'entrée de celui-ci en maison de retraite, Antoine revient vivre dans la maison familiale. Alors qu'il l'a remet petit à petit en état, il découvre un jour le portrait d'une jeune femme ressemblant étrangement à sa mère, mais peint au XIXème siècle. À partir de ce moment-là, Antoine va essayer de reconstituer son histoire familiale, faite de non-dits et de troublants secrets. Plus étrange encore, tous les 2 octobre, date anniversaire de la mort de sa mère, il va (re)vivre des événements impliquant différents ancêtres que ce soit lors du siège d'Harfleur en 1415, durant la Révolution Française ou encore la Seconde Guerre mondiale...

Comme je l'indiquais plus haut, j'ai donc été vraiment emballé par ce thriller qui se lit d'une traite. Les ingrédients principaux, à savoir, le suspense, les voyages dans le temps, la quête d'identité du protagoniste, les secrets de famille et la part d'ombre de chaque protagoniste sont savamment dosés et permettent à l'histoire d'être réellement équilibrée. On veut absolument connaître la suite des événements et ce que cela impliquera pour Antoine et sa famille. 
Ces différents "voyages dans le temps" sont entrecoupés de passages où Antoine cherche à connaître sa famille, son histoire et ses mystères. Cette quête est alimentée par la découverte d'objets, d'articles ou des miettes de conversation ainsi que d'autres où il poursuit à la fois sa vie quotidienne - qu'il délaisse néanmoins de plus en plus au fur et à mesure de la progression du récit. Ces moments auraient pu être une période de respiration, où l'action se calmerait, mais il n'en est rien. Au contraire, ceux-ci la relancent de plus belle pour notre plus grand plaisir et nous rendent impatient de découvrir la prochaine "destination temporelle" d'Antoine. 

L'auteur arrive grâce à son style efficace et fluide à recréer les diverses époques et l'atmosphère étouffante et quasiment terrifiante de chacune. Il parvient à nous faire ressentir les sensations d'Antoine qui débarque dans des époques lointaines sans savoir où et quand il se trouve. Et surtout, il réussit le tour de force de faire disparaître toute trace d'esprit cartésien dans le sens où à aucun moment on ne s'interroge pour savoir si ce que vit Antoine est vrai ou non. On sait très bien qu'il n'y aura pas de conclusion du genre "en fait, ce n'était qu'un rêve". On prend ce côté fantastique comme postulat de départ et on se demande surtout pourquoi sa lignée semble maudite et comment cela va-t-il prendre fin.
Les voyages dans le temps - même si le thème est vieux comme la littérature fantastique - sont ici traités de manière assez originale et surtout là pour servir le côté suspense du récit.
D'ailleurs pour moi, ce côté fantastique n'est là que pour illustrer le thème principal du livre qui est la quête d'identité d'Antoine. Il s’aperçoit qu'il ne sait rien de sa famille et que malheureusement son père ne peut lui être d'une grande aide à cause de sa maladie. Il se doute qu'il y a des secrets honteux, voire des cadavres dans le placard (au sens propre comme au figuré), mais il n'a rien de tangible. Il va donc devoir découvrir tout cela par lui-même, que ce soit par des moyens normaux ou paranormaux.

J'ai particulièrement apprécié le passage durant la Seconde Guerre mondiale, où la tension et les rôles troubles des uns et des autres - le protagoniste en premier lieu - sont vraiment bien rendus. On se prend au jeu et on tremble avec lui quand il entend le bruit des bottes dans les escaliers.
J'ai également été très sensible au fait que le passage temporel central - à savoir celui où un membre de la famille Remington tue le modèle ayant posé pour le portrait - ne soit pas l'un des voyages d'Antoine et qu'il ne soit raconté que par morceaux épars de-ci de-là tout le long du roman. J'ai trouvé ça très intelligent, car cela permet de rajouter un peu plus de mystère.
Enfin, les derniers chapitres du livre permettent de clore astucieusement cette saga familiale en ajoutant une petite dose d'anticipation qui assez rafraîchissante après tous ces voyages dans le passé. 

En conclusion, je dois dire - tout simplement - que j'ai passé un très bon moment en compagnie de cette singulière famille Remington. Si vous voulez lire un bon livre cet été sur la plage - ou à la montagne, je ne suis pas sectaire - précipitez-vous sur "Le 2 d'Octobre" de J.M. Pen, un vrai bon thriller qui nous change des productions de masse produites de l'autre côté de l'Atlantique et que l'on oublie une fois le bouquin refermé.

