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mardi 11 septembre 2018

Rien ne fera venir le jour de Yoshihiro Tatsumi

Deuxième volume de l'anthologie de Yoshihiro Tatsumi, père du gekiga, publiée chez Cornélius, après l'exceptionnel "Cette ville te tuera", "Rien ne fera venir le jour" regroupe treize histoires courtes, toutes parues en 1970 dans différents magazines.

Comme d'habitude avec ce genre de recueil, il est difficile - voire inutile - de faire un résumé et une critique de chaque nouvelle. Je vais donc seulement vous parler de celles qui m'ont le plus touché. Car, comme avec le tome précédent, ce qui marque vraiment ici, c'est l'homogénéité de l'ensemble de ces histoires en terme de qualité. Même si certaines m'ont moins interpellé que d'autres, cela ne signifie absolument pas qu'elles sont moins bonnes. Il s'agit seulement de ressenti et en aucun cas de manque de qualité.

Malgré tout, il y en a principalement trois qui, pour moi, se détachent des autres et dont je vais vous livrer un petit résumé.

La première est aussi celle qui ouvre ce recueil et qui donne le ton. Dans "Un jour sans fin", Jun, un jeune homme ne se sent pas bien. Il a l'impression que sa tête va exploser sous la pression de son sang. Ne voyant pas d'autre solution pour se soulager, il s'égorge avec un couteau. Quand il revient à lui, il est dans un lit d'hôpital et veillé par son père. Ce père qu'il croyait être un homme bien et un bon docteur mais qui, en fait, pratique en toute illégalité des avortements dans sa clinique. Quand Jun l'a découvert, il a décidé de couper les ponts avec lui et de partir vivre ailleurs. Il rencontre quelques temps plus tard Maki, une jolie jeune fille qui devient sa petite amie. Lorsque celle-ci tombe enceinte, il est hors de question pour Jun qu'elle avorte. Mais celle-ci a une autre idée en tête... Tout cela mènera Jun à commettre son acte désespéré, sans savoir qu'il a été sauvé grâce à une transfusion du sang de son père...

Dans "Monkey mon amour", un jeune ouvrier n'a qu'une seule joie dans sa vie, son petit singe de compagnie. Même si celui-ci ne se montre pas du tout affectueux avec lui et lui tourne constamment le dos, cela suffit à l'ouvrier pour supporter sa pauvre existence. Un jour au zoo, alors qu'il regarde les singes, ceux-ci commencent à s'exciter. Cela amuse beaucoup une jeune femme. Après avoir bu un verre avec le protagoniste, elle invite celui-ci à lui téléphoner pour qu'ils se revoient. Cette rencontre va bouleverser la vie de l'ouvrier qui se rend compte que sa vie actuelle ne rime pas à grand chose. Il décide alors de quitter son travail. Malheureusement pour lui, tandis qu'il termine sa journée et est prêt à se rendre dans le bureau de la direction pour y déposer sa lettre de démission, sa main se prend dans une machine et il se retrouve manchot. Le patron ayant trouvé la lettre lui apprend qu'il accepte son départ. Sans travail et avec un bras en moins, il espère trouver un peu de réconfort auprès de la jeune fille. Mais celle-ci s'avère être une hôtesse de bar. Ne voulant pas entraîner son singe dans sa chute, il décide de le relâcher au zoo pour qu'il puisse rejoindre ses congénères. Malheureusement, cela ne va pas se passer comme l'ouvrier l'aurait souhaité...

Enfin, "Tête de cobra" narre l'histoire d'un jeune garçon, tête de turc de ses camarades d'école. Orphelin, il vit avec sa marâtre qui le déteste. Il est secrètement amoureux de Sattchan, sa voisine de classe. Un jour, il capture un cobra qui va lui servir à se venger de tous ceux qui l'ont fait souffrir jusqu'ici, avec en premier lieu son horrible belle-mère. Se croyant alors tout puissant, il va attirer Sattchan chez lui pour la forcer à devenir sa petite amie, sous peine d'être mordue par le cobra. Celle-ci refuse bien entendu et s'enfuit. Le jeune garçon comprend alors que rien n'a changé ni ne changera jamais pour lui et décide d'utiliser son cobra une dernière fois...

Bien qu'assez différentes dans leurs traitements ou leurs déroulés, on retrouve quand même dans ces treize histoires, des thèmes très sombres et récurrents que sont la mort et ses dérivés (le suicide, le meurtre ou l'avortement), l'amour, le sexe, le fait de ne pas vouloir entrer dans le moule de la société etc.
Ce format court est parfaitement adapté à ce genre de thématique, car tout y est concentré et beaucoup plus percutant. À ce titre, les chutes des histoires "Monkey mon amour" (avec le parallèle entre Monkey / la meute de singe et le protagoniste / la foule), "Requiem pour flocons de neige" (avec la "tromperie" des parents du protagoniste), ou encore celle d'"Un jour sans fin" - évoquée plus haut - sont particulièrement saisissantes.
La maîtrise de Yoshihiro Tatsumi pour ce format court saute vraiment aux yeux et prend aux tripes dans ce deuxième tome, que je trouve encore plus incisif et sombre que le premier. Dans la préface, l'auteur indique qu'il a dessiné ces histoires dans la douleur afin de pouvoir faire rayonner le gekiga comme il le souhaitait et cela se ressent totalement dans ces histoires sans concession.

Encore une fois, comme je l'avais dit pour le premier tome de cette anthologie, il ne faut absolument pas être rebuté par ces sujets qui - même s'ils ne sont pas très joyeux - n'en restent pas moins les fondements du gekiga. Lorsqu'il a lancé ce mouvement, Tatsumi voulait rompre avec les codes, les histoires et les thèmes des mangas d'alors, destinés à la jeunesse. Il voulait rendre compte de son époque et ainsi toucher un lectorat plus âgé, qui se reconnaîtrait dans ces problématiques. Grâce à cela, il a pu nous offrir ces "nouvelles dessinées" qui nous montrent un visage du Japon  - et des japonais - que l'on ne voit pas souvent sous nos latitudes.
Comme dans "Cette ville te tuera", on y retrouve cette impression que les protagonistes de ces histoires ne sont que des pantins broyés par la vie qui s'amuse avec eux. Dès qu'ils pensent pouvoir "faire quelque chose" pour prendre en main leur destinée, un drame survient, les renvoyant - au mieux - à leur état initial. Comme s'ils ne savaient - ou ne pouvaient - faire ce qu'il faut pour que cela change. Certains, comme le personnage principal de "Qui es-tu ?" l'ont bien compris et ne luttent même plus contre cela. Ils attendent juste de toucher le fond, même si celui-ci s'avère être plus bas que prévu. D'autres, comme les enfants de "Tête de cobra" ou de "La mère de Ken'itchi Shirase" auront des réactions bien plus violentes et - dans un sens - beaucoup plus triste et poignante.

En conclusion, même si l'atmosphère qui se dégage de cette œuvre est lourde et grave, cela n'en fait que mieux ressortir le talent de Yoshihiro Tatsumi. En effet, vu les thèmes abordés, il aurait été très facile de tomber dans le mélo de bas étage, ce qui n'est absolument pas le cas ici, bien au contraire. Même certains récits qui auraient pu s'avérer un peu casse gueule, vu la trame de l'histoire ("Qui es-tu ?" en est le meilleur exemple pour moi), sont en fait bouleversants et pas du pathétiques. La frontière étant très ténue entre les deux, Yoshihiro Tatsumi réussit le tour de force de nous livrer l'un sans même flirter avec l'autre.

Comme cela est de coutume, les éditions Cornélius nous offre encore une fois un livre magnifique (couverture toilée bordeaux foncé de toute beauté), qui rend pleinement justice au travail de Yoshihiro Tatsumi. Cette anthologie est apparemment prévue en - au moins - cinq volumes et il est inutile de vous dire que je serai au rendez-vous les prochaines fois (même si plus de deux ans entre deux tomes c'est un peu long) !

