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mardi 17 avril 2018

La Révolte des Côg'r de Boris Hunter

Cela faisait un petit moment maintenant que je n'avais pas chroniqué de livre, autres que bande-dessinée. Cela ne veut pas dire que je n'ai rien lu entre temps, ni même que je n'ai rien lu d'intéressant, bien au contraire. Mais vu que j'ai surtout lu - ou relu - des classiques de la SF comme le cycle de Fondation d'Isaac Asimov ou une brouette de romans de Philip K. Dick, je n'avais pas spécialement envie de partager avec vous mon ressenti sur ces œuvres (voire chefs d’œuvres pour certains) dont on peut trouver des avis / chroniques / critiques à n'importe quel coin de blog. Ce qui n'est pas du tout le cas de "La Révolte des Côg'r", un très sympathique roman de science-fiction, signé Boris Hunter et édité par Rivière Blanche dont je vais vous parler de ce pas.

Sur une planète où l'humanité semble en être restée au stade quasi préhistorique, vivant uniquement de chasse, de cueillette et d'un peu d’agriculture, Erwa est le meilleur des chasseurs de son peuple, les "Côg'r". Il est le meilleur car son "Côg" - son don de prescience - est beaucoup plus développé que celui de ses contemporains. Celui-ci lui permet donc d'anticiper les mouvements de ses proies avec une efficacité redoutable. Mais son "Côg" semble aussi lui indiquer quand le moment est venu de prendre une décision capitale, et le cas échéant, quel choix sera le bon. C'est pour cela qu'il a toujours refusé de partir pour le "Voyage", honneur réservé aux meilleurs éléments de la communauté, sentant imperceptiblement que quelque chose se trame derrière celui-ci. Un jour, il découvre une étrange chose tombée du ciel, qui abrite des humains - comme lui - mais à la peau noire. Il s'agit d'un père et de sa fille qui ont fui leur planète pour venir dévoiler l'horrible vérité qui se cache derrière le "Voyage". Ces révélations vont déclencher la révolte "Côg'r", menés par Erwa...

Autant le dire tout de suite, j'ai vraiment passé un très bon moment à la lecture de ce roman. Boris Hunter a su créer un monde original et convainquant. 
Après un début mélangeant "La guerre du feu" (pour le côté préhistorique) et "Dune" (pour le côté prescient d'Erwa), où l'on suit le quotidien de chasseur d'Erwa et de sa tribu, l'histoire bascule quasiment dans le space opera après l'arrivée sur la planète des Côg'r d'Æwen et de son père. Ces deux ambiances se complètent parfaitement et permettent de briser la monotonie qui aurait pu s'installer si le récit s'était uniquement déroulé sur la planète des Côg'r. Le côté primitif de la première partie est complètement contrebalancé par la seconde et ses combats spatiaux (très bien retranscrits) qui flirtent avec "La guerre des étoiles". Il y a en a donc pour tous les goûts ici.

L'écriture de Boris Hunter est vraiment très agréable et efficace. Ici, pas de verbiage, on va directement à l'essentiel, ce qui n'est pas pour me déplaire. Le style de l'auteur est avant tout au service de l'histoire, s'adaptant aux deux ambiances sans aucun problème. Nous sommes réellement transportés, dans un premier temps, dans la savane préhistorique, puis dans un second temps dans l'espace et ses combats "intergalactiques". 

Comme indiqué plus haut, j'ai trouvé qu'il y avait un peu de Dune de Frank Herbert dans cette "Révolte des Côg'r". Au-delà du don de prescience évoqué plus haut, on retrouve également quelques réminiscences de chef d’œuvre, comme les Côg'r qui se révèlent de terribles combattants, tout comme les Fremens, ou encore - ATTENTION SPOILER - dans l'utilisation des cerveaux de Côg'r par Apogen qui évoque très fortement celui des navigateurs de la Guilde. Mais cela est fait avec beaucoup de talent par Boris Hunter, qui réussit à complètement nous immerger dans son récit.

À la lecture de "La Révolte des Côg'r", j'ai retrouvé le plaisir que j'éprouvais il y a quelques années (en fait beaucoup plus que quelques) quand je me plongeais dans les romans Fleuve Noir que je dégotais en occasion et pour lesquels, très souvent, on ne pouvait se fier qu'à la couverture et au titre pour faire son choix (la quatrième de couverture abritant une publicité pour une agence de voyage ou un cigarettier). 
Ici, j'y ai retrouvé - outre une très belle couverture signée Vincent Laik, qui fait penser à AT-43, le défunt jeu de Rackham, mais qui n'a rien à voir avec l'histoire - une atmosphère très similaire à nombre de ces récits, à savoir, une écriture efficace et très agréable, une histoire qui s'appuie plus sur les personnages et le monde créé que sur des concepts scientifiquement inattaquables (ce n'est pas grave, je ne suis absolument pas fan de hard-science), un manichéisme basique - mais complètement assumé (les vrais méchants sont abjects alors que les gentils héros sont plus que sympathiques), de l'optimisme en barre et de l'amour à profusion. Bref, que de bons ingrédients pour faire un très bon livre populaire qui se lit d'une traite !

Note : 15/20


La Révolte des Côg'r de Boris Hunter
Rivière Blanche / Collection Blanche / 2016
ISBN : 978-1-61227-479-9
304 p. / 20€

mardi 29 août 2017

La Saga des Étoiles d'Edmond Hamilton

J'ai profité des vacances pour m'attaquer à ma pile de livres en retard. "La Saga des Étoiles" d'Edmond Hamilton était justement celui du dessus. Pour la petite histoire, Edmond Hamilton n'est autre que le père du Captain Futur, plus connu sous nos contrées (surtout par les enfants des années 70/80) sous le nom de Capitaine Flam - et accessoirement l'un des pères fondateurs du Space Opera. Cette "Saga des Étoiles" regroupe deux romans qui se font suite : "Les Rois des étoiles" qui date de 1947 et sa suite, vingt ans après "Le Retour aux étoiles" de 1967 donc. 

Les rois des étoiles : John Gordon est un modeste comptable de New York qui mène une vie monotone. Depuis quelques temps, la nuit, il entend une voix dans sa tête. Il s'agit de Zarth Arn, l'un des fils de l'Empereur du centre de la Galaxie qui vit plus de 200 000 ans dans le futur. Celui-ci étudie le passé et propose à John Gordon d'échanger leurs esprits. Ainsi Gordon se retrouverait-il dans le corps de Arn et inversement, tout cela pour quelques semaines, le temps que le prince mène à bien son projet. Croyant devenir fou, mais bien décidé à vivre une aventure incroyable si cela se révélait être vrai, Gordon accepte et il se retrouve bientôt 200 siècles dans le futur, dans le corps de Zarth Arn. Mais à peine arrivé, les sbires du terrible Shorr Kan, le Maître de la ligue prennent d'assaut le laboratoire où se trouve Gordon, détruisant la machine et tuant l'adjoint de Zarth Arn, la seule personne pouvant réinverser les esprits. Sauvé in extremis par une brigade impériale, Gordon va se retrouver au cœur d'un gigantesque complot ourdi par Shorr Kan afin de s'emparer de l'Empire. En effet, la famille impériale possède le secret du "disrupteur", une arme surpuissante capable d'anéantir des pans d'univers. En s'emparant de celui qu'il pense être Zarth Arn, Shorr Kan espère mettre la main sur celle-ci. Malheureusement pour lui, Gordon va vite se prendre au jeu et se révéler être un terrible adversaire, surtout après avoir rencontré la superbe princesse de Fomalhaut, Lianna...

Le retour aux Étoiles : Après avoir sauvé l'univers, John Gordon a réussi à regagner son corps et son temps, Zarth Arn effectuant le chemin inverse. Malheureusement, Gordon a du mal à oublier - on le comprend - son séjour dans le futur et surtout la jolie princesse Lianna. Il commence même à douter de la véracité de son séjour dans l'espace, au point de consulter un psy. Deux années de grisaille monotone s'écoulent quand une nuit, Zarth Arn se manifeste de nouveau pour proposer à Gordon, non pas d'échanger leurs esprits mais bien de transporter John Gordon dans le futur. Trop heureux de pouvoir retrouver sa princesse, Gordon n'hésite pas une seule seconde. Malheureusement pour lui, Lianna semble avoir un peu de mal à s'habituer à lui et à sa véritable apparence. Mais le pire reste à venir, car il va devoir protéger sa princesse contre les agissements de son cousin qui souhaite s'emparer du trône de Fomalhaut. Aidé de Lianna, de Zarth Arn, de Korkhann, un conseiller de Lianna capable de lire dans l'esprit des gens et de Shorr Kan, qui se révélera être un allié de circonstance très précieux, Gordon va se retrouver au cœur d'une guerre gigantesque avec les terribles H'harn, des êtres télépathes venus d'une autre galaxie...