Note : 15/20


Le 2 d'octobre de J.M. Pen
Éditions Ex Æquo / Collection Rouge / 2016
ISBN : 978- 2-35962-809-8
242 p. / 20€

Jean-Marie Pen est également un peintre de grand talent, je vous conseille vivement d'aller faire un tour sur son site pour découvrir cet artiste touche-à-tout.

mardi 20 juin 2017

Les temps maudits de Danny Mienski

Il y a quelques temps de cela, j'ai reçu un mail de Danny Mienski qui proposait de m'envoyer un service de presse de son dernier ouvrage. Je n'ai bien sûr pas hésité un seul instant pour plusieurs raisons : la première étant que je ne connaissais ni l'auteur ni la maison d'édition (Ex Æquo) et que je souhaite à travers mon modeste blog donner une - petite - visibilité aux auteurs en devenir et aux nouveaux éditeurs. La deuxième, qu'il s'agissait d'un recueil de nouvelles fantastiques - genre que j'adore. Et enfin, que j'ai été (je le suis toujours d'ailleurs) très flatté qu'un auteur puisse imaginer qu'une chronique de ma part  - je ne suis pas critique professionnel, je ne partage ici que ce qu'il me plaît - pouvait être un retour intéressant pour lui.
Voilà pour la petite histoire (avec h minuscule). En ce qui concerne l'ouvrage, celui-ci est donc composé de trois nouvelles se situant à différentes périodes de l'Histoire (avec H majuscule). 

La première s'intitule "Les Lions bleus" qui est basée sur un conte africain.
1772 à Nantes, Théo est un adolescent qui a soif d'aventure et rêve de découvrir l'Amérique. Il se fait engager sur un bateau négrier en partance pour le Nouveau Monde via l'Afrique. Quand le navire fait escale au Sénégal pour embarquer des esclaves. Tandis que les femmes et les hommes sont inspectés par le médecin de bord, un esclave refuse d'être séparé de sa compagne. L'incident est clos lorsque le second du capitaine - qui désire garder la femme pour lui - assomme l'esclave. La traversée de l'Atlantique qui s'en suit va être une succession d’événements plus étranges les uns que les autres, semblants être provoqués par l'esclave scarifié. Pour le jeune Théo, le rêve va tourner au cauchemar...

La deuxième histoire, "Drapeau blanc", se passe à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Joseph, un ancien légionnaire retrouve, Carmen, trapéziste dans un cirque. Ils se sont connus et aimés il y a quelques années mais ont dû se séparer à cause des démons intérieurs de Joseph. En effet, celui-ci est le seul survivant d'une bataille de la guerre du Tonkin et se sent coupable de cette situation. Mais surtout, il culpabilise d'avoir invoqué les esprits qui n'ont épargné personne sauf lui. Il a essayé de les fuir, mais en vain. Ils ont continué à le pourchasser. Joseph a donc décidé que le moment était venu de les affronter. Carmen, ne voulant pas perdre une fois de plus l'homme qu'elle aime, va lui venir en aide... 

Enfin, le dernier récit "Le chemin rouge", raconte l'histoire d'un homme et d'une femme qui se sont cherchés - et parfois trouvés - à différentes époques de l'Histoire. Que ce soit en Afghanistan de nos jours, dans le Japon médiéval, à Babylone ou encore durant la Seconde Guerre mondiale, ils se rencontrent pour la première fois mais ils semblent se connaître depuis toujours. Malheureusement pour eux, les aléas de l'Histoire ou des événements violents les séparent à chaque fois...

Il est en général peu aisé de donner son ressenti sur un recueil de nouvelles, mais Danny Mienski est sympa car, les trois nouvelles qui composent ces "Temps maudits" forment en fin de compte une seule et même histoire, même si elles peuvent très bien se lire séparément. Le fait que certains faits, ou objets fassent écho entre deux histoires est très ingénieux. On prend alors conscience que nous avons affaire à un récit d'un seul tenant, mais cela est fait de manière très subtil.
J'ai beaucoup aimé les différentes ambiances et atmosphères que l'auteur a su donner à ses trois nouvelles, car il a su ressusciter les époques sans tomber dans les clichés ni les lieux communs. Il a par ailleurs donné un rythme particulier à chacune d'elles, qui permet de ne pas tomber dans la monotonie.
Dans la première, il prend son temps pour mettre en place l'intrigue et son dénouement. Le déroulement du récit est linéaire dans le temps. Cela permet de se familiariser avec le style de l'auteur (c'est primordial pour une bonne entrée en matière) et surtout de sentir petit à petit l'irréel se mêlé au réel. Cela se fait graduellement, presque imperceptiblement, et de manière très poétique. On y sent bien l'inspiration qu'a pu être le conte africain.
Dans "Drapeau blanc", au contraire des "Lions bleus", on est tout de suite dans le cœur de l'action. Les circonstances menant aux péripéties relatées ne seront explicitées que plus tard dans l'histoire, grâce à un astucieux va et vient entre différentes dates. Le style et le rythme y sont plus vifs et plus nerveux, comme pour nous faire ressentir la course contre la montre engagée par Joseph pour vaincre les démons.
Enfin, dans la dernière, nous sommes transportés d'une époque à une autre, sans transition, ni temps morts. Nous avons donc l'impression de ressentir ce que semble vivre les protagonistes : bringuebalés de-ci de-là avec cette sensation que ce qu'il s'est passé dans leur vie avant cet instant n'a pas ou plus d'importance, que leur vie commence maintenant qu'ils se sont rencontrés. La diversité des époques et des régions abordées dans ce "Chemin rouge" font que l'on a l'impression de lire plusieurs petites histoires au sein d'une grande, qui serait elle-même une partie d'une histoire plus importante, à savoir le recueil en lui-même. J'ai trouvé cette mise en abyme très astucieuse. L'alternance de passages à la troisième personne puis à la première, permet d'apporter un peu plus de profondeur et d'émotion au récit. J'ai par ailleurs beaucoup aimé le petit clin d’œil à "La Vénus d'Ille" de Prosper Mérimée