Les treize nouvelles qui composent ce volume sont : 
- Un jour sans fin (Weekly Shonen Magazine / avril 1970)
- Un chien à nourrir ( Big Comics / mai 1970)
- Le démon (Weekly Shonen Magazine / juin 1970)
- Monkey mon amour (Weekly Shonen Magazine / juillet 1970)
- La femme dans le miroir (Extra edition - Shonen Magazine / juillet 1970)
- Un bateau sans voile (Weekly Shonen Magazine / août 1970)
- La montagne où abandonner ses ancêtres (Weekly Shonen Magazine / août 1970)
- Tête de cobra (Extra edition - Shonen Magazine / août 1970)
- Requiem pour flocons de neige (Weekly Shonen Magazine / octobre 1970)
- L'anguille (Big Comics / août 1970)
- La mère de Ken'itchi Shirase (Extra edition - Shonen Magazine / juillet 1970)
- Singe de bar (Weekly Manga Times / novembre 1970)
- Qui es-tu ? (Weekly Doyo Manga / décembre 1970)

Note : 16/20


Rien ne fera venir le jour de Yoshihiro Tatsumi
Cornélius / Pierre / 2018
ISBN : 978-2-360-81152-6
332 p. / 31,50€

mercredi 7 mars 2018

Exposition Goscinny et Exposition Naoki Urasawa

J'ai profité de quelques jours de vacances pour aller visiter deux expositions qui me faisaient de l’œil depuis un moment pour l'une - Goscinny au Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme (MAHJ) et peu de temps pour l'autre - Naoki Urasawa à Paris Rendez-vous. Comme les deux lieux sont très proches, j'ai pu faire les deux dans la même journée. Autant dire que malgré le temps pourri, ce fût une super journée !
Goscinny - Au-delà du rire, au MAHJ, qui s'est terminée le 4 mars, était une très belle exposition retraçant la vie et l'œuvre de ce grand artiste qu'était René Goscinny. De lui, on connait bien sûr le scénariste de génie (Astérix, Lucky Luke, Iznogoud, Le Petit Nicolas pour ne citer que les plus connus), un peu moins le dessinateur (il a essayé de percer dans ce métier au tout début), et encore moins ses origines familiales. Cette exposition permet donc de nous présenter sa famille originaire de Pologne et d'Ukraine et de confession juive. Son grand-père est d'ailleurs l'auteur d'un dictionnaire Yiddish-Hébreux ! Mais le plus étonnant dans tout cela, c'est que ce côté de sa vie ne transparaîtra jamais dans ses œuvres. On pouvait également y découvrir beaucoup d'originaux d'Uderzo, de Tabary, de Sempé ou encore Franquin ! Que de très belles pièces. Après celle sur Gotlib en 2014, cette exposition au MAHJ valait vraiment le détour.



L'art de Naoki Urasawa, qui se tient à Paris Rendez-vous, un lieu que je ne connaissais pas avant (il s'agit en fait d'une partie de l'Hôtel de Ville), est une super exposition également. Et qui plus est, gratuite ! En plus de présenter des originaux de toutes les séries de l'auteur (Monster, Pluto, 20th Century Boys, Billy Bat etc...), on peut également y admirer les planches originales de sa nouvelle série "Mujirushi, le signe des rêves" qui se pense en partie en France. On peut aussi y découvrir quelques œuvres de jeunesse, une vidéo très intéressante sur ce qu'est la création pour Urasawa et plein d'autres petites choses. La présentation thématique est également très bien faite. Bref, cette exposition est vraiment à faire, surtout qu'elle est GRATUITE !



mardi 6 février 2018

Chronoctis Express - Tome 1 de Aerinn

Il y a de cela un an et demi, je participais à une campagne de financement participatif pour un manga made in France. Celle-ci fût couronnée de succès avec 166% de la somme demandée finalement récoltée. Cette bande dessinée, c'est "Chronoctis Express", œuvre d'une talentueuse artiste, Aerinn. Pourquoi vous en parler seulement aujourd'hui alors que je l'avais bien reçu dans les temps (prenez-en de la graine Graffcomics !) ? Tout simplement parce que le tome 2 est actuellement en cours de financement sur Ulule.
J'espère qu'à la fin de ma chronique, cela vous donnera envie d'y aller de votre petit écot pour que l'aventure se poursuive de façon luxueuse (et - oui - je veux le pin's tourte aux pommes débloqué si le projet atteint 300%).

Dans un monde futuriste, les morts ont désormais la possibilité de faire leurs adieux à leurs proches avant d'embarquer dans le Chronoctis Express, le train de la mort qui les emmènent vers l'au-delà. En effet, une fois la personne trépassée, celle-ci reçoit la visite d'un Nexros, c'est à dire un agent de Haïdora, la Déesse de la mort, qui lui remet son billet de train. Le défunt a donc le temps de dire au revoir à ses proches, sur le quai de la gare. Alex, est un jeune étudiant un peu peureux et qui sert de souffre-douleur à la brute de son école. Les seuls moments agréables pour lui sont ceux qu'il passe avec Anaël, une jeune femme un peu mystérieuse. La vie d'Alex va basculer le jour où Anaël est assassinée. Il décide alors de tout mettre en œuvre pour la sauver de ce funeste destin, même affronter sa peur des Nexros, du Chronoctis Express et de la mort...

Comme beaucoup de monde, je suis attentivement ce qui est proposé sur les plateformes de financement participatifs, au niveau de la bande dessinée. Chronoctis Express a retenu mon attention alors que bizarrement, je ne suis - à la base - pas très friand de ce genre de dessins, le trait d'Aerinn tendant clairement vers le shojo, mais dégagé de tous les défauts que je reproche à ce style. Il est vraiment maîtrisé et très agréable à l’œil. Les personnages sont très réussis, et tout de suite reconnaissables.  L'auteur évite également pas mal de petits artifices pour se concentrer sur l'essentiel et ne pas tomber dans la caricature. Il en résulte donc un trait très esthétique et pas du tout maniéré.
J'ai beaucoup aimé les décors - très détaillés - et surtout le design du Chronoctis Express, qui est à la fois beau, inquiétant et attirant.
La mise en page des planches est également très travaillée rend la lecture de ce volume vraiment plaisante.

Mais c'est l'histoire qui m'a réellement interpellé, ainsi, justement que l'atmosphère particulière qui résulte de ce mélange entre ce style shojo que l'on associe facilement aux histoires d'amour et ce récit qui parait finalement un peu plus sombre que ce que voulait bien en dire la présentation.
La lecture des deux premiers chapitres a fini de me  convaincre de la qualité de ce premier tome de "Chronoctis Express". Je ne suis effectivement pas aller plus loin, car je voulais avoir le plaisir de découvrir la suite de l'histoire une fois que j'aurais reçu l'ouvrage - chose que je n'ai pas regretté.
Le récit est très prenant et nous voulons absolument connaître la suite des aventures d'Alex qui n'est pas un surhomme, mais semble doté d'un petit quelque chose en plus. D'autant plus que l'auteur à l'intelligence - et la malice - de nous raconter les événements du point de vue du jeune homme. Cela permet de garder une grande part de mystère sur le monde de "Chronoctis Express", de se perdre en suppositions sur celui-ci et sur le récit mais surtout d'attendre avec impatience la suite de cette série - normalement prévue en 6 tomes - d'autant plus que ce premier tome ce termine sur un vrai cliffhanger de folie.

Ce tome est complété par un petit cahier dans lequel Aerinn nous présente la genèse de la série, des petits gags et surtout les différentes étapes de création des planches - ce qui est toujours très intéressant.
Comme vous l'aurez compris, je suis vraiment tombé sous le charme de cette histoire et de ce monde original. Je suis très impatient de lire la suite sur papier (pour les plus impatients et les plus curieux, les deux tomes sont disponibles en lecture sur le site de l'auteur). À noter également que le manga est édité par Kotoji Éditions et est donc commandable / trouvable chez tous les libraires.

Note : 16/20


Chronoctis Express - Tome 1 de Aerinn
Kotoji Éditions / 2017
ISBN : 979-1092066647
256 p. / 8,50€

mardi 7 février 2017

Le Vagabond de Tokyo - Tome 5 de Takashi Fukutani

Deux ans et demi après avoir chroniqué le tome 4 du Vagabond de Tokyo (Résidence Dokudami en VO), j'ai le plaisir de vous parler  aujourd'hui du tome 5 des aventures tragi-comiques de Yoshio. Inutile de vous dire que deux ans et demi entre deux tomes, c'est long. J'avais peur que l'enthousiasme qui était le mien à l'époque ne soit remplacé par de l'indifférence, tant il s'est passé de choses depuis. Mais que nenni et c'est avec une joie non dissimulée que je me suis replongé dans ces tranches de vie douce-amères du Tokyo des laissés-pour-compte.

Cet épais volume contient donc six histoires de notre Vagabond préféré :

Dans la première histoire de ce volume, nous retrouvons donc un Yoshio plus en forme que jamais (c'est le cas de le dire) qui se trouve atteint de priapisme. Pensant joindre l'utile à l'agréable, il est rencardé par un ami pour rencontrer une épouse délaissée par son mari. Bien entendu, cela ne se déroulera pas comme prévu.