J'ai toujours beaucoup aimé la science-fiction à l'ancienne et je dois dire que sur ce coup-là, je n'ai pas été déçu, bien au contraire. Une fois que l'on a bien compris que l'auteur cherchait avant tout à nous divertir et non pas à faire de la hard-science, on se laisse agréablement porter par l'histoire et les innombrables péripéties dont va être victime - ou acteur - John Gordon.
Le côté pulp, un peu kitsch de l'histoire donne une vraie saveur au récit et permet surtout de très bien s'imaginer les événements, les personnages et autres vaisseaux qui parcourent la galaxie, car il y a un lien de parenté indéniable avec toute la science-fiction que nous avons pu voir à la télé - ou au cinéma - Star Wars, Flash Gordon, et donc Capitaine Flam. Nous sommes ici en terrain de connaissance, du fait des clichés (qui n'en étaient pas à l'époque mais le sont devenus) dont le récit regorge. Quoiqu'il en soit, cela passe vraiment bien.

L'histoire - très classique donc - du sauvetage de la galaxie par un homme providentiel que rien ne prédestinait à ça, est néanmoins très prenante. Ceci grâce au fil conducteur du "disrupteur", dont Gordon ignore tout, que ce soit le concept, la forme ou son fonctionnement. Cette utilisation est repoussée plusieurs fois, mais sera finalement utilisée par un Gordon plein de doute.

La relation naissante entre Gordon et la princesse Lianna est également assez intéressante dans la mesure où celle-ci tombe amoureuse d'une personne aux deux personnes (rien à voir avec l'histoire de Jean-Christian Ranu - quoique ?), alors qu'il s'agissait au départ d'une union strictement politique. Celle-ci est donc troublée par le comportement de Zarth Arn / Gordon, ce qui met en péril plus d'une fois la véritable identité de celui-ci. Gordon est donc obligé de faire très attention afin ne pas être découvert. Cela est également le cas avec le reste de la famille royale, mais comme Gordon est un romantique, cela est plus risqué avec Lianna.

Enfin, le fait que le récit ne connaisse aucun temps mort, est particulièrement appréciable. J'avais un petit peu peur, après un début sur les chapeaux de roues que l'histoire se tasse un petit peu et verse dans un complot d'alcôve. Il n'en est rien. Du début à la fin, tout s'enchaîne très vite avec juste des petites pauses pour permettre au lecteur de reprendre son souffle. 

L'autre gros atout de cette saga, est le personnage de Shorr Kan, ambivalent, machiavélique, manipulateur, mais possédant malgré tout un grand sens de l'honneur. Je ne suis pas un spécialiste, mais je pense que ce genre de personnage ne devait pas être courant dans la science-fiction à cette époque, qui privilégiait avant tout le héros propre sur lui qui affrontait le vil méchant. Shorr Kan apparaît finalement plus être un antihéros plutôt qu'un grand méchant. J'ai beaucoup aimé son rôle dans "Le Retour aux étoiles". Il s'agit pour moi de l'une des raisons de lire ces histoires.

Le petit bémol que j'apporterai à tout le bien que je pense de cette "Saga des Étoiles", se trouve au niveau des mondes et peuples décrits. Dans le premier roman, l'auteur ne s'embête même pas avec ça, puisque mis à part la couleur de peau, la taille et les habits, toutes les personnes que rencontrent Gordon sont humaines. Dans le second - on rappelle que vingt ans se sont écoulés entre les deux - de nombreuses œuvres de science-fiction mettant en scène des peuples extra-terrestres ont vu le jour et ont donc changer la donne. L'auteur s'essaie un peu à la chose mais sans grande conviction. Korkhann - le poulet télépathe qui m'a tout de suite fait penser au poulet avocat de Futurama - est ce qui se rapproche le plus d'un essai de créer un personnage différent, mais mis à part son allure, il est complètement "humain" dans son mode de pensée et ses actions. Les autres extra-terrestres que nous croiserons dans "Le Retour aux étoiles" sont  malheureusement du même acabit, ce qui est dommage, car quelques spécificités bien choisies auraient réellement pu faire la différence.
En ce qui concerne les sociétés et les civilisations, on reste également soit dans le flou, soit dans le basique. Rien de très poussé ici également au niveau politique ou économique. 
On sent donc bien que Hamilton avait surtout en tête de raconter une histoire pleine d'action et d'événements rocambolesques. S'il a choisi le cadre de l'espace et du futur - et donc de la science-fiction - il aurait aussi bien pu écrire cette histoire sur le mode western ou cape et épée, les péripéties de John Gordon étant réellement le fil conducteur du récit, plus que le cadre géopolitique de l'Empire du centre de la Galaxie.
On surmontera également - sans problème pour ma part - quelques incohérences ici et là dans le récit.

J'ai réellement passé un bon moment en compagnie de John Gordon, de Lianna, Shorr Kan et consorts. Comme souligné plusieurs fois dans les lignes précédentes, l'action est ultra présente et ne laisse que peu de place à l'introspection et autres réflexions philosophiques. Mais je dois avouer que ce n'était pas ce que je recherchais ici (pour ça, il y a Dune). Edmond Hamilton avait un réel don de conteur et c'est bien ce qui transparaît ici dans ces deux romans qui se complètent parfaitement.
Je recommande donc ce livre aux curieux, aux "archéologues" de la SF (pour le côté pulp) et aux amoureux des aventures sans prise de tête etpleines de rebondissements. Quant à moi, je me laisserai sans doute tenter par les rééditions des aventures du Capitaine Futur, chez Le Belial, pour avoir le plaisir de retrouver la plume d'Hamilton.

Note 14/20


La Saga des Étoiles de Edmond Hamilton
J'ai Lu / 2003
ISBN : 978-2-290-33238-2
605 p. / 8,50€

mardi 18 juillet 2017

Retour à Pecq de Gilles Peyroux et Mathias Fourrier

Aujourd'hui, une chronique un peu particulière car il s'agit d'un court roman prenant place dans l'univers du Capitaine LSD. Il est très important de noter qu'il ne s'agit donc pas d'une novélisation mais bien d'une histoire originale. La singularité de la chose, c'est que les chapitres de l'histoire sont entrecoupés de planches de bande dessinée signées Jim Dandy (alias Mathias Fourrier). J'avais dit tout le bien que je pensais des deux albums du Capitaine LSD (ici et ) et l'excellent "L'écume des ours"  avait confirmé cette très bonne impression. Inutile de dire que j'étais très content et très impatient de retrouver Le Blaireau - un des acolytes du Capitaine - surtout dans ce format inédit ! 

Bert est un jeune cinéaste belge qui a quitté Pecq et la Belgique il y a plus de dix ans pour se rendre à Paris, des rêves pleins la tête. Malheureusement pour lui, cela n'a pas tourné comme il l'aurait souhaité et il se retrouve à devoir faire des reportages de commande pour pouvoir joindre les deux bouts. Le dernier en date a une saveur un peu particulière pour lui car il va devoir retourner dans sa ville natale afin d'y interviewer Le Blaireau, désormais à la retraite. Grâce à cette tribune assez inattendue, le vieux Gus Vanderdonik espère pouvoir faire passer un message à la nouvelle génération et en particulier à son fils Kevin qui a repris le flambeau, mais de manière totalement différente. Dans le même temps, Pecq a décidé de rendre hommage à son super-héros avec une cérémonie en grande pompe. De son côté, Bert va se retrouver confronter à son passé et surtout à son amour de jeunesse...

Ce que j'ai trouvé très malin dans ce court roman, c'est le fait que l'auteur n'ait choisi ni de faire un récit de super-héros (ce qui aurait pu être logique mais ce serait révélé casse-gueule et surtout inintéressant à mon avis), ni de choisir comme personnage principal celui que l'on aurait pu attendre, à savoir Le Blaireau qui apparaît d'ailleurs assez effacé, trop enfoncé dans ses souvenirs pour réellement sentir le moment présent.
Au lieu de cela, nous suivons la majeure partie du temps Bert, qui se voit confronté à son passé, même si les chapitres alternent entre différents personnages. Ce parti pris permet mettre en place une atmosphère nostalgique voire mélancolique - mais sans tomber dans le pathos - qui sied parfaitement au récit et ceci grâce aux points de vue des différents protagonistes. 
Grâce à ce mode de narration, on se rend compte qu'il y a énormément de non-dits entre les différents personnages qui semblent avoir du mal à communiquer entre eux. Le carré amoureux entre Kevin, Vanya, Hannah et Bert est d'ailleurs construit sur des non-dits qui les font tous souffrir. 
Heureusement, les dernières lignes du récit laissent malgré tout entrevoir une éclaircie dans la vie de certains protagonistes.