En ce qui concerne le style de Danny Mienski, celui-ci est très plaisant à lire. Les phrases sont simples - mais pas simplistes - et vont à l'essentiel. Les descriptions très complètes des lieux  et des personnages permettent de les visualiser sans aucun problème et donc de parfaitement se représenter les scènes qui se déroulent.
Les récits sont bien menés et bien construits. On veut connaître la suite et on ne se rend pas compte que l'on tourne les pages. Les cent quarante-quatre pages du recueil sont d'ailleurs très vite lues - ce qui n'est pas un défaut pour moi, au contraire, puisque cela signifie que j'ai été complètement pris par l'histoire.
Les personnages principaux sont attachants et ont de la profondeur. Les secondaires sont également bien campés et ne sont pas de simples faire-valoir. 

Le seul petit bémol que je mettrai concerne quelques anachronismes mineurs dans la première nouvelleMais cela ne nuit absolument ni au déroulement de l'histoire, ni n'a d'impact sur sa cohérence. C'est juste pour faire mon pénible.

En conclusion, je dois dire que j'ai été très agréablement surpris par cet ouvrage. L'exercice de la nouvelle est plus compliqué qu'il n'y parait, parce qu'en très peu de pages, l'auteur doit être à même de mettre en place une ambiance et de mener à bien un récit. Il se doit donc d'aller à l'essentiel. Danny Mienski l'a bien compris et nous livre un (des) récit(s) prenant(s) et très touchant(s).


Note : 14/20

Les temps maudits de Danny Mienski
Éditions Ex Æquo / Atlantéïs / 2017
ISBN : 978-2-35962-937-8
144 p. / 13€

À noter que la couverture et les illustrations intérieures ont été réalisées dans le cadre d'un atelier avec des lycéens de la région de Nantes.
Je signale également que Danny Mienski vient de publier dans le dernier numéro de Galaxies, une nouvelle très sympathique qui revisite le mythe du Prêtre Jean et qui est dans le ton de la première histoire des "temps maudits". Je vous recommande vivement sa lecture.

mercredi 13 avril 2016

Le Club de Michel Pagel

Un nouveau roman de Michel Pagel, est toujours - pour moi en tout cas - un événement, tant ce talentueux auteur se fait rare de nos jours (qu'il est loin le temps du Fleuve Noir...). L'ayant découvert il y a quelques années, tout à fait par hasard avec "Orages en Terre de France", (attiré par la couverture de Max, l'auteur de "Spoty et la lune Alphane", dont je vous parlerai un de ces jours), je suis aujourd'hui un fan inconditionnel de son œuvre

Après s'être attaqué à l'Histoire avec un grand H, avec "Le Roi d'Août", ou "Le dernier des Francs", Michel Pagel s'attaque aux petites histoires de notre enfance en imaginant ce que sont devenus les enfants du Club des 5 de la fameuse Bibliothèque Rose après que nous ayons fini de lire leurs aventures.

Il y a longtemps, Claude, François, Mick, Annie et leur chien Dagobert ont vécu des aventures incroyables. Trente ans après, ils se retrouvent dans la maison de leur enfance, invités pour Noël par Claude qui y habite toujours. Les retrouvailles les confrontant à ce qu'ils sont devenus ne sont pas aussi chaleureuses et heureuses qu'ils auraient pu les imaginer. Très vite, la mort de la mère de Claude, pourtant très âgée et très malade vient assombrir un peu plus le tableau. Surtout que ce décès ne semble pas naturel...

Le livre se lit d'une traite - comme cela est souvent le cas avec cet auteur - tant l'écriture est fluide et sans fioriture et l'intrigue bien amenée. Cela est d'ailleurs à souligner tant le sujet de départ aurait pu être assez casse-gueule, en faisant vieillir ces héros populaires (la fin de l'enfance, la fin de l'innocence, le chamboulement de la puberté...) et surtout en les confrontant avec leurs doubles originaux anglo-saxons lors d'aller-retours qui nous font douter : les français existent-ils réellement ou ne sont-ils que des héros de papiers comme leurs homologues ? Et donc l'histoire que nous sommes en train de lire ne serait-elle pas qu'un ultime épisodes de leurs aventures ? 
Pourtant, malgré cette complexité, les événements s'enchaînent sans aucun problème, et à aucun moment on ne perd le fil du récit. On veut absolument savoir qui est responsable de la mort de Claude (et des suivantes) et surtout pourquoi. On suit donc les investigations du Club dans ce thriller fantastique très court mais très dense. 