Dans la deuxième, Yoshio va tâter du téléphone rose. Il rencontrera par cet intermédiaire une magnifique jeune femme. Évidemment, cela ne terminera pas comme Yoshio l'aurait voulu, mais pour une fois, il saura rebondir et tirer profit de la situation.

Dans le troisième récit - celui qui donne son titre au volume - Yoshio tombe dans la rue, sur une jeune femme évanouie. Il décide de l'amener à l'hôpital, ce qui lui sauve la vie. La jeune femme s'avère être une fille de bonne famille - en plus d'être très belle - et surtout elle semble ne pas être insensible aux charmes (hum hum) de  Yoshio. Celui-ci pense donc avoir trouvé la perle rare et est bien décidé à tout faire pour l'épouser - même à travailler ! Bien entendu, cela ne se fera pas pour notre loser préféré.

Dans la suivante, Yoshio rencontre un étrange personnage qui s'est retrouvé à la rue après avoir été éconduit par la femme qu'il convoitait. Parallèlement, notre vagabond de Tokyo a des vues sur une tenancière de bar. Après avoir tout fait pour remonter le moral de son nouvel ami, et lui remettre le pied à l'étrier, il se retrouvera, lui, encore une fois dans la fange...

Dans la cinquième histoire, suite à une chute dans les escaliers, Yoshio et Mitsuru Kaneko , l'homme sur qui il est tombé, se retrouvent prisonniers du corps de l'autre. Bizarrement, les deux y trouvent un avantage : Yoshio y gagne un foyer et une superbe épouse; Mitsuru, lui retrouve la liberté. Les choses se gâtent quand Mitsuru se rend compte que Yoshio pourrait bien profiter de la situation avec sa femme...

Enfin, dans la dernière histoire, Yoshio, toujours prêt à déboutonner sa braguette, décide de mettre à profit ce don et de se lancer dans une carrière "cinématographique". Embobiné par un réalisateur, il se retrouve sur son premier tournage avec un partenaire un peu particulier...

J'ai vraiment passé un très agréable moment avec ce loser magnifique qu'est Yoshio. Même si l'on sait très bien que cela se terminera mal pour lui, on tourne les pages pour découvrir la chute - la plupart du temps très cruelle pour notre antihéros.
Les scénarios sont bien menés et pour certains vraiment originaux. Le plus incroyable, c'est que l'auteur arrive à faire ça en ne s'écartant pas du postulat de départ qui est Yoshio, seul, sans travail, sans amour, sans argent, dans Tokyo. A priori cela pourrait tourner en rond assez rapidement, mais cela n'est jamais le cas avec les mésaventures de ce Vagabond de Tokyo.
Bien sûr, en filigrane, l'auteur parle des laissés pour compte de la société japonaise, et c'est un sujet assez rare dans les mangas - voire la littérature en général - pour être souligné. Takashi porte sur eux un regard sans concession, mais où transparaît quand même beaucoup d'affection. On voit qu'il aime raconter les bas-fonds et les déboires afférents mais toujours avec beaucoup d'humour.

Les dessins quant à eux sont ici vraiment très réussis dans l'ensemble, voire magnifiques lors de certains passages. On voit que ces histoires ont été dessinées lorsque Takashi Fukutani était encore en pleine possession de ses moyens : les corps féminins sont vraiment magnifiquement reproduits et les expressions grotesques de Yoshio sont à mourir de rire.

En conclusion, je pense que ce tome est le plus réussi et le plus homogène depuis le début de la publication de cette série. Les histoires du volume sont toutes très bonnes voire excellentes pour certaines et il n'y a aucun temps mort. On arrive au bout des 400 pages du volume en un rien de temps. Mais, vu que l'on prend autant de plaisir à le relire qu'à le lire, cela n'en est que meilleur.

Bravo au Lézard Noir pour avoir osé nous présenter cette œuvre et cet artiste totalement inconnu en France. Vivement le tome 6 !


Note : 18/20

Le Vagabond de Tokyo - Tome 5 de Takashi Fukutani
Le Lézard Noir / 2016
ISBN : 978-2353480814
440 p. / 23€

mercredi 12 octobre 2016

Néo Faust d'Osamu Tezuka


Un livre inédit du Dieu du manga est toujours un événement, surtout lorsqu'il s'agit comme ici, de l'un des derniers sur lesquels travaillait le maître avant de s'éteindre en 1989 (tout comme Gringo ou encore Ikki Mandara qui ne sont également pas achevés). 

Osamu Tezuka choisi ici de traiter à sa manière, le thème de Faust et de le situer dans les Japon des années 1960/1970, en pleine ébullition et autres manifestations étudiantes.

Ichinoseki est un vieux professeur qui, même s'il a consacré sa vie à l'étude du génie génétique n'a malheureusement pu percer les secrets de l'univers. Suite à une expérience qui a mal tournée, il agonise. Une jeune femme fait alors son apparition et lui révèle qu'elle est le diable, avant de lui proposer, en échange de son âme, une nouvelle jeunesse - synonyme de seconde vie.
Après avoir accepté le marché, le vieux Ichinoseki se retrouve dans un corps jeune et plein de vigueur, mais complètement amnésique : il ne semble se soucier que d'une femme qu'il a entraperçu avant que le diable ne lui donne une nouvelle jeunesse. Il est prêt à tout pour la retrouver...

Même si l'idée de départ est archi connue, Osamu Tezuka a réussi sans problème à s'en emparer et à y ajouter sa touche personnelle. Ce qui signifie également que le récit et son déroulement ne sont pas exempts de tous reproches. Comme souvent avec le Tezuka de cette période, on perd le fil conducteur de l'histoire, car pendant une grosse partie du livre, il n'est plus question de la jeune fille qui obsède  tant Ichinoseki. 
De plus, à cette époque, le maître voulait également paraître un peu plus "adulte" et n'hésitait pas à insérer des seins ou des fesses à des moments où cela n'était pas justifié, et là encore on retrouve cela ici. Sans parler de la touche "sociétale" - ici les manifestations étudiantes - que Tezuka incorporait dans ces histoires et qui n'était que survolée, au contraire de ce qui se faisait dans Garo et dont Yoshihiro Tatsumi était le premier représentant. Osamu Tezuka était un formidable dessinateur doué d'une imagination incroyable, mais un bien piètre témoin de cette époque agitée.

Mais, bien entendu, tous ces points négatifs ne sont que des petits détails de chipoteur (qui aime bien châtie bien dit-on), et ceux-ci n'éclipsent pas les bonnes choses dont est truffé ce Néo Faust.
Tout d'abord, la construction cyclique de l'histoire est une très bonne idée et permet d'éclairer des points ou des passages qui peuvent paraître un peu abscons au début du livre et surtout de se rendre compte que l'histoire était déjà écrite avant que l'on fasse connaissance des personnages. 
Ensuite, le talent de conteur de l'auteur agit ici dans le fait que l'on est face à une histoire (inachevée !) de plus de 400 pages et qu'il arrive à nous tenir en haleine tout le long de ce récit. Beaucoup d'autres auteurs nous auraient perdu en route, mais pas Tezuka, qui malgré des longs détours - qui n'en sont pas moins très intéressants - par rapport à l'intrigue principale réussit à tenir le cap et à retomber sur ses pieds.
Enfin, comme quasiment toujours avec Osamu Tezuka, le dessin clair, net et précis, ainsi que le découpage cinématographique sont une vraie réussite et y sont pour beaucoup dans la fluidité qui se dégage de ce récit très dense. 

Ce qui est très touchant dans cette histoire, c'est que l'on peut y voir une réflexion personnelle de l'auteur sur sa propre vie : il a continué à travailler jusqu'à son dernier souffle sur son lit de mort car il était persuadé de ne pas avoir tout dit et de ne pas avoir fait la moitié de ce qu'il aurait souhaité faire. La perspective d'une seconde vie devait lui sembler quelque chose de très attirant, même s'il ne l'aurait pas consacré au travail à l'instar de Ichinoseki qui a trouvé une quête plus personnelle.
La fin du livre est assez émouvante car on peut y voir dans les dernières pages, les rushs, puis les esquisses, puis juste les textes et enfin une case blanche, comme si nous étions les témoins de la fin du maître...
Néanmoins, je pense que cette oeuvre s'adresse avant tout aux connaisseurs de Tezuka, plutôt qu'au lecteur néophyte.