J'ai également beaucoup apprécié le contexte du récit, qui ne se situe pas pendant la grande période des super héros, mais bien après, alors qu'ils semblent obsolètes. L'époque de Sup' Europa est désormais révolue : Le Jeune Blaireau n'est qu'un m'as-tu-vu, dans lequel son père a du mal à se reconnaître et surtout à croire, le pauvre Andy Namite (alias Capitaine LSD) est décédé et Iron Butterfly semble isolé sur son île. C'est dans ce contexte que la municipalité de Pecq organise une cérémonie en l'honneur de Gus et des dix ans de la retraite du Blaireau. Celui-ci se retrouve engoncé dans un vulgaire déguisement du Blaireau et voit dans cette célébration assez incongrue un moyen de refermer définitivement le livre des grandes heures avant qu'il ne soit trop tard (à moins que ce ne soit déjà le cas).

Ce qui est également intéressant ici, c'est que tous les personnages semblent avoir des aspérités. Même Kevin, Le Jeune Blaireau qui renvoie une image parfaitement lisse et semble insensible à tout ce qui se passe autour de lui cache une fracture. l'auteur a donc su s'approprier cette sensibilité qui m'avait frappé lors de la lecture de Capitaine LSD. Les super-héros de Mega-Low Comix sont certes surhumains, mais ils sont surtout humains. 

L'écriture de Gilles Peyroux est très fluide et très agréable à lire. Sans avoir l'air d'y toucher, il nous livre un récit vraiment réussi. Il est arrivé à mettre en place une atmosphère de nostalgie qui est très intéressante et qui permet d'ajouter une dimension supplémentaire à l'univers du Capitaine LSD. 

Les planches de bande dessinée, quant à elles, permettent à la fois de garder la cohérence de l'univers du Blaireau / Capitaine LSD, tout en participant également à l'histoire. Elles éclaircissent, ou approfondissent un point du récit et sont une vraie valeur ajoutée. C'est donc une très bonne idée.

Enfin, le volume est complété par des bonus comme une interview de la chanteuse qui est également la petite amie du Jeune Blaireau, ou encore un extrait de journal intime. Ceux-ci permettent de continuer l'histoire après le point final ou encore d'approfondir celle-ci, après coup. Dans tous les cas, cela est très bien imaginé.

Comme indiqué en début de chronique, j'attendais beaucoup de ce livre qui s’annonçait très original dans le fond et dans la forme. Je n'ai pas été déçu, bien au contraire. J'ai trouvé ce livre très juste et très touchant. J'ai un peu retrouvé cette saveur si particulière qui émanait de Welcome to the 90's, et ça c'est plutôt très bon signe. En un mot comme en cent : bravo ! (Et vivement la suite des aventures de Sup' Europa).


Note : 15/20


Retour à Pecq de Gilles Peyroux et Mathias Fourrier
Mega-Low Comix / 2017
ISBN : 979-1022738224
132 p. / 10€

N'hésitez pas à aller faire un tour sur le site de Mega-Low Comix !

mardi 11 juillet 2017

Le 2 d'octobre de J.M. Pen

Après le très agréable recueil de nouvelles de Danny Mienski, "Les temps maudits", je poursuis ma découverte du catalogue des Éditions Ex Æquo. Aujourd'hui, je vais donc vous parler du thriller fantastique "Le 2 d'octobre", signé  J.M. Pen. Qui, autant le dire tout de suite, s'est révélé être une très bonne surprise. 

Antoine Remington avait deux ans quand il a perdu sa mère un 2 octobre dans un étrange accident de voiture provoqué par son père Charles. Des années plus tard, suite à l'entrée de celui-ci en maison de retraite, Antoine revient vivre dans la maison familiale. Alors qu'il l'a remet petit à petit en état, il découvre un jour le portrait d'une jeune femme ressemblant étrangement à sa mère, mais peint au XIXème siècle. À partir de ce moment-là, Antoine va essayer de reconstituer son histoire familiale, faite de non-dits et de troublants secrets. Plus étrange encore, tous les 2 octobre, date anniversaire de la mort de sa mère, il va (re)vivre des événements impliquant différents ancêtres que ce soit lors du siège d'Harfleur en 1415, durant la Révolution Française ou encore la Seconde Guerre mondiale...

Comme je l'indiquais plus haut, j'ai donc été vraiment emballé par ce thriller qui se lit d'une traite. Les ingrédients principaux, à savoir, le suspense, les voyages dans le temps, la quête d'identité du protagoniste, les secrets de famille et la part d'ombre de chaque protagoniste sont savamment dosés et permettent à l'histoire d'être réellement équilibrée. On veut absolument connaître la suite des événements et ce que cela impliquera pour Antoine et sa famille. 
Ces différents "voyages dans le temps" sont entrecoupés de passages où Antoine cherche à connaître sa famille, son histoire et ses mystères. Cette quête est alimentée par la découverte d'objets, d'articles ou des miettes de conversation ainsi que d'autres où il poursuit à la fois sa vie quotidienne - qu'il délaisse néanmoins de plus en plus au fur et à mesure de la progression du récit. Ces moments auraient pu être une période de respiration, où l'action se calmerait, mais il n'en est rien. Au contraire, ceux-ci la relancent de plus belle pour notre plus grand plaisir et nous rendent impatient de découvrir la prochaine "destination temporelle" d'Antoine. 

L'auteur arrive grâce à son style efficace et fluide à recréer les diverses époques et l'atmosphère étouffante et quasiment terrifiante de chacune. Il parvient à nous faire ressentir les sensations d'Antoine qui débarque dans des époques lointaines sans savoir où et quand il se trouve. Et surtout, il réussit le tour de force de faire disparaître toute trace d'esprit cartésien dans le sens où à aucun moment on ne s'interroge pour savoir si ce que vit Antoine est vrai ou non. On sait très bien qu'il n'y aura pas de conclusion du genre "en fait, ce n'était qu'un rêve". On prend ce côté fantastique comme postulat de départ et on se demande surtout pourquoi sa lignée semble maudite et comment cela va-t-il prendre fin.
Les voyages dans le temps - même si le thème est vieux comme la littérature fantastique - sont ici traités de manière assez originale et surtout là pour servir le côté suspense du récit.
D'ailleurs pour moi, ce côté fantastique n'est là que pour illustrer le thème principal du livre qui est la quête d'identité d'Antoine. Il s’aperçoit qu'il ne sait rien de sa famille et que malheureusement son père ne peut lui être d'une grande aide à cause de sa maladie. Il se doute qu'il y a des secrets honteux, voire des cadavres dans le placard (au sens propre comme au figuré), mais il n'a rien de tangible. Il va donc devoir découvrir tout cela par lui-même, que ce soit par des moyens normaux ou paranormaux.

J'ai particulièrement apprécié le passage durant la Seconde Guerre mondiale, où la tension et les rôles troubles des uns et des autres - le protagoniste en premier lieu - sont vraiment bien rendus. On se prend au jeu et on tremble avec lui quand il entend le bruit des bottes dans les escaliers.
J'ai également été très sensible au fait que le passage temporel central - à savoir celui où un membre de la famille Remington tue le modèle ayant posé pour le portrait - ne soit pas l'un des voyages d'Antoine et qu'il ne soit raconté que par morceaux épars de-ci de-là tout le long du roman. J'ai trouvé ça très intelligent, car cela permet de rajouter un peu plus de mystère.
Enfin, les derniers chapitres du livre permettent de clore astucieusement cette saga familiale en ajoutant une petite dose d'anticipation qui assez rafraîchissante après tous ces voyages dans le passé. 

En conclusion, je dois dire - tout simplement - que j'ai passé un très bon moment en compagnie de cette singulière famille Remington. Si vous voulez lire un bon livre cet été sur la plage - ou à la montagne, je ne suis pas sectaire - précipitez-vous sur "Le 2 d'Octobre" de J.M. Pen, un vrai bon thriller qui nous change des productions de masse produites de l'autre côté de l'Atlantique et que l'on oublie une fois le bouquin refermé.

Note : 15/20


Le 2 d'octobre de J.M. Pen
Éditions Ex Æquo / Collection Rouge / 2016
ISBN : 978- 2-35962-809-8
242 p. / 20€

Jean-Marie Pen est également un peintre de grand talent, je vous conseille vivement d'aller faire un tour sur son site pour découvrir cet artiste touche-à-tout.

mardi 20 juin 2017

Les temps maudits de Danny Mienski

Il y a quelques temps de cela, j'ai reçu un mail de Danny Mienski qui proposait de m'envoyer un service de presse de son dernier ouvrage. Je n'ai bien sûr pas hésité un seul instant pour plusieurs raisons : la première étant que je ne connaissais ni l'auteur ni la maison d'édition (Ex Æquo) et que je souhaite à travers mon modeste blog donner une - petite - visibilité aux auteurs en devenir et aux nouveaux éditeurs. La deuxième, qu'il s'agissait d'un recueil de nouvelles fantastiques - genre que j'adore. Et enfin, que j'ai été (je le suis toujours d'ailleurs) très flatté qu'un auteur puisse imaginer qu'une chronique de ma part  - je ne suis pas critique professionnel, je ne partage ici que ce qu'il me plaît - pouvait être un retour intéressant pour lui.
Voilà pour la petite histoire (avec h minuscule). En ce qui concerne l'ouvrage, celui-ci est donc composé de trois nouvelles se situant à différentes périodes de l'Histoire (avec H majuscule). 