Le seul bémol pour moi, c'est que je n'ai jamais été fan de la série d'origine. À vrai dire, je n'ai lu qu'une seule de leurs histoires et je n'avais pas accroché - essentiellement je pense, parce qu'à l'époque je n'aimais pas lire. Je ne peux donc pas me prononcer concernant les projections de Michel Pagel sur les enfants devenus adultes et les aurais-je imaginé ainsi ou non ? Mais cela n'a en rien altéré le bon moment que j'ai passé en leur compagnie. Je vais même vous faire une confidence : je crois que je vais bientôt emprunter un Club des 5 à la bibliothèque municipale pour juger sur pièce.


Note : 14/20

Le Club de Michel Pagel
Les Moutons Électriques / La Bibliothèque Voltaïque / 2016
ISBN : 978-2361832421
160 p. / 15€

À noter que Les Moutons Électriques ont réédité en version collector le cycle de la "Comédie Inhumaine" en 8 volumes. Malehreusement

mardi 8 mars 2016

Ozark de Lennoz, Oneta, Lainé, Bernasconi et alii

Je continue mon exploration des petits formats Lug, réédité par Hexagon Comics. Après Wampus, L'Autre, Ben Leonard ou encore Lucifer, je vais vous parler aujourd'hui d'Ozark. 

Russell Red Horse  surnommé Ozark par sa tribu, est un jeune sioux. Il vit dans une réserve où la misère règne. Un soir, le sorcier de la tribu, Wa-Tan-Peh, lui demande de venir lui rendre visite. Quand Ozark arrive, il aperçoit le vieux sage mourant, blessé par balle par des bandits. Avant de pousser son dernier souffle, Wa-Tan-Peh transmet à Ozark une amulette magique, qui confère à celui qui la détient, des pouvoirs incroyables. Armé de son courage et de cet artefact, Ozark va poursuivre les assassins du sorciers, puis affronter, avec l'aide de ses amis du Magic Circus et de son cheval Mustang, plein d'ennemis plus puissants les uns que les autres, qui menacent la Terre*... 

Contrairement aux autres volumes de chez Hexagon, je connaissais déjà un tout petit peu Ozark, pour avoir pu lire - il y a très longtemps - une de ses aventures dans Mustang. Mais pour être tout à fait franc, je ne me rappelais plus du tout de quoi que ce soit. Je me souvenais juste que j'avais bien aimé les dessins et le fait que le héros soit un indien (ça changeait du superhéros blanc - et puis j'ai toujours apprécié les indiens).
J'ai donc redécouvert avec beaucoup de plaisir ce héros aux faux airs de Shaman de la Division Alpha et ses acolytes pour le moins peu communs : le Magic Circus ! Ceux-ci amènent un côté décalé aux histoires, car ils ne sont pas des superhéros. Ils servent de sidekick, mais cela ne dérange pas trop, puisqu'ils sont nombreux et aux personnalités variées. En plus - ATTENTION SPOILER - ils meurent tous avant la fin de l'histoire. Chose assez rare pour être signalée.
Les ennemis qu'affrontent Ozark et ses amis sont aussi pas mal campés. J'ai beaucoup aimé le savant fou de service, le Docteur Kaïn, mais également Typho, le Galactus Maya. Je les ai trouvé vraiment charismatiques, ou tout du moins intéressants. Et comme il n'y a pas de bon héros sans bons méchants... Tout ça pour dire que j'ai été très agréablement surpris par cette série, qui tout en recyclant pas mal de stéréotypes et de personnages du comics américains classiques, avait réussi à néanmoins en faire quelque chose de rafraîchissant et même parfois assez original.

À noter que ce volume contient également les nouvelles aventures d'Ozark, qui prennent la suite directe de la première série (qui s'achevait sur un cliffhanger de folie - en réalité en plein milieu de l'histoire). Contrairement à Wampus / L'Autre nouvelles générations qui m'avaient un peu déçu (sans doute aussi à la série originale qui était très forte), je trouve que le traitement d'Ozark est vraiment intéressant, à la fois au niveau de l'histoire qui tient la route (même si le ton utilisé est parfois bien loin de l'original), qu'au niveau du dessin, avec des styles graphiques différents. Que ce soit Dzialowski, Arden, Grivaud et surtout Chris Malgrain (déjà évoqué, ici, ou encore ), tout est de grande qualité.
Enfin, il y a aussi la série Wa-Tan-Peh, qui raconte la jeunesse du sorcier d'Ozark. Celle-ci est signée Jean-Marc Lainé au scénario et le grand Luciano Bernasconi au dessin. Cette série à elle seule vaut l'achat du volume, tant elle est de qualité. On y suit le jeune Wa-Tan-Peh, dans sa découverte de la nature, de la nature humaine et de la vie en général. Une très belle série.