Encore une fois avec les éditions FLBLB, nous avons affaire à un bel objet, avec une couverture à rabats et du bon papier. Je ne peux que les remercier (et les amateurs de Tezuka avec moi) pour le travail réalisé pour nous faire découvrir les dernières œuvres ou celles moins connues de l'impressionnante bibliographie du maître.

Note : 14/20


Néo Faust d'Osamu Tezuka
FLBLB / 2016
ISBN : 978-2-35761-112-2
424 p. / 20€

mardi 1 mars 2016

Cette ville te tuera de Yoshihiro Tatsumi

J'ai découvert Yoshihiro Tatsumi tout à fait par hasard il y a quelques années de cela, grâce à la couverture de "L'Enfer", qui avait attiré mon attention. Et comme j'en parlais ici, je n'avais absolument pas regretté mon achat.
Depuis, Cornélius a édité le formidable "Une vie dans les marges", et malheureusement, Yoshihiro Tatsumi nous a quitté peu de temps après.
Pour lui rendre hommage, Cornélius a décidé de publier une anthologie de l'œuvre du maître, dont "Cette ville te tuera" est le premier volume. Il regroupe 23 histoires s'étalant sur une période allant de 1968 à 1970 (même s'il est indiqué 1968-1979 sur la page de garde).

Vu qu'il s'agit d'un recueil d'histoires courtes, il ne m'est pas possible de faire un résumé détaillé de l'ouvrage. Je vais me concentrer sur les trois histoires que j'ai préféré, même si, ce qui est assez marquant ici, c'est l'uniformité des récits proposés. Difficile en effet de trouver un histoire qui sort véritablement du lot, et encore moins une qui soit en dessous des autres.
Dans "Le compte", Yasu, un homme entre deux âges, travaille dans une morgue, où il s'occupe de nettoyer les cadavres en attendant qu'ils soient disperser dans les différentes écoles de médecine pour y être disséquer. Nécrophile, il délaisse volontiers sa femme au profit des corps des femmes récemment décédées. Un jour, sa femme vient lui apporter le repas qu'il avait oublié de prendre le matin avant de partir de la maison. En entrant dans la morgue, elle est saisie de peur à la vue des mort et elle bascule dans le bassin de nettoyage où elle se noie. Elle deviendra un corps de plus pour les étudiants et pour son mari...
"L'éprouvette" raconte l'histoire de Koike, un jeune interne en médecine donne son sperme à un médecin pour que celui insémine une patiente qui n'arrive pas à avoir d'enfant. Un jour il la croise et en tombe fou amoureux, sans que celle-ci ne connaisse son existence. Sa vie bascule quand le médecin décide, en accord avec sa patiente, d'arrêter d'avoir recours aux services de Koike. Celui-ci, fou de chagrin essaie de violer la jeune femme...
Enfin, dans "Le piège", un randonneur se retrouve au fond d'un trou et prisonnier d'une étrange paysanne. Celle-ci, qui est défigurée, l'informe qu'elle ne libérera que s'il tombe amoureux d'elle. Quelques jours plus tard, la femme du randonneur arrive dans la maison de la jeune paysanne et après quelques temps retrouve son mari, toujours prisonnier du puits. Celui-ci est prêt à tout pour en sortir, aussi bien faire semblant d'aimer la paysanne que de renoncer au divorce d'avec sa femme qui est en cours. Malheureusement pour lui, les deux femmes ne sont pas dupes...

Toutes ces histoires ont en commun un aspect du Japon des années 60/70 qui n'est pas très courant de voir en bande dessinée : sombre, assez pessimiste, voire décadent par moment. Il en ressort aussi l'impression que l'individu n'est rien. Qu'il est esclave, prisonnier ou un tout petit rouage de la société et de la vie en général. Tatsumi représente surtout des japonais moyens, homme ayant la trentaine, marié mais pas heureux en ménage, et cachant des secrets inavouables (nécrophilie, voyeurisme, etc.), ou des jeunes hommes, encore puceaux et bien que ne pensant qu'à satisfaire leurs envies, se retrouvant tétanisés quand l'occasion se produit. Ils se retrouvent le plus souvent prisonnier de leurs propres existences, en n'étant plus que des pantins broyés par la vie.
On a l'impression de suivre des inadaptés, qui n'ont pas su, pas pu ou pas voulu s'adapter au changement de société de l'après-guerre et la déshumanisation de celle-ci. À moins que ce ne soit la société qui n'ait pas su laisser assez de place à l'individu...

Même si tout cela n'est guère réjouissant, ne vous laissez pas rebuter par l'atmosphère sombre du volume. On a vraiment entre les mains un vrai monument du gekiga, qui vaut autant pour son témoignage d'une époque et d'un état d'esprit, que pour sa place dans la l'histoire de la bande dessinée japonaise. On voit vraiment que Yoshihiro Tatsumi était un spécialiste de l'histoire courte et qu'il se sert à merveille de ce format pour raconter (ou ne pas raconter - il y a beaucoup de non-dits) ce qu'il veut, avec une virtuosité déconcertante (fruit de beaucoup de travail - cf ""Une vie dans les marges").

Encore une fois, les éditions Cornélius ont fait un travail formidable, à la fois au niveau de l'objet qui est vraiment magnifique et rend vraiment hommage au travail de Tatsumi, qu'au niveau du contenu, qui est d'une rare homogénéité. Du grand art ! - et vivement la suite !

Au sommaire de ce copieux volume :

- Les piranhas (Gekiga Young / Octobre 1968)
- Les manjûs (Gekiga Young / Juillet 1968)
- Le compte (Gekiga Young / Août 1968)
- Le projectionniste (Gekiga Young / Septembre 1968)
- L'incinérateur (Gekiga Young / Octobre 1968)
- Le mannequin (Gekiga Young / Novembre 1968)
- Indésirable (Gekiga Young / Novembre 1968)
- L'éprouvette (Gekiga Young / Décembre 1968)
- Le maquereau (Gekiga Young / Janvier 1969)
- Sur le quai (Gekiga Young / Janvier 1969)
- Les égouts (Gekiga Young / Février 1969)
- Le téléscope (Gekiga Young / Février 1969)
- Le masque de Nô (Gekiga Young / Mars 1969)
- Le tueur à gages (Gekiga Young / Avril 1969)
- Mort par accident (Gekiga Young / Avril 1969)
- Le collier de chien (Gekiga Young / Septembre 1969)
- Le tango du chat noir (Gekiga Young / Octobre 1969)
- Mon Hitler (Gekiga Young / Décembre 1969)
- Le scorpion - Who are you ? (Garo / Décembre 1969)
- Le piège (Garo / Janvier 1970)
- Le laveur de vitres (Weekly Sunday Mainichi / Janvier 1970)
- C'est occupé ! (Garo / Mars 1970)
- C'est ici que nos chemis bifurquent (Garo / Février 1970)


Note 15/20

Cette ville te tuera de Yoshihiro Tatsumi
Cornélius / Pierre / 2015
ISBN : 978-2360810949
348 p. / 31,50€

mardi 2 février 2016

Mako, Rumi et Chii - Ma vie de famille d'Osamu Tezuka

Cela faisait un bon moment que je n'avais pas parlé ici d'une œuvre d'Osamu Tezuka. En même temps, on ne peut pas dire qu'il y ait beaucoup de sorties le concernant ces derniers mois. La nouveauté est cette fois-ci à mettre au crédit de Blackbox Editions (une petite maison qui monte et qui publie pas mal de bonnes choses vintages - pour l'actuel, je ne peux pas me prononcer, n'y connaissant rien). Il s'agit donc de "Mako, Rumi et Chii", récit semi-autobiographique, contant le quotidien d'un couple de jeunes parents.

Les Osamu, un couple fraîchement marié, vont connaître un grand bouleversement : la naissance de leur premier enfant. Tetsuro, qui est mangaka et consacre donc tout son temps à son travail, va devoir faire des concessions - et surtout apprendre à être père, ce qui révélera très difficile. Malheureusement pour lui, il ne sait pas encore qu'il aura deux autres enfants quelques années plus tard...

J'avoue avoir été un peu perplexe lors de la lecture des deux premières histoires. Celles-ci n'étaient pas trop mal, et se laissaient lire, mais il manquait un petit quelque chose. Heureusement, dès la suivante, le niveau décolle vraiment et la lecture de "Mako, Rumi et Chii" devient un réel plaisir.
Nous suivons donc le père mangaka, un peu à côté de la plaque, qui n'a pas de temps à consacrer à ses enfants (il était même en retard lors de l'accouchement de sa femme), son épouse qui s'occupe de tout, et leurs trois enfants : Mako, le rêveur, Rumi, au caractère bien trempé et Chii, la petite dernière toute calme.