La première s'intitule "Les Lions bleus" qui est basée sur un conte africain.
1772 à Nantes, Théo est un adolescent qui a soif d'aventure et rêve de découvrir l'Amérique. Il se fait engager sur un bateau négrier en partance pour le Nouveau Monde via l'Afrique. Quand le navire fait escale au Sénégal pour embarquer des esclaves. Tandis que les femmes et les hommes sont inspectés par le médecin de bord, un esclave refuse d'être séparé de sa compagne. L'incident est clos lorsque le second du capitaine - qui désire garder la femme pour lui - assomme l'esclave. La traversée de l'Atlantique qui s'en suit va être une succession d’événements plus étranges les uns que les autres, semblants être provoqués par l'esclave scarifié. Pour le jeune Théo, le rêve va tourner au cauchemar...

La deuxième histoire, "Drapeau blanc", se passe à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Joseph, un ancien légionnaire retrouve, Carmen, trapéziste dans un cirque. Ils se sont connus et aimés il y a quelques années mais ont dû se séparer à cause des démons intérieurs de Joseph. En effet, celui-ci est le seul survivant d'une bataille de la guerre du Tonkin et se sent coupable de cette situation. Mais surtout, il culpabilise d'avoir invoqué les esprits qui n'ont épargné personne sauf lui. Il a essayé de les fuir, mais en vain. Ils ont continué à le pourchasser. Joseph a donc décidé que le moment était venu de les affronter. Carmen, ne voulant pas perdre une fois de plus l'homme qu'elle aime, va lui venir en aide... 

Enfin, le dernier récit "Le chemin rouge", raconte l'histoire d'un homme et d'une femme qui se sont cherchés - et parfois trouvés - à différentes époques de l'Histoire. Que ce soit en Afghanistan de nos jours, dans le Japon médiéval, à Babylone ou encore durant la Seconde Guerre mondiale, ils se rencontrent pour la première fois mais ils semblent se connaître depuis toujours. Malheureusement pour eux, les aléas de l'Histoire ou des événements violents les séparent à chaque fois...

Il est en général peu aisé de donner son ressenti sur un recueil de nouvelles, mais Danny Mienski est sympa car, les trois nouvelles qui composent ces "Temps maudits" forment en fin de compte une seule et même histoire, même si elles peuvent très bien se lire séparément. Le fait que certains faits, ou objets fassent écho entre deux histoires est très ingénieux. On prend alors conscience que nous avons affaire à un récit d'un seul tenant, mais cela est fait de manière très subtil.
J'ai beaucoup aimé les différentes ambiances et atmosphères que l'auteur a su donner à ses trois nouvelles, car il a su ressusciter les époques sans tomber dans les clichés ni les lieux communs. Il a par ailleurs donné un rythme particulier à chacune d'elles, qui permet de ne pas tomber dans la monotonie.
Dans la première, il prend son temps pour mettre en place l'intrigue et son dénouement. Le déroulement du récit est linéaire dans le temps. Cela permet de se familiariser avec le style de l'auteur (c'est primordial pour une bonne entrée en matière) et surtout de sentir petit à petit l'irréel se mêlé au réel. Cela se fait graduellement, presque imperceptiblement, et de manière très poétique. On y sent bien l'inspiration qu'a pu être le conte africain.
Dans "Drapeau blanc", au contraire des "Lions bleus", on est tout de suite dans le cœur de l'action. Les circonstances menant aux péripéties relatées ne seront explicitées que plus tard dans l'histoire, grâce à un astucieux va et vient entre différentes dates. Le style et le rythme y sont plus vifs et plus nerveux, comme pour nous faire ressentir la course contre la montre engagée par Joseph pour vaincre les démons.
Enfin, dans la dernière, nous sommes transportés d'une époque à une autre, sans transition, ni temps morts. Nous avons donc l'impression de ressentir ce que semble vivre les protagonistes : bringuebalés de-ci de-là avec cette sensation que ce qu'il s'est passé dans leur vie avant cet instant n'a pas ou plus d'importance, que leur vie commence maintenant qu'ils se sont rencontrés. La diversité des époques et des régions abordées dans ce "Chemin rouge" font que l'on a l'impression de lire plusieurs petites histoires au sein d'une grande, qui serait elle-même une partie d'une histoire plus importante, à savoir le recueil en lui-même. J'ai trouvé cette mise en abyme très astucieuse. L'alternance de passages à la troisième personne puis à la première, permet d'apporter un peu plus de profondeur et d'émotion au récit. J'ai par ailleurs beaucoup aimé le petit clin d’œil à "La Vénus d'Ille" de Prosper Mérimée

En ce qui concerne le style de Danny Mienski, celui-ci est très plaisant à lire. Les phrases sont simples - mais pas simplistes - et vont à l'essentiel. Les descriptions très complètes des lieux  et des personnages permettent de les visualiser sans aucun problème et donc de parfaitement se représenter les scènes qui se déroulent.
Les récits sont bien menés et bien construits. On veut connaître la suite et on ne se rend pas compte que l'on tourne les pages. Les cent quarante-quatre pages du recueil sont d'ailleurs très vite lues - ce qui n'est pas un défaut pour moi, au contraire, puisque cela signifie que j'ai été complètement pris par l'histoire.
Les personnages principaux sont attachants et ont de la profondeur. Les secondaires sont également bien campés et ne sont pas de simples faire-valoir. 

Le seul petit bémol que je mettrai concerne quelques anachronismes mineurs dans la première nouvelleMais cela ne nuit absolument ni au déroulement de l'histoire, ni n'a d'impact sur sa cohérence. C'est juste pour faire mon pénible.

En conclusion, je dois dire que j'ai été très agréablement surpris par cet ouvrage. L'exercice de la nouvelle est plus compliqué qu'il n'y parait, parce qu'en très peu de pages, l'auteur doit être à même de mettre en place une ambiance et de mener à bien un récit. Il se doit donc d'aller à l'essentiel. Danny Mienski l'a bien compris et nous livre un (des) récit(s) prenant(s) et très touchant(s).


Note : 14/20

Les temps maudits de Danny Mienski
Éditions Ex Æquo / Atlantéïs / 2017
ISBN : 978-2-35962-937-8
144 p. / 13€

À noter que la couverture et les illustrations intérieures ont été réalisées dans le cadre d'un atelier avec des lycéens de la région de Nantes.
Je signale également que Danny Mienski vient de publier dans le dernier numéro de Galaxies, une nouvelle très sympathique qui revisite le mythe du Prêtre Jean et qui est dans le ton de la première histoire des "temps maudits". Je vous recommande vivement sa lecture.

mercredi 7 juin 2017

Chroniques cruelles d'hier et de demain de Boris Darnaudet

Après l'enthousiasmant "Quaillou" de Sylvain Lamur qui - scoop ! - connaîtra une suite en 2018, je me suis plongé dans ces "Chroniques cruelles d'hier et de demain" de Boris Darnaudet - un auteur que je ne connaissais pas non plus et qui nous a malheureusement quitté en 2015. Cet ouvrage reprend l'intégralité de la prose publiée par l'auteur, dont le roman "Projet Obis", précédemment publié chez Rivière Blanche et épuisé depuis quelques temps. 
J'ai franchement passé un très bon moment à dévorer ce recueil (qui se compose de trois romans, d'une novella et de nouvelles réunis par le père de Boris, François Darnaudet) abordant différents genres des littératures de l'imaginaire tout en étant très homogène en terme de qualité. J'ai apprécié de goûter à la fois au fantastique, à la science-fiction voire à l'heroic-fantasy en un seul volume !

Dans "Chroniques de Don Emilio - La colère des Dieux Aztèques", nous suivons les aventures de Don Emilio, un hidalgo désargenté, qui suite à un étrange cambriolage, se voit contraint de s'embarquer pour le Nouveau Monde, dans le sillage des conquistadors. Là, dans cette Amérique à feu et à sang, il va être le témoin d'événements singuliers. Il rencontrera des êtres fantastiques et sera amené lui-même à les combattre car il a un don inné pour la magie...