La couverture signée Chris Malgrain est également très belle et donne vraiment envie d'ouvrir le volume et de nous plonger dans les aventures du jeune sioux.

En conclusion, même si la série principale est bien sympathique et qu'elle n'a pas à mon avis l'envergure d'un Wampus, cela est loin d'être un handicap, car grâce à cela, la seconde série d'aventures de Russell Red Horse, ne dépareille pas, bien au contraire. Il en ressort donc une œuvre assez uniforme qui se laisse lire avec plaisir. La série dédiée à Wa-Tan-Peh étant la cerise sur le gâteau !

Note : 14/20


Ozark de Jacques Lennoz, Franco Oneta et alii
Hexagon Comics / 2012
ISBN : 978-1-61227-124-8
546 p. / 35€

"Ozark" et les autres titres Hexagon Comics sont disponibles sur le site d'Hexagon Comics. Allez y faire un tour, il y a vraiment beaucoup de très bonnes choses, et en plus Jean-Marc Lofficier et Philippe Ward sont très sympas !

*Car comme dirait l'autre : de grands pouvoirs impliquent de grands responsabilités.

jeudi 6 août 2015

Ben Leonard de Guido Zamperoni

Je continue mon exploration du catalogue d'Hexagon Comics, avec cette fois-ci, Ben Leonard de Guido Zamperoni. J'ai acheté ce titre car j'ai été attiré par la couverture et le résumé : l'Egypte, la mythologie, les voyages dans le temps... Que des choses alléchantes ! Le volume comprend également les deux aventures de l'ingénieur baroudeur Rod Zey, signées Mario Cubbino.

Ben Leonard est journaliste et passionné d'histoire et d'archéologie, toujours flanqué de son fidèle Pipp et de Lucy, sa fiancée. Un jour, il découvre qu'il n'est autre que Râ, le dieu égyptien réincarné. Grâce au médaillon magique qu'il porte désormais autour du cou, il possède des pouvoirs incroyables, comme celui de voler, une force herculéenne ou encore des dons de télékinésie. Malheureusement, il découvre aussi que son frère Set, qui l'avait laissé pour mort et pris sa place, cherche également à se débarrasser définitivement de lui. S'ensuivra des aventures aux quatre coins de la planète et à travers le temps.

Rod Zey, est un ingénieur spécialisé dans les questions pétrolifères. Il sera amené à intervenir en Amazonie où il combattra une impitoyable bande de trafiquants puis au Pôle Nord, où il affrontera de terribles asiatiques...

Encore une fois, je suis plutôt agréablement surpris par ce volume. Le dessin clair et épuré de Guido Zamperoni est vraiment dynamique et colle parfaitement à l'action soutenue de ces aventures.
Le fait d'explorer les différentes mythologies et de les mélanger entre elles est vraiment une bonne idée, et les voyages dans le temps permet d'avoir quasiment toutes les sortes d'histoires de petits formats représentées en un seul volume (le Far-West, la science-fiction, le Moyen-Age etc...). Cela fait que l'on ne s'ennuie pas un seul instant, grâce a ces ambiances différentes.
Le duo Ben / Pipp, même s'il n'est pas très original, fonctionne bien et permet même à Pipp de parfois sauver la mise au héros. Lucy, la touche féminine, n'apporte pas grand chose (si ce n'est des péripéties qui permettent au héros de briller, comme souvent dans ce genre d'histoires), mais n'est pas non plus une caricature.

Le point négatif des aventures de Ben Leonard, ce sont les scénarios parfois un peu bancals. Heureusement, comme je le disais un peu plus haut, l'action ne connait pas de temps morts et permet de passer outre ce problème.

En ce qui concerne Rod Zey, je n'ai pas du tout accroché au trait de Mario Cubbino, trop simpliste et inégal à mon goût. Heureusement, le côté aventure un peu kitsch (surtout le deuxième épisode), permet de faire oublier les dessins et de malgré tout passer un court, mais bon moment en compagnie du l'ingénieur bourlingueur.

En conclusion, j'ai encore une fois apprécié ce volume de chez Hexagon Comics, même si au contraire d'un Wampus qui est à mon avis indémodable, les aventures de Ben Leonard ont souffert du temps qui est passé entre leurs premières publications et aujourd'hui. C'est pour cela que je ne recommanderai ce titre qu'aux amateurs de petits formats, aux nostalgiques ou aux curieux du 9ème Art. Faisant partie des trois catégories citées, j'y ai trouvé mon bonheur, mais cela ne sera sûrement pas le cas de tout le monde.