Même si les thèmes abordés ne sont pas des plus originaux (la jalousie entre frère et sœur, l'école ou encore les enfants ingérables) les saynètes sont vraiment agréables à lire et ont toutes une chute assez réussie. Je pense que le talent de Tezuka y est pour beaucoup dans la réussite de cet exercice grâce à son don pour rendre les personnages attachants. On prend vraiment plaisir à suivre la vie quotidienne de cette famille, avec ses moments drôles, tendres et parfois émouvants.

Je pense aussi que cette bande dessinée parlera un petit peu plus aux personnes ayant la chance d'être parents, car même si "Mako, Rumi et Chii" relate des histoires se passant dans les années 60/70 au Japon, les thèmes abordés ont des portées universelles.

En conclusion, même s'il ne s'agit pas du meilleur album de Tezuka, "Mako, Rumi et Chii" se distingue par le fait qu'il est partiellement autobiographique et nous permet donc de découvrir une facette du Dieu du manga peu vu jusqu'à présent (même si on peut en apprendre un peu plus à la lecture de "Ma vie manga"). Le fait que les personnages soient très attachants ne fait que rendre cette bande dessinée encore plus sympathique.

Je profite de la place qu'il me reste pour dire bravo à Black Box Éditions, qui édite des pans entiers de l'histoire du manga (la collection Leiji Matsumoto, ou encore Go Nagai pour ne citer qu'eux). Alors si vous aimer les bons manga (avec un petit côté vintage, mais pas que), précipitez-vous sur leur catalogue, vous ne le regretterez pas !


Note : 13/20

Mako, Rumi et Chii - Ma vie de famille d'Osamu Tezuka
Black Box Éditions / One Shot / 2015
ISBN : 979-1092297379
176 p. / 10,90€

lundi 30 novembre 2015

Shigeru Mizuki (1922-2015)

C'est avec une grande tristesse que j'ai appris ce matin le décès du papa de Kitaro le Repoussant, l'immense Shigeru Mizuki. Grâce à lui (et surtout aux Editions Cornélius qui ont traduit son œuvre en français), j'ai pu découvrir ce monde incroyable des Yokai, et plus particulièrement des Kappas, ainsi que plein d'autres aspects de la culture japonaise, via son incroyable biographie dessinée.

Sayonara Sensei

mardi 10 mars 2015

Une vie dans les marges de Yoshihiro Tatsumi

C'est avec une grande tristesse que je vais faire la chronique de cette oeuvre monumentale (près de 900 pages !) puisque Yoshihiro Tatsumi vient de nous quitter ce weekend. Décidément, 2015 est une sale année pour les dessinateurs de BD (puisque nous venons de perdre il y a quelques semaines, Jacques Kamb, le père de Dicentim, sans parler de la tragédie du début d'année).
Cela faisait un petit moment que je voulais lire cette histoire, vu comment "L'enfer", m'avait enthousiasmé. De plus, j'ai toujours beaucoup aimé les biographies dessinées et surtout voir l'envers du décor de ce médium que j'aime tant. Enfin, encore une fois, le travail magistral des Éditions Cornélius fait que l'on ne peut qu'avoir envie d'ouvrir ces livres !

"Une vie dans les marges" est la dernière œuvre de Tatsumi. Il y raconte sa vie (même si pour cela il utilise un je est un autre du nom de Hiroshi), depuis son enfance à Osaka où il rêve déjà de devenir mangaka - comme son idole Osamu Tezuka - jusqu'aux année 2000 où on le verra enterré quelques uns de ses compagnons de route. Entre les deux, toute une vie passé dans les marges et en marge. 
Dans les marges, car Tatsumi depuis toujours, sait qu'il veut devenir dessinateur et donc a passé son enfance à noircir des pages et des pages. En marge aussi, car bien que mangaka, il sait très vite qu'il veut faire être chose, un autre manga. Qu'il y a un avenir plus "adulte" à la bande dessinée, et que pour cela il devra sortir des sentiers battus pour parvenir à ses fins.

L'histoire commence en 1945 quand Hiroshi, le double de papier de Tatsumi, a 10 ans. Durant son enfance, il devra faire face à plusieurs difficultés : le Japon d'après-guerre peine à se reconstruire et la famille de Hiroshi a pas mal de problèmes. Son père se fait avoir par un associé sans scrupule et se retrouve criblé de dettes. Le grand frère de Hiroshi est malade et fait de fréquentes crises de colère, surtout qu'il veut lui aussi devenir mangaka et est assez jaloux du talent de son frère. Enfin, une fois qu'il aura percé et se sera fait un nom, il découvrira la concurrence entre les dessinateurs et surtout entre les petits éditeurs qui naissent et disparaissent tout aussi vite, et ne tiennent pas toujours leurs promesses...
Sentant rapidement qu'il peut faire quelque chose de différent, Hiroshi créé le terme gekiga, qui se veut être la version plus adulte du manga, aussi bien dans le fond que dans la forme. Pour réussir cela, il décide de monter un "atelier" avec plusieurs de ses condisciples. Le succès de revues alimentées par leurs travaux sera au rendez-vous, notamment Kage, qui deviendra la référence pendant un petit temps.
Les années passent et Hiroshi est devenu une valeur sûre de l'édition. Malgré cela, il continue à se poser des questions sur son métier et surtout sur son œuvre. Éternellement insatisfait ou plutôt souhaitant toujours aller plus loin, tant sur le fond que sur la forme dans son art, il n'arrête jamais de se remettre en question. Quoiqu'il en soit, il aura au moins réussi à devenir l'égal de son idole : Osamu Tezuka.

Ce qui est formidable avec ce diptyque, c'est qu'il pourra aussi bien intéressé les mordus de manga et de gekiga, que les lecteurs qui n'y connaissent pas grand chose. Tatsumi raconte, en effet, à travers son histoire, l'histoire de toute une époque de la fin des années 40 au début des années 70 au Japon. Il y parle du climat social, au travers de sa famille, puis de sa situation personnelle. Il s'agit aussi d'un témoignage incroyable en ce qui concerne le milieu éditorial japonais de cette époque.
Comme je l'espérais après la lecture de "Gekiga Fanatics" de Masahiko Matsumoto, qui m'avait un peu déçu, "Une vie dans les marges raconte réellement la naissance du gekiga, dans le sens chronologique et surtout plus poussé (ce qui est normal vu la taille de ce diptyque). Mais cela m'a aussi permis de trouver plus de sens à "Gekiga Fanatics". En effet, les deux œuvres se font souvent écho sur certains personnages ou certains événements et permet d'appréhender ceux-ci de deux points de vue différents, ce qui est très intéressants.
On peut voir aussi que tout en étant très reconnu et estimé par ses pairs et surtout par ses éditeurs, Tatsumi admirait et jalousait en même temps ses condisciples Masahiko Matusmoto et Takao Saito. Cette admiration / jalousie lui a permis de toujours essayé d'aller plus loin et de tenter des choses qui parfois s'avéraient être en avance sur son temps. Cela montre aussi son humilité, car il ne s'est jamais reposé sur ses lauriers.

Je viens de m'apercevoir, que cette œuvre était tellement riche, que je n'ai même pas évoqué les dessins de Tatsumi ! Il est vrai que "Une vie dans les marges" est tellement touffue, tout en étant fluide, que je me suis plus attaché à l'histoire qu'aux dessins. Il en est ainsi des œuvres de cette envergure, comme "Persépolis" de Marjane Satrapi ou de la "Vie de Mizuki", où les dessins servent l'histoire sans prendre le pas dessus. Mais si on se penche sur ceux-ci, on s’aperçoit qu'ils sont efficaces, clairs et très agréables à regarder. Ce qui marque surtout, c'est le découpage, qui atteint vraiment des sommets, si bien que certaines planches où il n'y a aucun dialogues racontent plus que d'autres qui en contiennent.


Je ne saurais donc que trop vous conseiller la lecture de ce chef d’œuvre (il n'y a pas d'autre mot) du manga et de la bande dessinée en général.


Note : 17/20

Une vie dans les marges de Yoshihiro Tatsumi
Tome 1 :
Cornélius / Pierre / 2011
ISBN : 978-2360810086
452 p. / 33,50€

Tome 2 :
Cornélius / Pierre / 2011
ISBN : 978-2360810192
432 p. / 33,50€

vendredi 3 octobre 2014

Intégrale Capitaine Albator de Leiji Matsumoto

Comme tous les garçons et les filles de mon âge, j'ai grandi en regardant Albator dans Récré A2. C'est donc avant tout par nostalgie que j'ai voulu lire le manga de Leiji Matsumoto. Bizarrement, alors que je me souvenais des Sylvidres et de la façon dont elles mourraient (elles prenaient feu et criaient - c'était un peu flippant d'ailleurs), je ne me souvenais absolument pas de l'histoire générale. J'aimais juste regarder Albator voyager dans l'espace et les magnifiques vaisseaux spatiaux.