Ces chroniques de Don Emilio sont une excellent entrée en matière. L'écriture y est tonique, sans fioriture - mais pas simpliste - et très agréable. Le découpage en très courts chapitres - il s'agit à la base de nouvelles regroupées pour en faire un roman - permet là aussi d'aller à l'essentiel. 
Bien que nous ayons affaire à un petit noble espagnol confronté à la fin de l'Amérique précolombienne, on sent clairement qu'il y a derrière tout cela un hommage à Rob E. Howard et son Cimmérien. Rien que le premier chapitre rappelle grandement la nouvelle "La tour de l’éléphant", puis les différentes aventures que vit Emilio sont dans la même veine que celles du plus célèbre des barbares. Mais - et cela est très important - nous avons ici un très bon roman d'aventures mâtiné d'heroic-fantasy (à moins qu'il existe un terme précis pour ce genre d'ambiance "conquistador fantasy") et on se laisse prendre au jeu sans aucun problème. 
Le récit est bien construit, l'atmosphère parfaitement rendue et les créatures imaginées par l'auteur sont réellement charismatiques voire iconique (en premier lieu les terribles Tzitzimime, qui bien que n'étant objectivement qu'une énième déclinaison du zombie n'en sont pas moins originaux). De plus, Boris Darnaudet sait si habilement jouer avec les faits et personnages historiques que cela donne une œuvre  tout à fait originale.

Projet Obis est un roman post-apocalyptique. Sur une Terre dévastée par un ultime conflit, un homme se réveille et découvre qu'il ne sait rien - même pas son nom. Adoptant celui de Caution (comme écrit au-dessus de son sarcophage), il part explorer ce monde dont il ignore tout. Il découvre néanmoins assez vite qu'il est doté de capacités de combat qui vont bien au-delà de la moyenne. Il apprend également que ce qui reste de l'humanité est dirigée par une élite vicieuse : l'Ultime Alliance, qu'il va être amené à combattre...

Bien qu'abordant un genre assez classique de la science-fiction, ce court roman est malgré tout un "page turner" comme disent nos amis d'outre-atlantique. En découvrant le monde en même temps que le protagoniste de l'histoire, on veut savoir où tout cela va le (nous) mener. Les influences de Philip K. Dick sont ici assez évidentes à la fois dans l'atmosphère ("La vérité avant-dernière") et dans l'intrigue qui se complexifie au fur et à mesure que le dénouement approche. Quoiqu'il en soit, Boris Darnaudet s'en sort également haut la main et nous livre une histoire très plaisante aux réminiscences de films de série B des années 80 (et c'est loin d'être un défaut pour moi !), qui en utilisant des références familières du genre post-apo réussit néanmoins à être innovante. Les scènes de combats  - très bien écrite - sont le petit plus.

Dans "Le Cycle du Cube", Boris Darnaudet nous entraîne dans différentes époques (la préhistoire, l'époque sumérienne, les Croisades) à la suite d'un mystérieux cube renfermant une force obscure qui corrompt tous ceux qui s'en approche...

Ce cycle, qui se compose de nouvelles est malheureusement resté inachevé, ce qui est très dommage car la trame et l'idée de départ étaient très bonnes et prometteuses. Quoiqu'il en soit, en ce qui concerne ce qui a été effectivement écrit, est très plaisant. Les personnages sont intéressants, complexes et variés. Le fait que l'histoire se déroule sur plusieurs époques couplé au format court des nouvelles permet là aussi d'avoir un style tonique, varié et incisif. Tout va très vite et l'action est très présente. De plus, l'atmosphère assez noire de l'ensemble est très bien rendue, quelque soit la période.

Nindô est le dernier roman sur lequel travaillait l'auteur. Il s'agit d'un roman de fantasy médiévale se déroulant au Japon.
Ushida, un laissé pour compte sans aucun talent se retrouve en possession d'une épée douée d'une vie propre et qui surtout, permet à son possesseur de détenir des talents incroyables de combattant. Il va se retrouver malgré lui au milieu d'une lutte en plusieurs clans rivaux, clans ayant des facultés magiques...

Là encore, cette œuvre inachevée commençait incroyablement bien. L'intrigue de départ, les personnages, l'atmosphère, tout est d'excellente facture. On sent vraiment que Boris avait une attirance particulière pour les arts martiaux, les samouraï et toute la culture nippone. Les phrases sont admirablement bien construites et permette réellement de retranscrire cette atmosphère d'estampe japonaise. On aurait aimé pouvoir suivre Ushida et son épée Murusame jusqu'au bout de leur périple...

Pour ce qui est des nouvelles, j'en ai trouvé quelques unes un peu en dessous du reste de l'ouvrage, mais certaines sont vraiment marquantes et interpellantes, comme par exemple "Le sas" et surtout "La nuit du Bayou".
"Le Sas" raconte l'histoire d'un employé en charge du sas qui permet l'accès à une cabine un peu spéciale puisqu'elle permet de régler les problèmes de surpopulation...
Ce récit très court est vraiment percutant. Le monde futur décrit par l'auteur fait froid dans le dos et la déshumanisation est réellement bien retranscrite.
Dans "La nuit du Bayou", on suit les aventures de trois compagnons hauts en couleurs qui vont tout mettre en œuvre pour retrouver une jeune fille disparue. La traque du coupable les mènera jusque dans le bayou de la Nouvelle-Orléans, où ils vont rencontrer des êtres très singuliers...
Ce texte un peu plus récréatif que les autres (à part sans doute "Le Père Léon"), dans la mesure où l'auteur se permet de convoquer des pastiches des héros des "Mystères de l'Ouest" et de mettre sur pied une équipe de stéréotypes du far west totalement improbable. Comme il est judicieusement dans le texte introductif de cette nouvelle, on sent malgré tout l'influence de Mark Sumner ("La Tour du Diable" et "Le train du Diable" que je vous recommande), mais il y a pire comme référence ! Quoiqu'il en soit, cette histoire n'en est pas moins prenante et opère comme une bouffée d'air frais dans ce recueil parfois très sombre.

Il en ressort de cette lecture que Boris Darnaudet était un très bon conteur qui savait créer des atmosphère et des univers qui, même s'ils n'étaient pas inédits, n'en étaient pas moins originaux, car il savait y mettre sa patte. Les chroniques de Don Emilio et Nindô font parties des meilleures récits d'aventures fantastiques que j'ai lu jusqu'ici - grâce notamment au soin apporté par l'auteur pour créer un univers historiquement cohérent mais qui bascule petit à petit dans le fantastique débridé. J'aime beaucoup la manière dont il procède pour faire pénétrer l'extraordinaire dans l'ordinaire et le faire paraître parfaitement logique. Il faut également souligner les scènes d'action qui sont très bien retranscrites et qui donnent un vrai souffle à tous ces récits.

J'ai beaucoup apprécié également les explications proposées avant chaque récit, qui permettent de resituer ceux-ci dans leur contexte, et dans la vie de l'auteur. Cela donne à voir le processus de création et la construction d'un auteur et de son œuvre.

Décidément, Rivière Blanche est vraiment une maison d'édition à suivre, tant elle propose des pépites. Même s'il est vrai que le décès de Boris Darnaudet donne à  ces chroniques une saveur douce-amère, puisque l'on sait que cet auteur de talent, qui savait raconter les histoires et mettre en place des atmosphères, ne publiera plus jamais. Savoir que nous tenons entre les mains l'intégralité de son œuvre - en plus de la qualité intrinsèque de l'ouvrage - rend ce livre encore plus touchant, comme un ultime - et magnifique - hommage à Boris Darnaudet.

Note : 17/20

Chroniques cruelles d'hier et de demain de Boris Darnaudet
Rivière Blanche / 2016
ISBN : 978-1-61227-520-8
312 p. / 18€

Pour acheter ce livre, allez faire un tour sur le site de Rivière Blanche

vendredi 12 mai 2017

Quaillou de Sylvain Lamur

Aujourd'hui, pas de bande dessinée, mais un (très) bon petit roman de science-fiction signé Sylvain Lamur, un auteur que je ne connaissais pas avant, mais que je vais désormais suivre avec attention. Ce qui m'a tout de suite attiré dans ce roman, c'est son titre, à la fois énigmatique et très parlant. Ensuite, le résumé et surtout le nom du protagoniste principal ont fait le reste... Pour mon plus grand plaisir !

Alors qu'ils sont en route pour une galaxie lointaine afin d'y négocier un contrat commercial, Quentin Quonnard (avec un Q !) et son associé Weddie percutent de plein fouet un astéroïde. Miraculeusement, Quentin s'en sort indemne - ce qui n'est pas le cas de Weddie. Pensant tout d'abord qu'il est lui aussi passé de l'autre côté - vu les étranges phénomènes qui se produisent - il se rend finalement à l'évidence que, aussi bizarre que cela puisse paraître, l'astéroïde, qu'il a rebaptisé Quaillou (avec un Q !), semble à l'écoute de ses désirs, et surtout, qu'il les réalisent ! N"importe qui s'en serait contenté. Mais pas Quentin Quonnard qui décide de quitter son Quaillou et de retourner à son ancienne vie. Malheureusement pour lui et ses proches, le terrible Helb-Feldt n'a pas apprécié d'être planté par Quentin et son associé. Il va tout mettre en œuvre pour faire de la vie de Quentin un cauchemar. Peut-être aurait-il mieux fait de rester son sur Quaillou...