Note : 13/20

Ben Leonard de Guido Zamperoni
Hexagon Comics / 2013
ISBN 978-1-61227-172-9
540 p. / 35€

Ben Leonard et les autres titres Hexagon Comics sont disponibles sur le site d'Hexagon Comics. Faites-y un petit tour, il y a beaucoup de pépites !

mercredi 25 mars 2015

Intégrale Lucifer de Raffaele Paparella

Je continue ma découverte des classiques Lug, après le très étonnant Wampus, voici donc venir Lucifer de Raffaele Paparella. Comme son nom l'indique, ce volume comprend l'intégrale des aventures de Lucifer, mais est également complété par Boyday et Face d'Ange.
Lucifer est ange qui vit au Paradis et qui est aussi un peu tête brûlée. Il n'aime pas que l'on se moque de lui ou qu'on lui manque de respect. Suite à une altercation un peu plus grave que d'habitude, il se voit contraint à l'exil sur Terre pour une période de 100 ans, afin de lui mettre un peu de plomb dans la tête. Seulement voilà, si chaque bonne action lui apporte une remise de peine, chaque faute augmente, quant à elle, son séjour parmi les mortels. Là, il sera confronté non seulement à des terriens peu scrupuleux, mais aussi au Diable est à ses sbires...
Boyday est un avocat débrouillard, qui, avec l'aide de ses deux compagnons, La Brique, un ex délinquant et Falotte, sa protégée vient en aide aux habitants de Los Angeles...
Enfin, Clint Morgan dit "Face d'Ange", est un agent secret qui se retrouve toujours à devoir exécuter les missions les plus périlleuses...

Cette intégrale a vraiment été une bonne surprise pour moi. Avant de l'acquérir, j'avais bien sûr feuilleté les extraits sur le site d'Hexagon Comics et le trait de Raffaele Paparella m'avait bien plu. J'avais un peu plus de réserve en ce qui concernait les histoires... Mais finalement, ce que je redoutais, à savoir des scénarios avec des situations un peu datées, s'est avéré être le point fort de cette œuvre au charme suranné (le meilleur exemple étant pour moi la dernière histoire : Le maxi-billet de banque, où un milliardaire fait imprimé un billet représentant toute sa fortune - dix milliards de dollars ! - et met au point un stratagème afin de mettre celle-ci en sécurité, des bandits voulant lui voler).
Les scénarios sont dans l'ensemble agréables - et flirtent vraiment à certains moments avec le n'importe quoi, mais c'est ça aussi qui fait le charme de l’œuvre. J'ai, en tout cas, passé un très agréable moment avec cet ange déchu un peu maladroit et grand amateur de whisky !

Les histoires de Boyday sont elles aussi sympathiques à lire. Le trio qu'il forme avec La Brique et Falotte fonctionne bien et fait irrémédiablement penser à des duo ou trio dans le même genre (avec le sidekick comique, la secrétaire débrouillarde etc). Ce qui est dommage c'est que la série ce soit arrêtée au moment où, à mon avis, elle avait enfin trouvée sa vitesse de croisière.

En ce qui concerne Face d'Ange, je suis un peu plus réservé. Les histoires se lisent bien, mais il leur manque un petit grain de folie ou d'originalité qui est présent dans les deux autres séries de ce volume. Clint Morgan est trop parfait, trop poli, sans aucune faille pour en faire un personnage vraiment intéressant.

Dans l'ensemble, ce volume m'a vraiment enthousiasmé et m'a convaincu de continuer à découvrir tout ce pan de notre histoire bdesque que publie - et avec beaucoup de talent - Hexagon Comics. J'ai d'ores et déjà acquis "Ben Leonard", que je chroniquerai dans quelques temps.


Note : 14/20

Intégrale Lucifer de Raffaele Paparella
Hexagon Comics /  2013
ISBN : 978-1-61227-224-5
548 p. / 35€

Lucifer et les autres titres Hexagon Comics sont disponibles sur le site d'Hexagon Comics. Faites-y un petit tour, il y a beaucoup de pépites !

jeudi 11 décembre 2014

Sur des mers plus ignorées de Tim Powers

J'avais acheté ce livre il y a très longtemps, après avoir lu quelque part qu'il avait été une des sources d'inspiration de Ron Gilbert lors de la création de "Monkey Island" (l'autre étant l'attraction de Disney : "Pirates of the Carribean").
Je suis un grand fan de ce jeu (enfin des deux premiers épisodes, beaucoup du reste), et donc je voulais absolument voir ce dont il retournait.
Puis, je l'ai oublié, et je suis retombé dessus alors que je cherchais quelque chose à lire après avoir fini l'épopée des "Rois Maudits" de Maurice Druon, que je n'ai pas chroniqué ici, la faute à pas de temps.
Je reprends donc mes bonnes vieilles habitudes, et on commence donc par un petit résumé, pas trop "spoilé" (en vf : qui ne révèle pas trop de composantes de l'intrigue, pour ne pas gâcher le plaisir du lecteur éventuel qui passe ici pour avoir une idée sur le roman en question. Pff, c'est long).