Albator, le pirate de l'espace, parcourt l'univers à bord de l'Arcadia, accompagné de son fidèle équipage. Ils fuient une Terre où les habitants sont devenus lâches et mous. Albator est décidé à vivre en liberté selon, ses règles et non celles dictées par les mystérieuses Sylvidres - des extraterrestres aux allures de femmes fatales - qui ont profité de la veulerie des humains pour prendre possession de la Terre.
Un seul homme a compris la menace que représente les Sylvidres : le professeur Daiba. Malheureusement, celui-ci se fera assassiner par les extraterrestres avant d'avoir pu convaincre les pouvoirs publics du danger. Son fils, le jeune Tadashi, rejoint alors l'équipage d'Albator, pour suivre le capitaine dans sa quête de liberté (et son combat contre les Sylvidres).

J'ai donc (re)découvert l'histoire avec plaisir. Même si le scénario tient en trois lignes (pas toujours très claires, il est vrai) et que le dessin est assez irrégulier (les vaisseaux sont magnifiques, les personnages beaucoup moins), je n'en ai pas moins été captivé. Sans doute le talent de Matsumoto.

Ce qui m'a paru assez étrange, c'est qu'à la fin du volume, Albator et l'Arcadia ne sont pas parvenus à détruire la menace Sylvidre, mais sont en route pour, malgré le nombre incroyables d'ennemis. Vu qu'il s'agit d'une intégrale, je pensais que l'histoire se terminerait pour de bon. Apparemment, Leiji Matsumoto, n'a eu soit ni le temps, soit ni l'envie de le faire. Ce qui est à la fois frustrant (j'aurais voulu que les "gentils" gagnent) mais aussi apparaît comme une fin ouverte où chacun peut imaginer selon sa sensibilité (les optimistes peuvent voir l'Arcadia gagner malgré le nombre, les pessimistes l'inverse). 
J'aurais également aimé savoir qui était le mystérieux ami d'Albator qui a conçu l'Arcadia, un vaisseau fantastique et presque vivant.

Sachant que chacune des œuvres de Matsumoto ont des résonances et des liens entre elles (le personnage principal de l'une fait souvent une apparition comme figurant dans une autre), j'aurai sans doute des réponses à mes questions un peu plus tard (Queen Emeralda est prévu pour la fin de l'année !) - ou pas.

En tout cas, rien que pour le côté historique ou patrimonial du personnage, la lecture de ce manga en vaut la peine. J'espère que Kana aura la bonne idée de ressortir Galaxy Express 999 dans un format proche de celui-ci, afin que l'on puisse profiter de l’œuvre de Matsumoto, un des grands noms du manga.


Note : 14/20

Intégrale Capitaine Albator de Leiji Matsumoto
Kana / Sensei / 2013
ISBN : 978-2505061212
1084 p. / 25€


vendredi 19 septembre 2014

La Nouvelle île au trésor d'Osamu Tezuka

Cela faisait longtemps que j'attendais la sortie de ce titre en France, puisqu'il s'agit du premier grand titre du Maître, qui a permis de poser les bases du manga moderne, (et de l’œuvre de Tezuka) et qui inspirera toute un tripotée de mangakas. Je remercie donc Isan Manga, une toute nouvelle maison d'édition, à qui l'on doit aussi Judo Boy, dont je parlerai dans quelques temps.

On peut déjà saluer le travail réalisé par Isan Manga sur l'objet lui-même, qui est très luxueux (ce qui justifie son prix). Couverture cartonnée, marque page en ruban et maquette très sobre et très classe (et je ne dis pas ça car elle ressemble un peu à celle de mon blog). Quand j'ai eu le livre entre les mains, j'ai tout de suite eu envie de l'ouvrir et de lire (même si une faute s'est glissée sur la quat' de couv'). L'intérieur présente des pages divisées en quatre cases rectangulaire de mêmes dimensions, ce qui nous donne vraiment l'impression de lire un story board.

Pete, jeune orphelin, embarque sur un bateau avec une carte mystérieuse trouvée dans le bureau de son défunt père. S'ensuit une quête onirique (mais pas pour Kadath l'Inconnue) à la recherche d'un trésor. Trésor convoité également par un dangereux pirate. Pete et son ami le capitaine du bateau vont devoir faire face à de nombreuses difficultés : requin très hargneux, animaux sauvages, tribu cannibale, dangereux pirates... Ils rencontreront même un ersatz de Tarzan !

Bien qu'il s'agisse de la version retravaillée par le Maître en 1984 (l'originale datant de 1947 a apparemment en partie disparue), nous avons à faire à une histoire en partie datée (sauf en ce qui concerne la fin, qui elle a été réécrite en 1984, et qui tranche un peu avec le reste de l'histoire). Mais datée ne veut pas dire pour autant sans intérêt. C'est même tout le contraire et c'est ce qui fait son charme.
L'histoire est divertissante, car elle ressemble à celles que l'on se raconte quand on est enfant et que l'on joue : des pirates, un tarzanide, des animaux sauvages, un trésor, de l'aventure. Que demander de plus ? Sans compter qu'il est agréable de parfois retomber en enfance, surtout en compagnie d'Osamu Tezuka. La fraîcheur qui caractérise cette première œuvre s'accompagne souvent d'incohérences, mais vu que l'on se laisse porter par l'histoire et le talent de metteur en scène de Tezuka, on passe volontiers dessus, pour ne retenir qu'une aventure comme aimerait en vivre n'importe quel enfant. Même en rêve.

Note : 15/20

La Nouvelle île au trésor d'Osamu Tezuka
Isan Manga / Shonen / 2014
ISBN : 978-2367680064
208 p. / 18€

jeudi 19 juin 2014

Gekiga Fanatics de Masahiko Matsumoto

J'avais envie de lire ce "Gekiga Fanatics" avant de m'attaquer à "Une vie dans les marges" de Yoshihiro Tatsumi, auteur de "L'Enfer". En plus d'être sur un sujet très intéressant, à savoir la naissance du Gekiga, l'objet est beau et donne envie d'ouvrir le livre et de le lire séance tenante.

L'histoire met en scène un trio de jeunes mangaka d'Osaka, bien décidés à donner naissance à une nouvelle forme de manga, plus adulte et avec un point tout à fait différent des autres bande dessinées de l'époque. Ils réussiront petit à petit à mener à bien leur projet grâce à la création de la revue de manga policiers : Kage.

Il ne s'agit à proprement parlé d'une autobiographie, puisque l'auteur a changé quelques noms de personnes et plus ou moins romancé certaines parties de son histoire afin de l'adapter au format de saynètes qui composent ce livre. Si cela surprend un peu au début - je m'attendais à une vraie autobiographie comme celle de Shigeru Mizuki, avec un déroulement continu dans le temps - on finit par s'y faire et à lire ce livre comme une succession de petites scènes qui témoignent plus de l'époque que de la création du gekiga à proprement parlé.

Et c'est là, pour moi, que le bât blesse. Je m'attendais vraiment à une autobiographie à proprement parlé et il ne s'agit en fait que de saynètes sans réelle logique chronologique. Même si on avance dans le temps à chaque chapitre, il y a souvent confusion et/ou redite de l'un à l'autre.
Je trouve que le dessin n'est pas non plus très intéressant, avec des personnages qui ont tous plus ou moins le même visage. On arrive assez facilement à les confondre, ce qui n'aide pas non plus à la fluidité du déroulement de l'histoire. Ce qui est très dommage, car je suis sûr que sur un autre type d'histoire, le trait de Matsumoto doit être très efficace (je vais essayer de me procurer "La fille du bureau de tabac" un de ces quatre).

Ceci dit, ces saynètes se laissent lire très agréablement, surtout grâce à la présence de Saito Takao, qui est à mon avis, le vrai héros de ce livre.

Il ne s'agit pas d'un mauvais manga - loin de là - mais, je suis juste un peu déçu, puisque je m'attendais à autre chose. Je pensais lire une vraie autobiographie, assez pointue, sur la naissance du nouveau manga et cela n'a pas été le cas. Ma lecture prochaine d'"Une vie dans les marges" devrait répondre à cette attente.