Comme vous l'avez sans doute compris, j'ai réellement passé un très bon moment en lisant ce roman. L'idée de départ est excellente, les personnages principaux sont excellents : Quentin, le queutard inconditionnel, héros malgré lui, et Helb-Feldt le magistral connard (avec un C) capitaliste fou dangereux et véreux (n'en jeter plus !). Les seconds rôles valent également le détour avec une galerie bariolée d'extraterrestres de toutes les couleurs et de toutes les formes. De plus, l'univers imaginé par Sylvain Lamur qui semble d'un côté très classique, mais de l'autre foisonnant de bonnes idées (le Sage du Fin fond de l'Espace est tout simplement fantastique).
Enfin, le déroulement du récit en trois phases est vraiment très efficace. Les situations s'enchaînent parfaitement et sans temps morts. Dans un premier temps, Quentin découvre son Quaillou, en profite, mais s'ennuie très vite. Deuxième temps, Quentin veut retrouver sa vie d'avant et s'enfuit donc du Quaillou, malheureusement pour lui, sa vie bascule complètement à cause d'Helb-Feldt. Enfin, dernier temps, Quentin retrouve son Quaillou et décide de régler ses différents problèmes. 
Les différentes atmosphères du roman sont aussi très réussies. Entre l'onirisme presque pastoral du début et l'ambiance très "dickienne" à partir du moment où la machination imaginée par Helb-Feldt se met en branle et se referme sur Quentin, tout est bien rendu et fonctionne parfaitement grâce au talent de l'auteur. 

Le style de Sylvain Lamur est fluide, imagé et percutant. Il n'y a pas de chichis, on va a l'essentiel et c'est ce qui est bon. Le découpage du récit en chapitres très courts concourt également à cette sensation que l'action ne s'arrête jamais, qu'il se passe toujours quelque chose, et surtout, que l'on veuille connaître la suite des aventures échevelées de ce pauvre (quoique) Quentin Quonnard.
On retrouve vraiment l'esprit des romans de science-fiction de la défunte collection Anticipation de chez Fleuve Noir (voir ici et ), mais avec en plus une qualité d'écriture et de structure de récit un poil plus poussées que dans les deux exemples cités précédemment. 
Ce qui fait également le plus du style de Sylvain Lamur, c'est l'humour qui est omniprésent tout le long du récit. Le protagoniste a toujours un certain recul sur ce qui lui arrive et sur lui-même, ce qui crée un décalage très amusant à certains moments.

En conclusion, je peux dire que j'ai vraiment apprécié ce moment passé avec Quentin et son Quaillou. Ce livre est très divertissant - mais pas creux - et surtout extrêmement bien écrit et original. Je le recommande sans hésitation à ceux et celles qui aiment la science-fiction rafraîchissante et imaginative, sans prise de tête. Quant à moi, quand Sylvain Lamur sortira son prochain ouvrage, je me jetterai dessus les yeux fermés.

Note : 16/20

Rivière Blanche / Collection Blanche / 2151 / 2017
ISBN : 978-1-61227-623-6
256 p. / 20€

Je voudrais quand même juste mettre un petit bémol en ce qui concerne la réalisation de l'ouvrage lui-même. En effet, l'exemplaire que j'ai lu était bourré de problème de typographie (des lettres, voire des mots se chevauchaient et la justification était bancale à certains endroits) et de fautes de frappes (ou autres problèmes de relecture comme des noms orthographiés de manière différentes à quelques pages d'intervalle). Je me permets d'indiquer ceci dans ma chronique, car cela m'a énormément étonné de la part de Rivière Blanche, qui d'habitude fourni un travail irréprochable. J'espère sincèrement avoir été malchanceux et être tombé sur l'exemplaire défectueux, car ce genre de soucis pourrait refroidir les lecteurs découvrant ce merveilleux éditeur avec ce (très bon) titre, et pourraient passer à côté de véritable pépites.
Quoiqu'il en soit, je vous encourage vivement à aller faire un tour sur le site de Rivière Blanche / Hexagon Comics et à vous faire plaisir, car il y a vraiment du très bon !

mardi 28 février 2017

Les rats de Montsouris de Léo Malet

Aujourd'hui, pas de bande dessinée, mais un roman - policier ou plutôt polar - pour changer un peu et varier les plaisirs. 
Ça faisait presque un an que je n'avais pas parlé de mes lectures, depuis le très prenant "Le Club" de Michel Pagel - plus par manque de temps que par manque d'envie. Alors pourquoi reprendre avec ce "classique" ? 
Sans doute parce que j'ai découvert Nestor Burma avec l'adaptation de Tardi de "Brouillard au Pont de Tolbiac" il y a très longtemps et que depuis dès que je tombe sur un roman des Nouveaux Mystères de Paris, je le lis avec un plaisir non dissimulé.

Alors que la capitale étouffe sous un été caniculaire, un ancien truand du nom de Ferrand téléphone à Nestor Burma. Il lui demande de venir le rejoindre dans un bar du XIVème arrondissement, mais vêtu comme un clochard et de faire comme s'ils ne se connaissaient pas - alors qu'ils ont été détenus ensemble au stalag pendant la guerre. Après lui avoir donné un autre rendez-vous plus tard, Ferrand révèle à Nestor Burma qu'il a besoin de lui pour un "coup" honnête, pouvant rapporter des millions. Il lui apprend aussi qu'il fait partie des "Rats de Montsouris".
Dans le même temps, un ancien juge déchu pour acte de collaboration prend contact avec le détective parce qu'il est victime d'une affaire de chantage de la part d'un certain... Ferrand.
L'affaire prend une tournure encore plus intrigante - et intéressante - pour Burma, quand Ferrand se fait égorger et que la coupable semble être une rousse incendiaire - muse d'un artiste peintre...

J'ai eu l'impression en lisant le livre qu'il y avait trois temps : j'ai trouvé le début du livre vraiment passionnant, avec les deux affaires - plus celle des "Rats de Montsouris" - qui s'entremêlent alors qu'elles ne semblent, dans un premier temps, ne rien avoir en commun. Les événements et les découvertes s’enchaînent rapidement, jusqu'au meurtre de Ferrand, puis le rythme se ralenti lors de la "traque" de celle qui semble être la coupable idéale, avant de reprendre de plus belle lors de la dernière partie.
Ce qui fait que, tout en ayant en filigrane les cambriolages des Rats et l'affaire de chantage, on a l'impression dans la dernière partie, de lire une toute autre histoire que celle du début. 

Après, avec le recul et pour chipoter un peu, je pourrais presque dire que l'intrigue est un peu vide puisque nous ne saurons pas grand chose, ni sur ces fameux rats de Montsouris, ni sur ce qui sera véritablement l'affaire qui occupera Burma à la fin - à savoir le vol des perles Lascève avant guerre.
Ensuite, les propos un peu "raw" comme dirait Jean-Claude Van Damme à propos des immigrés maghrébins pourraient passer par rapport à l'âge du récit (1955), si l'auteur n'avait pas eu tendance a un peu dérapé sur ce sujet vers la fin de sa vie...

Quoiqu'il en soit, et comme toujours avec Léo Malet, l'écriture est très fluide et surtout très rythmée. Le tout avec une vraie verve et des expressions qui fleurent bon les années 50. Mais ce qui est vraiment marquant dans cette histoire de Burma, c'est le côté surréaliste* - dans le sens artistique du terme - avec dans un premier temps le drôle de buste qui semble être un simili macguffin, puis surtout les poèmes de Castellenot, l'ancien truand qui est interné à Saint-Anne depuis la fin de la guerre. Ces derniers donne d'ailleurs à la dernière partie du livre une atmosphère très particulière. Et rien que pour ça, le livre vaut d'être lu.

Enfin, vu que l'histoire se déroule dans le XIVème - arrondissement cher à mon cœur, déambuler dans celui-ci avec l'ami Nestor (tu permets que je te tutoies et que je t'appelle Nestor ?) dans des rues et des endroits qui ont bercés mon enfance a été très agréable. Même si certains ont changés, ils sont toujours là pour la plupart, à commencer par le protagoniste principal : le réservoir de Montsouris et les images même anachroniques n'ont eu aucun mal à se former dans ma tête lors de la lecture.