Au XVIIIème siècle, John Chandagnac, un jeune marionnettiste fauché fait voile vers les Caraïbes et plus particulièrement Haïti, où il veut retrouver son oncle qui l'a spolié de son héritage. 
Sur le bateau, il fait la connaissance de Beth Hurwood, dont le père est un éminent professeur d'Oxford, devenu très étrange depuis la mort de sa femme. 
Malheureusement, le navire est attaqué et pris sans aucun problème par des pirates, grâce à l'intervention d'un sorcier. Dans le même temps, John parvient, grâce une botte secrète qu'il fait d'habitude exécuter à ses marionnettes, à blesser le capitaine pirate. Chandagnac se voit donc contraint de choisir entre la mort et rejoindre les corsaires. 
Ainsi commencent les aventures de Shandy le pirate, qui le verront lutter contre des zombies, découvrir la fontaine de jouvence et faire équipe avec le dangereux Barbe-Noire !

Ce roman se lit vraiment d'une traite, tant l'écriture est fluide et imagée, et tant il y a de l'action. Pas de temps morts, à part peut-être de petits intermèdes plus calmes mais qui ne participent pas moins au développement du récit. Même s'il y a de la magie, des Loas vaudou, la fontaine de jouvence et des zombies, on a bien entre les mains un roman d'aventure pur et dur. Ici, pas de prise de tête stylistique ou de fonds : l'auteur écrit (et plutôt bien d'ailleurs) pour nous divertir, tout simplement. Et ça, ça fait du bien.

J'avais déjà beaucoup aimé "Les voies d'Anubis" de Tim Powers, mais là, je dois avouer que j'ai vraiment été bluffé par ce roman. L'imagerie (ou plutôt devrais-je dire la mythologie) de la piraterie mâtinée de vaudou, est vraiment très bien rendue. Les personnages sont bien campés et pour beaucoup très intrigants (le gouverneur Swaney en tête), John Chandagnac est un héros vraiment attachant et les méchants sont vraiment des ordures, mais subtiles sur certains points.

Alors si vous aimez les pirates, le vaudou et Monkey Island (ou Pirates des Caraïbes, à la rigueur), foncez ! Vous ne le regretterez pas !


Note : 16/20

Sur des mers plus ignorées de Tim Power
J'ai lu / Science-fiction / 1988
ISBN : 2-27722371-9
352 p.

Je possède ce livre en version livre de poche, épuisé depuis belle lurette (mais toujours trouvable en occasion), mais Bragelonne en a sorti une version "grand format en 2011, au prix de 20,30€.

mardi 25 mars 2014

Johannes Cabal le nécromancien de Jonathan Howard

J'ai acheté ce livre il y a pas mal de temps, et depuis il dormait sur mes étagères. J'avais été attiré par la couverture (dès qu'il y a des têtes de mort, ça attire mon oeil), et surtout par la qualité du papier employé pour les pages intérieures et pour la couverture (un papier renforcé un peu gaufré du plus bel effet).

Johannes Cabal afin de connaître tous les secrets de la nécromancie (et donc faire mumuse avec les macchabées)  a vendu son âme au diable. Malheureusement pour lui, il se rend compte assez rapidement qu'il s'est un peu fait avoir. Il décide donc de retourner voir Satan. Celui-ci étant d'humeur joueuse, accepte de passer un pacte avec lui : s'il réussit à lui ramener 100 âmes d'ici un an, Johannes récuperera la sienne. Pour ce faire, le diable lui attribue une fête foraine un peu délabrée, rangée dans un train tout aussi pourri. Charge à Cabal de récolter les âmes, aider par son frère Horst, qui ne partage pas vraiment la vision du monde de Johannes.

Je dois avouer avoir eu un peu de mal à rentrer dans ce roman. La faute à un style qui passe du très sérieux au grand guignolesque en l'espace de trois phrases. Ensuite, une fois que l'histoire se met en route et que l'on s'est habitué au style de l'auteur, on a affaire à un livre plutôt sympathique à lire. Les personnages sont assez hauts en couleur (même si certains manquent un peu de relief), de très bonnes idées parsèment le récit (la création des artistes de la foire entre autres) et certains passages sont franchement drôles (on sourit mais on ne va pas jusqu'au rire). 
Par contre, il existe d'autres livres de Johannes Cabal (je ne sais pas s'ils ont été traduit ou pas), mais je ne suis pas sûr de les lire et encore moins de les acheter. J'ai passé un bon moment en sa compagnie, mais je n'ai pas forcément envie d'en lire plus. La faute sans doute au style de l'auteur, qui ne m'a pas vraiment emballé.
Apparemment, l'auteur a voulu rendre hommage à Ray Bradbury et à sa "Foire des ténèbres". Du coup, ça m'a donné envie de le relire !

Note : 13/20

Johannes Cabal le nécromancien de Jonathan Howard
Eclipses / Fantastique / 2011
ISBN : 978-2362700538
384 p. / 18,30€

jeudi 20 février 2014

Les plus qu'humains de Théodore Sturgeon

Je me souviens d'avoir acheter ce livre d'occasion parce que la couverture m'avait intrigué et que je n'avais jamais lu de Sturgeon. J'ai donc fait d'une pierre deux coups, puis comme souvent avec moi, j'ai ranger le bouquin sur une de mes étagères et je me suis dépêché de l'oublier là pour en lire un autre... Puis, comme toujours, le livre a réapparu alors que je n'y pensais plus, et je l'ai donc lu.