Note : 12/20

Gekiga Fanatics de Masahiko Matsumoto
Le Lézard Noir / 2013
ISBN-13: 978-2353480494
317 p. / 24€

mardi 10 juin 2014

Le Vagabond de Tokyo 4 de Takashi Fukutani

Quatrième opus de "Résidence Dokudami", connue sous nos latitudes sous le titre "Le Vagabond de Tokyo". 
J'avais déjà un peu parlé de la série il y a quelque temps, et j'en avais dit tout le bien que j'en pensais. Ce nouveau volume ne fait confirmer mes sentiments vis à vis de celle-ci et de Yoshio, le (anti) héros.
Après une parenthèse bucolique dans le volume précédent, qui nous permettait de découvrir la famille et les origines de Yoshio, nous sommes de retour ici, de plain pied, dans son quotidien assez minable. Toujours sans travail, donc sans argent et sans relation amoureuse, il continue à vivoter comme il peut, dans son appartement crasseux.
Un jour, un peu par hasard,il se retrouve engagé par une agence de détectives privés. Il va surtout avoir affaire à des histoires d'adultères, mais cela n'est pas sans lui plaire.
On le retrouve également, quelques temps plus tard en VRP essayant de refourguer un produit qui semble rendre fou de désir quiconque s'en asperge.
Bien entendu, avec Yoshio, cela ne va jamais aller dans le bon sens et il se retrouvera plusieurs fois dans des situations assez délicates (avec des yakuzas entre autres) ou complètement farfelues.

Encore une fois, c'est ce mélange de grotesque et de pathétique qui donne tout le sel à cette série. Il y a bien sûr des passages un peu olé olé, vu que Yoshio est aussi obsédé par la chose qu'il est alcoolique (c'est vous dire le niveau) mais cela ne fait que renforcer cette atmosphère si particulière. 
Le trait de Takashi Fukutani est ici, je pense à son apogée, à la fois clair et fluide, comique et appliqué. Sa santé ne devait pas être encore trop mauvaise au moment de la rédaction de ces pages, et on sent qu'il éprouvait vraiment de l’empathie pour son personnage - qu'il finira par faire mourir de façon assez glauque (cf Le Vagabond de Tokyo 1).

J'ai vraiment passé un très bon moment à suivre ces nouvelles aventures douces amères de ce pauvre Yoshio, et je suis impatient de lire le prochain volume, même s'il faut pour cela attendre presque deux ans. En tout cas, je remercie les éditions Lézard Noir de nous faire découvrir ce manga qui nous change des productions mainstream.

Note : 17/20

Le Vagabond de Tokyo 4 de Takashi Fukutani
Le Lézard Noir / Le Petit Lézard / 2014
ISBN : 978-2353480548
424 p. / 23€


vendredi 18 avril 2014

Vie de Mizuki Tome 3 : L'apprenti de Shigeru Mizuki

Troisième et dernier volume de la biographie fleuve de Shigeru Mizuki (ce qui est normal vu la vie étonnante et longue que le Maître a eu, et continue à avoir à 92 ans). Après le tome 1 traitant bien entendu de son enfance, et de le tome 2 de la guerre et de son retour à la vie civile, nous retrouvons ici le père de Kitaro le Repoussant là où nous l'avons laissé à la fin du deuxième volume.

Shigeru Mizuki est toujours sans argent et doit courir de gauche à droite pour essayer de décrocher des contrats ou des commandes (qui, quand il arrive à en avoir, sont rarement honorés), mais en plus, il vient de se marier et sera père dans peu de temps. La situation devient assez critique pour lui et sa famille.
Un jour pourtant, il sent que le vent tourne et que la fortune va enfin lui sourire. Et effectivement, quelques temps plus tard, il décroche un gros contrat, qui lui permet - entre autre - de créer son propre studio, bourré d'assistant plus ou moins compétents. Lui qui pensait en avoir enfin fini avec la chasse aux commandes, découvre qu'il y a pire : la course contre la montre pour rendre les pages à temps. Bien qu'entouré de jeunes apprentis mangaka, il est toujours obligé de dessiner du matin au soir et est victime de surmenage. Un retour aux sources s'impose. Il s'était toujours promis de retourner en Nouvelle Guinée pour revoir ses amis rencontrés pendant la guerre. C'est le début d'une série de voyages aux quatre coins du monde (Nouvelle Guinée, Australie, Mexique, Bhoutan), à la découverte des peuples et de leurs folklore.

J'ai, encore une fois, beaucoup aimé ce magnifique ouvrage (encore une fois bravo à Cornélius pour la qualité de l'objet). Ici, Shigeru Mizuki parle beaucoup de ses différents voyages à la découverte des traditions et du folklore d'autres peuples et cela donne une vision très humaniste du personnage et son attachement viscéral aux yokai et autres créatures surnaturelles du monde entier.
Il se présente d'ailleurs un peu comme un "ethnologue" des yokai, n'hésitant pas à acquérir des statuettes ou des masques de divinités et à enregistrer (sous le manteau) des musiques et des chants qui leurs sont destinés et à se les repasser plus tard, pour se remettre dans l'ambiance.
 
Ce qui marque après la lecture de ces trois tomes, c'est le peu de place accordé à Kitaro. Alors que le Maître est principalement connu pour ce personnage et que Kitaro est très populaire au Japon, Mizuki en parle à peine, comme s'il considérait celui-ci comme une œuvre parmi tant d'autres.
A mon goût, ce volume est un peu moins intéressant que les autres, car la trame de l'Histoire en arrière plan est beaucoup moins présente que lors des deux tomes précédents, et Mizuki semble parfois faire un peu de remplissage en incorporant des histoires de fiction. Mais l'ensemble est plutôt agréable à lire et les dernières pages sont juste magnifiques !

Vivement le prochain bouquin de Mizuki !

Note : 14/20

Vie de Mizuki Tome 3 : L'apprenti de Shigeru Mizuki
Cornélius / Pierre / 2014
ISBN : 978-2360810666
493 p. / 34,50€

mercredi 26 mars 2014

Kitaro le repoussant 1 de Shigeru Mizuki

En attendant de lire le troisième et dernier volume de la biographie de Shigeru Mizuki, j'ai eu envie de me replonger dans Kitaro. J'avais acheté et lu ce volume en 2008, juste avant mon voyage au Japon.

Ce premier volume est composée de sept histoires courtes.
La première, "Une famille ultra mondaine", raconte la naissance et les origines de Kitaro, né borgne et ayant dû rampé hors du corps de sa mère. On découvre ses parents morts-vivants, qui finissent par mourir, excepté un oeil de son père qui le conseillera dans toutes ses aventures.
- "La main" : Kitaro, ou plutôt sa main, se bât contre un vampire français qui souhaiterait faire du Japon son garde-manger.
- "Un aller simple pour l'enfer" : deux gangsters trouvent refuge dans la cabane de Kitaro. Mais leur mauvais comportement les conduira directement en enfer...
- "Les chats-gobelins" : des chats terrorisent et tyrannisent un village. Kitaro va devoir se battre contre eux pour ramener la paix et le calme.
- "Ondin" : des enfants découvrent une sorte de pierre dans laquelle est enfermé Ondin, un mauvais yokai. Celui-ci prend possession du corps d'un des enfants. Kitaoro va tout faire pour l'en chasser.
- "Le parasite arborescent" : une curieuse maladie / malédiction frappe un village : ses habitants se retrouvent changés en arbre. Ils appellent Kitaro à la rescousse, mais le combat contre la maladie et contre un yokai ne sera pas facile. Même pour Kitaro.
- "La guerre des monstres" : des monstres étrangers veulent prendre possession du Japon. Kitaro réunit un groupe de yokai pour aller les combattre et les chasser du Japon. A noter la première apparition de Ratichon, le demi-yokai tantôt malfaisant tantôt aimable, et sidekick de Kitaro.

Autant le dire tout de suite, j'avais vraiment été absorbé par la lecture de ce premier tome à l'époque - tout un pan de la bande dessinée et de la culture japonaise s'ouvrant devant moi - et ce fût encore le cas cette fois-ci. Ayant toujours aimé le monde des fantômes / monstres, je suis vraiment comblé avec ces histoires. Sans compter que je suis fan du trait de Shigeru Mizuki (à noter que dans la première histoire, on voit qu'il n'a pas encore trouvé son style), je suis donc vraiment ravi de la lecture de cette bande dessinée. Je vais maintenant lire le troisième tome de la biographie de Shigeru Mizuki, puis une fois ceci fait, je me lancerai dans la relecture du tome 2 de ce cher Kitaro !