En conclusion, j'ai vraiment passé un très bon moment avec Nestor Burma à me promener dans le XIVème arrondissement, à la recherche d'une jolie rousse, puis d'un tas de perles. J'ai pris beaucoup de plaisir à retrouver les tournures phrases et les expressions si particulière de Léo Malet. "Les rats de Montsouris" est un bon livre, mais qui à mon avis vaut plus pour le côté surréaliste de sa fin que pour son côté polar, et qui est loin d'atteindre les sommets du Brouillard au Pont de Tolbiac qui sortira quelques années plus tard.


Note: 14/20

Les Rats de Montsouris de Léo Malet
Pocket / 2010 (mais récit de 1955)
ISBN : 978-2-266-20203-9
201 p. / 6.95€

* Léo Malet a été lié au mouvement surréaliste dans sa jeunesse et a surtout écrit... de la poésie.

mercredi 13 avril 2016

Le Club de Michel Pagel

Un nouveau roman de Michel Pagel, est toujours - pour moi en tout cas - un événement, tant ce talentueux auteur se fait rare de nos jours (qu'il est loin le temps du Fleuve Noir...). L'ayant découvert il y a quelques années, tout à fait par hasard avec "Orages en Terre de France", (attiré par la couverture de Max, l'auteur de "Spoty et la lune Alphane", dont je vous parlerai un de ces jours), je suis aujourd'hui un fan inconditionnel de son œuvre

Après s'être attaqué à l'Histoire avec un grand H, avec "Le Roi d'Août", ou "Le dernier des Francs", Michel Pagel s'attaque aux petites histoires de notre enfance en imaginant ce que sont devenus les enfants du Club des 5 de la fameuse Bibliothèque Rose après que nous ayons fini de lire leurs aventures.

Il y a longtemps, Claude, François, Mick, Annie et leur chien Dagobert ont vécu des aventures incroyables. Trente ans après, ils se retrouvent dans la maison de leur enfance, invités pour Noël par Claude qui y habite toujours. Les retrouvailles les confrontant à ce qu'ils sont devenus ne sont pas aussi chaleureuses et heureuses qu'ils auraient pu les imaginer. Très vite, la mort de la mère de Claude, pourtant très âgée et très malade vient assombrir un peu plus le tableau. Surtout que ce décès ne semble pas naturel...

Le livre se lit d'une traite - comme cela est souvent le cas avec cet auteur - tant l'écriture est fluide et sans fioriture et l'intrigue bien amenée. Cela est d'ailleurs à souligner tant le sujet de départ aurait pu être assez casse-gueule, en faisant vieillir ces héros populaires (la fin de l'enfance, la fin de l'innocence, le chamboulement de la puberté...) et surtout en les confrontant avec leurs doubles originaux anglo-saxons lors d'aller-retours qui nous font douter : les français existent-ils réellement ou ne sont-ils que des héros de papiers comme leurs homologues ? Et donc l'histoire que nous sommes en train de lire ne serait-elle pas qu'un ultime épisodes de leurs aventures ? 
Pourtant, malgré cette complexité, les événements s'enchaînent sans aucun problème, et à aucun moment on ne perd le fil du récit. On veut absolument savoir qui est responsable de la mort de Claude (et des suivantes) et surtout pourquoi. On suit donc les investigations du Club dans ce thriller fantastique très court mais très dense. 

Le seul bémol pour moi, c'est que je n'ai jamais été fan de la série d'origine. À vrai dire, je n'ai lu qu'une seule de leurs histoires et je n'avais pas accroché - essentiellement je pense, parce qu'à l'époque je n'aimais pas lire. Je ne peux donc pas me prononcer concernant les projections de Michel Pagel sur les enfants devenus adultes et les aurais-je imaginé ainsi ou non ? Mais cela n'a en rien altéré le bon moment que j'ai passé en leur compagnie. Je vais même vous faire une confidence : je crois que je vais bientôt emprunter un Club des 5 à la bibliothèque municipale pour juger sur pièce.


Note : 14/20

Le Club de Michel Pagel
Les Moutons Électriques / La Bibliothèque Voltaïque / 2016
ISBN : 978-2361832421
160 p. / 15€

À noter que Les Moutons Électriques ont réédité en version collector le cycle de la "Comédie Inhumaine" en 8 volumes. Malehreusement

mardi 23 février 2016

Hier est né demain de Jan de Fast

Après "Untel, sa vie, son œuvre" de G. Morris, je vais vous parler d'un livre trouvé et sauvé de la poubelle en même temps. Toujours dans la collection Anticipation de chez Fleuve noir, voici donc venir "Hier est né demain" de Jan de Fast. Comme pour "Untel", c'est le titre qui m'a convaincu de lui laisser une chance, car là aussi très énigmatique. 

Arvid a été élevé dans un village de bergers, à la frontière d'un grand désert. Depuis tout petit, il est plus fort, plus grand, plus intelligent que les autres enfants de son âge, mais il n'en tire aucune fierté ni sentiment de supériorité. Il sait aussi inconsciemment qu'il n'est pas né ici et qu'il va devoir traverser le désert pour aller à la rencontre de ses origines. Par delà la souffrance, la mort et le temps...

Ce livre, même s'il n'est pas un chef d'œuvre, se lit très bien et on se laisse porter par le flot de l'histoire sans problème. 
La première partie, racontant la vie d'Arvid, puis son périple à travers le désert est même très intéressante et prenante. Même si l'on sent tout de suite que l'on a affaire à un surhomme, et que donc il ne lui arrivera rien de mal, on prend plaisir à suivre ses pérégrinations à travers les lieux et le temps. Les peuples décrits par Jan de Fast sont crédibles et plutôt bien campés (on aurait même aimé que les descriptions soient un peu plus poussées, ou longues par moment, même si cela n'était bien sûr pas compatible avec les contraintes de la collection "Anticipation"). 
Là où ça se gâte, à mon avis, c'est quand Arvid prend conscience qu'il est l'égal d'un Dieu et que tout lui est possible. On prend alors du "supranormal" plein la tronche, puisque l'auteur nous en sert toutes les 5 pages (j’exagère un peu) et passe donc du sous-entendu de la première partie à l'ostentatoire, ce qui n'était pas - à mon avis - la meilleure des choses à faire pour que l'on continue à s'intéresser à Arvid. Reste les voyages entre les différentes époques et leurs conséquences sur l'entourage du protagoniste qui sont une très bonne idée bien exploitée.

Même si l'on sait depuis le début du livre qu'il s'en tirera sans une égratignure et qu'il distribuera du plaisir à toutes ses conquêtes féminines, la phase d'apprentissage était plus captivante que la suite. Encore une fois, pour moi, les interrogations étaient plus intéressantes que la réponse. Dommage, car dans l'ensemble le livre se laisse lire avec plaisir et est vraiment distrayant.

En ce qui concerne l'écriture de Jan de Fast, je l'ai trouvé très agréable et fluide. Le monde et les peuples qu'il décrit sont attrayant et je pense que si j'arrive à mettre la main sur un volume de la série du Docteur Alan (série phare de de Fast qui raconte les aventures d'un agent gouvernemental voyageant aux quatre coins de l'univers à la rencontre de peuples moins évolués), je n'hésiterai pas à un seul instant.


Note : 13/20


Hier est né demain de Jan de Fast
Fleuve Noir / Anticipation
ISBN : 2265005959
224 p. / Plus commercialisé

mardi 19 janvier 2016

Untel, sa vie, son oeuvre de G. Morris

Aujourd'hui, je ne vais pas parler d'un classique, ni d'un roman récent, et encore moins d'un livre connu. Je vais vous parler de "Untel, sa vie, son oeuvre" de G. Morris. J'ai trouvé ce livre alors que je un placard chez mes parents. Le titre m'a tout de suite accroché, très énigmatique. Et ce n'est pas avec la quatrième de couverture que j'ai pu en apprendre plus sur l'histoire, jugez plutôt : 
"Une vieille chanson de Charles Aznavour trottait dans sa tête avec la faute de français dont l'agrémentait une de ses jolies interprètes d'origine étrangère :
"Un clair matin, je sais que je m'éveillerai différemment que tous les autres jours... " 
Il était éveillé différemment. Il avait l'impression d'être différent. Mais était-ce lui qui avait changé, au cours de la nuit ? Ou bien le monde qui se transformait, à son contact ? Subtilement. Monstrueusement !"
J'allais donc devoir me faire ma propre opinion !

Tout d'abord, un petit résumé : Éric Boissol, employé d'une maison d'édition et séducteur impénitent (un gros queutard, quoi) se réveille un matin avec une étrange sensation. Étrange sensation qui va se confirmer dès qu'il fermera la porte de son appartement pour se rendre à son travail. Travail qu'il n'atteindra jamais (genre le raccourci de David Vincent), puisque tout le monde (ou presque) va essayer de le tuer. S'ensuivra alors une fuite en avant pour échapper à la mort, lors de laquelle il découvrira qu'une race de parasites, "les Plasmoïdes" est en train de coloniser la Terre...