"Il est l'Idiot chassé par les uns, ignoré par les autres. Il survit en errant dans les bois puis, hébergé par un couple de paysans un peu fous, il rencontre des enfants aux dons étranges : Jennie, petite fille modèle qui possède un don de télékinésie, Bonnie et Beany, des jumelles, qui se téléportent instantanément où elles le désirent, et Gerry, orphelin et télépathe. Ils décident d'un commun accord de vivre tous ensemble, eux les parias, les laissés pour compte à cause de leurs différences. Avec Bébé, l'enfant mongolien et surdoué des paysans, ils vont former un groupe en parfaite osmose, unis par l'amour et la complicité, créant ainsi une entité aux pouvoirs fabuleux."

Ce livre est composé de trois parties que beaucoup de sites présentent comme des novellas (c'est à dire plus long qu'une nouvelle traditionnelle et plus court qu'un roman) indépendantes, ce qui pour moi, n'est pas vraiment le cas. Dans la première partie, on découvre Tousseul, véritable héros du roman, ainsi que les principaux protagonistes (Janie, la télékinésisthe, Bonnie et Beanie, les jumelles qui peuvent se télétransporter, Bébé, le nourrisson trisomique, mais véritable génie, ainsi que Gerry, le télépathe) et leur vie commune. Ce qui est assez intéressant, c'est que celle-ci est écrite dans un style assez simple (mais pas simpliste), avec des phrases courtes, comme pour refléter l'impossibilité de Tousseul à pouvoir avoir une réflexion construite.

Dans la deuxième, centrée sur Gerry, on en apprend plus sur eux et leur nouvelle vie auprès de Mme Kew et comment Gerry a remplacé Tousseul à la tête du groupe d'enfants. Dans cette partie, le style est plus touffu, plus vif, comme le caractère du télépathe.

Enfin dans la troisième, qui au départ m'a paru assez incompréhensible (et c'est voulu, je pense), on apprend ce qu'il est advenu du groupe, après la deuxième partie. Et enfin, le groupe va se doter de ce qui, jusque là lui manquait, pour réellement former un autre genre d'humain.

Je ne peux pas dire que je me sois ennuyé en lisant ce livre, mais à part la première partie qui m'a réellement emballé, j'ai trouvé les deux autres un peu poussives et un peu trop longues et lentes à mon goût. Il n'en reste pas moins que ce livre est un bon livre de science-fiction / fantastique et qu'il pâtit sans doute de son grand âge et n'a pas eu le même impact sur moi que celui qu'il avait eu à l'époque de sa sortie (en 1953 et International Fantasy Award en 1954).

Note : 12/20

Les plus qu'humains de Théodore Sturgeon
J'ai lu / 1981
307 p.

jeudi 26 juillet 2012

Le K de Dino Buzzati

J'ai lu ou plutôt, j'ai relu. J'avais déjà dû, comme pas mal de gens de ma génération, lire cette nouvelle pour l'école. J'avais, par la suite lu le recueil, parce que pour une fois, un livre pour l'école était bien. J'avais envie de lire des nouvelles, n'ayant pas trop la tête à me plonger dans un roman.
Ce livre est vraiment à conseiller. Il contient une cinquantaine de nouvelles et un très très court roman à la fin. Et il n'y a quasiment rien à jeter. Dino Buzzati est un roi de la nouvelle fantastique. En très peu de pages (6 en moyenne), il crée une ambiance, un univers et même si certaines chutes sont un peu téléphonées, ça n'en reste pas moins de supers histoires.
Parmi mes préférées : "Le K." bien entendu, qui donne son nom au recueil et qui raconte l'histoire de Stefano qui découvre à 12 ans qu'un mystérieux requin - le K - l'a choisi et ne le laissera en paix qu'après avoir réussi à le tuer. Enfin, c'est ce que pense Stefano...
"Chasseurs de vieux" qui raconte un monde où des bandes de jeunes traquent les plus de 40 ans à la nuit tombée pour les massacrer, juste parce qu'ils sont vieux.
"Pauvre petit garçon" ou comment un gentil petit garçon brun un peu crédule va changer le monde une fois adulte, car d'autres enfants l'ont martyrisé dans sa jeunesse.
"Le veston ensorcelé" dans laquelle un homme se fait tailler un costume sur mesure par un drôle de tailleur. En tâtant sa poche intérieure, il y découvre un billet, puis un autre. Malheureusement pour lui, cet argent provient de cambriolages qui ont mal tournés ou d'autres horreurs...

Bref, un livre vraiment très plaisant à lire et qui par la longueur très courte des nouvelles se lit très facilement et très rapidement. Un must !


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