J'ai trouvé ce livre dans l'ensemble pas trop mal, même si je trouve que la première partie, où Éric Boissol se rend compte qu'il y a quelque chose qui ne va pas et essaye d'en comprendre les causes est beaucoup plus intéressante et prenante que la seconde où ayant les réponses à ses questions, il va tenter de combattre les Plasmoïdes.
Dans la première partie, où tous les gens que croise Éric vont essayer de le trucider au bout d'un moment, la sensation d'acharnement est vraiment bien rendu. On croit que cela s'est calmé (comme le passage avec le clochard), mais cela n'est qu'une pause dans la montée crescendo de la violence dont il est victime - mais aussi acteur. Il comprend très vite que personne ne le croit, qu'il ne peut se fier à personne et que la situation peut dégénérer à n'importe quel moment.
La seconde partie est moins pêchue. Éric Boissol a trouvé des "alliés" dans sa lutte contre les aliens et a donc cesser de fuir, pour passer en mode riposte. C'est dans cette partie que l'on apprend la vérité sur le comportement homicide de la population, et sur l'existence des Plasmoïdes. Malheureusement, comme dit un peu plus haut, cette partie n'est - à mon avis - pas à la hauteur de la première, les réponses apportées étant moins intéressantes que les questions posées. Sans parler de la fin qui, d'après moi aurait pu être différente, et plus percutante si le narrateur final avait "récupéré" le parasite de Boissol...

Ce livre est le premier de la "Trilogie des Plasmoïdes", qui se compose également de "Les Plasmoïdes au pouvoir" et "Fallait-il tuer Dieu ?". Si j'ai la chance de trouver ces bouquins sur une brocante je les achèterai par curiosité. Par contre, je ne vais pas écumer le web pour les dénicher, ce premier volume m'ayant laissé une bonne impression, mais sans plus.

Note : 12/20


Untel, sa vie, son oeuvre de G. Morris
Fleuve Noir / Anticipation n°988 / 1980
ISBN : 2-265-01278-5
224 p. / Plus édité

"Untel, sa vie, son oeuvre" de G. Morris n'est plus édité, mais facilement trouvable pour quelques euros sur le web.


vendredi 13 mars 2015

Le petit bleu de la côte ouest de Jean-Patrick Manchette

Après "La position du tireur couché", je continue ma redécouverte de l’œuvre de Jean-Patrick Manchette, avec cette fois-ci, le mythique "Petit bleu de la côte ouest".
Lors de ma première lecture, qui m'avait enthousiasmé, je n'avais retenu que la fuite du protagoniste et sa combattivité qui lui permettait de survivre, alors qu'il n'était qu'un col blanc bien installé dans la vie. Aujourd'hui, après cette seconde lecture, ce qui m'a le plus marqué, c'est la crise de la quarantaine de Gerfaut, le "héros" du livre, alors que celle-ci m'était complètement passé au-dessus de la tête à l'époque. Peut-être est-ce parce que je me rapproche de ce cap moi-même (Warning ! Psychologie de bazar inside !) ?

Georges Gerfaut est un homme qui a réussi. Il est marié, a deux enfants, un superbe appartement et est cadre commercial chez ITT. Il sent néanmoins que la dépression le guette, à cause de la platitude de sa vie. En rentrant de l'un des ses déplacements professionnel, il découvre un homme agonisant au bord de la route. Il lui porte secours et le dépose à l'hôpital le plus proche. Et c'est là que sa vie bascule. En effet, peu de temps après, alors qu'il est en vacances avec sa famille, deux hommes essayent de le noyer. Gerfaut décide alors de fuir. Les tueurs et surtout sa vie trop bien rangée. Pour, espère-t-il, découvrir la vérité...

Ici encore, Manchette ne s'embête pas à décrire les réflexions de ces personnages. Ceux-ci se définissent uniquement par leurs actions. Gerfaut ne sait pas où il va et pourquoi il y va. Gerfaut est perdu. Il ne sait pas pourquoi tout cela lui arrive à lui qui a une vie si pépère. Et par conséquent, nous non plus. Manchette décrit un homme au bord de la dépression, en pleine crise existentielle et réussit en quelques mots phrases à nous faire ressentir ce mal-être.
"Un de ces jours, dit-il, je vais devenir subitement fou et tu ne t’en apercevras même pas." Cette phrase résume à merveille l'état d'esprit de Gerfaut au début du roman. Il sent qu'il peut (ou veut inconsciemment) à tout moment perdre pied.

On peut presque dire que ce livre est l'équivalent d'un road movie, où le voyage est plus important que le but de celui-ci, le comment plus que le pourquoi. Et on se plait à suivre Gerfaut dans sa fuite en avant. Celui-ci ayant, en plus, d'une volonté à toute épreuve qu'on ne lui aurait pas prêter au début, une poisse assez énorme. Il tombe de Charybde en Scylla, et quand on pense qu'il ne peut rien lui arriver de pire, il chute encore plus bas. Mais se relève toujours.

Un roman qui va au-delà du roman noir ou du polar. Qui se lit très vite, mais qui ne s'oublie pas. Culte. Tout simplement.


Note : 17/20

Le petit bleu de la côte ouest de Jean-Patrick Manchette
Folio / Folio Policier
ISBN : 978-2070456659
192 p. / 6,40€

vendredi 27 février 2015

La position du tireur couché de Jean-Patrick Manchette

Ça faisait un moment que j'avais envie de relire les romans de Jean-Patrick Manchette, qui trônent toujours en bonne place dans ma bibliothèque. Lors de ma première lecture de "La position du tireur couché", ce qui m'avait frappé, c'était avant tout le style, direct, dépouillé et énergique de l'écriture de Manchette. Cela m'avait tout de suite emballé et j'avais dévoré tout ce que j'avais pu trouver de lui en poche. Et force a été de reconnaître que toute l’œuvre de cet auteur est du même tonneau : excellente.


Martin Terrier, la trentaine, est tueur à gages depuis une dizaine d'années. Il vient de terminer son dernier contrat et est bien décidé à se ranger et à retrouver une vie normale. Sa vie. Après tout, il a mis de l'argent de côté qui doit bien avoir fructifié depuis ses débuts professionnels. Il y a aussi une femme, son amour de jeunesse qui a promis de l'attendre pendant dix ans. Malheureusement pour lui, rien ne va se passer comme prévu. Il apprendra à ses dépends que l'on ne sort pas de ce milieu trouble aussi facilement. Que l'argent se perd encore plus facilement qu'il ne se gagne et que surtout, les promesses s'oublient très rapidement. Le pauvre terrier va tomber de Charybde en Scylla...

Comme je l'ai dit un peu plus haut, ce qui fait vraiment l'intérêt de ce roman, c'est le style. Direct, sans chichis ni fioriture et tellement clair, que les images viennent très facilement à l'esprit et forment un film. Manchette ne s'embarrasse pas de psychologie : il décrit ce qui se passe. Les scènes violentes (et il y en a) passent donc sans problème et peuvent même se tinter d'un peu d'humour (noir bien entendu).
Ensuite, il y a les personnages. Terrier, en premier lieu, qui bien qu'il soit un assassin, égoïste et légèrement égocentrique - il imagine que parce qu'il a décidé quelque chose, celle-ci se passera comme il l'a imaginé - mais qui n'en est pas moins attachant. En effet, on a envie de savoir ce qu'il va lui arriver, jusqu'où la poisse va le faire tomber, et surtout, s'il va être capable de se relever. Il y a ensuite Anne, son amour de jeunesse, qui est devenue une alcoolique notoire et qui semble être un électron complètement libre. Elle a l'air de se foutre de tout et prendre ce qui vient au moment où ça vient. Enfin, le trouble Mr. Cox, l'employeur de Terrier qui est une véritable pourriture qui trempe un peu dans toutes les sphères de la pègre et du pouvoir.
Et puis, bien sûr, il y a bien sûr l'histoire. Histoire simple mais pas simpliste. Et qui surtout tient en haleine le lecteur du début à la fin. Le livre se lit très vite et très bien, mais ne s'oublie pas si facilement. Du très grand art !

Je conseille ce livre ou peut-être "Le petit bleu de la Côte Ouest" (dont je parlerai bientôt) comme porte d'entrée dans l’œuvre de Manchette. Il y a, à mon avis, atteint le summum de son art. Si vous ne connaissez pas encore ce grand monsieur de la littérature, foncez, vous ne le regretterez pas ! 


Note : 15/20

La position du tireur couché de Jean-Patrick Manchette
Folio Policier n°4 /  1998
ISBN : 978-2070406401
195 p. / 6,40€
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