Note : 16/20

Kitaro le repoussant 1 de Shigeru Mizuki
Cornélius / Paul / 2007
ISBN : 978-2915492323
217 p. / 15,50€

mardi 18 février 2014

Moi, la mort et Kappa de Shigeru Mizuki

Troisième et dernier tome des aventures de Sampei et de son copain le kappa. Cet opus est constitué de petites histoires assez indépendantes ainsi qu'une plus longue, qui vient apporter une conclusion à l'ensemble du cycle. Un peu plus grave et plus adulte que les deux précédents volumes (mise à part la première histoire, peut-être), celui-ci n'en reste pas moins un très très bon divertissement.

Après son épopée du précédent épisode, Sampei rentre chez lui et découvre que le messager de la mort et sa famille sont installés chez lui. Même si celui-ci semble avoir pris sa retraite après s'être fait virer, il n'en reste pas moins dangereux et bien déterminé à emmener l'âme de Sampei aux enfers.
Sampei deviendra l'élève d'un grand maître, spécialiste dans l'art du pet. Il sera ensuite confronté au messager de la mort qui a ouvert une fabrique de jambon, et enfin, il ira faire un tour dans la dangereuse cité des chats, et n'en reviendra pas indemne. Tout cela alors qu'il avait enfin retrouvé sa mère !

Ce dernier volume des tribulations de Sampei et de ses amis est à mon goût, le meilleur des trois. Les histoires y sont plus maîtrisées, moins brouillonnes, plus posées et flirtent souvent avec le conte. On sent bien que Shigeru Mizuki après s'être bien amusé dans les épisodes précédent, voulait apporter ici une touche un peu plus grave, rappelant par certains côtés le ton employé dans certains passages de NonNonBâ (que j'ai bien envie de relire d'ailleurs).

Les dernières pages de cet album, font parties, pour moi, des plus belles et poétiques que je n'ai jamais lu en bande dessinée (voir lu tout court) et rien que pour cela, je vous recommande vivement cette trilogie.
Et encore merci aux éditions Cornélius d'avoir importé Shigeru Mizuki dans nos contrées !

Note : 17/20

Moi, la mort et Kappa de Shigeru Mizuki
Cornélius / Pierre / 2011
ISBN : 978-2360810079
320 p. / 22,50€

mardi 11 février 2014

Kappa & compagnie de Shigeru Mizuki

Deuxième volume de la trilogie "Mon copain le kappa" du senseï Shigeru Mizuki. Je ne l'avais pas lu lors de sa sortie, et c'est bien dommage. Je suis très content d'avoir réparer cet impair, tant cette bande dessinée m'a emballé. Comme toujours avec cet auteur, l'histoire est très agréable à lire et nous permet de découvrir tout un pan de la culture nippone, en ce qui concerne les yokai notamment.

Dans cet épisode, situé dans la continuité du précédent, Sampei et son ami Kappa sont de retour au royaume des kappas pour une fête très importante. 
En effet, à l'occasion du dix millièmes anniversaire de la race des kappas, une cérémonie a lieu. Sampei et son ami Kappa sont finalement chargés d'une mission de la plus haute importance : retrouver les sept joyaux sacrés des kappas, défendus, pour chacun d'eux par un yokai très puissant. 
Ceci, afin que le nouveau roi suprême des kappas soit sacré et puisse ainsi perpétuer la race des kappas. Sampei et Kappa réussiront-ils leur mission ?

Bien sûr, il n'est pas exempt de tous défauts, surtout au niveau de la chronologie de l'histoire des kappas en début de volume. Mais cela n'est pas bien grave, tant on prend plaisir à suivre les aventures de  Sampei et Kappa dans le monde souterrain, affrontant plein de monstres et d'entités issues du merveilleux folklore japonais. L'humour scatologique du premier volume est ici quasiment absent, du fait du ton général un peu plus grave de l'histoire.
A lire absolument !

Note : 16/20

Kappa & compagnie de Shigeru Mizuki
Cornélius / Pierre / 2010
ISBN : 978-2360810000
304 p. / 22,50€

jeudi 6 février 2014

Ma vie manga d'Osamu Tezuka

Voilà un bouquin qui trainait depuis longtemps dans ma bibliothèque - depuis noël 2011 - pour être précis, et auquel, faute de temps, je n'avais pu me consacrer. C'est aujourd'hui chose faite. Ceux qui me lisent - et je sais que vous êtes nombreux, environ deux - savent à quel point j'aime l’œuvre de Tezuka. Connaissant un peu sa vie et son travail, il était tout naturel que je m'intéresse à ce livre, au format rappelant la bibliothèque verte de mon enfance (mention spéciale, d'ailleurs à la couverture qui est magnifique).

Tout d'abord, il convient de dire que ce livre n'est pas une autobiographie, ni même une biographie d'ailleurs. Il s'agit d'un recueil d'extraits de conférences et d'interviews du maître et de certains de ses proches.
Les premiers chapitres sont consacrés à son enfance. Il y explique que, se sentant brimé par les autres enfants, et n'étant ni sportif ni très bon élève, il a développé son art du dessin pour plus ou moins être accepté, et pleins d'autres anecdotes qui nous en apprennent un peu plus sur le dieu du manga.
Il y raconte aussi sa guerre et comment un jour de 1944, après avoir échappé à la mort lors d'un bombardement, il décide de devenir mangaka et est encouragé dans cette voix par sa mère. 
Ces chapitres sont extrêmement intéressants et on aurait voulu que tout le livre soit du même tonneau.  Malheureusement, la fin du livre laisse plutôt la place a des questions plus philosophiques et généralistes (telles que l'éducation des enfants ou encore les dangers du progrès scientifique) et est donc un peu moins prenante que le début. Mais, le livre n'en reste pas moins un document précieux pour quiconque s'intéresse à Tezuka, rien que pour les témoignages des ses proches (sa sœur, son ami d'enfance, ou encore le chef d'entreprise qui l'a aidé à remonter la pente après la faillite de ses studios d'animation) et pour les pages dessinées de ses œuvres de jeunesse.
Par contre, il est vrai qu'avec un titre pareil, je m'attendais un peu à autre chose au niveau du contenu.

Note : 13/20

Ma vie manga d'Osamu Tezuka
Kana / Sensei / 2011
ISBN : 978-2505008682
190 p. / 12,70€

mardi 4 février 2014

Mon copain le kappa de Shigeru Mizuki

J'avais déjà lu, lors de sa sortie en 2010, ce manga de Shigeru Mizuki et j'avais beaucoup aimé (comme toutes les autres de Mizuki d'ailleurs). J'avais donc acheté les yeux fermés les deux volumes suivants, mais sans jamais avoir eu l'occasion de les lire. C'est désormais chose faite.

Sampei, jeune garçon un peu gauche et rêveur, est élevé par son grand-père à la campagne. En effet, son père a disparu quand il était encore bébé, et sa mère a donc dû partir à Tokyo pour pouvoir gagner sa vie et subvenir aux besoins de son fils.
Sampei est également victime de moqueries de la part de ses camarades de classe, tant il ressemble à un kappa, (yokai aquatique dont la tête légèrement creuse est remplie d'eau et entourée d'une couronne de cheveux). Un jour, alors qu'il se repose dans une barque, des kappas le capturent et l'emmènent avec lui dans leur royaume sous-marin.
Il y découvre leur civilisation, et des êtres assez imbus de leur personne. Il en font immédiatement leur animal de compagnie, vu que les hommes ne sont que des "sous-kappas". Pour prouver au roi des kappas que la race humaine n'est pas si aussi attardée qu'il semble le penser, il sera accompagné du fils de roi - qui ressemble à Sampei -  lors de son retour à la surface. 
S'en suivra un bon nombre d'aventures, puisqu'ils vont croiser le chemin d'un tanuki assez espiègle, du messager de la mort qui veut à tout prix récupérer le grand-père Sanpei pour l'emmener au royaume des morts, des petits hommes et pleins d'autres choses. Tout ceci en devant participer aux championnats nationaux de natation, alors qu'il ne sait pas nager !

"Mon copain le kappa" peut paraître un peu brouillon au premier abord, mais une fois passé les premières pages qui peuvent en rebuter certains, on est complètement embarqué dans cette odyssée fantastique au cœur du Japon des années 50/60. L'humour pipi-caca est très présent, mais vu que j'en suis moi-même resté à ce stade-là, cela ne m'a pas dérangé. Pour les récalcitrants à ce genre d'humour, je leur conseillerai de passer outre, sous peine de se priver d'une histoire très attachante, au même titre que Sampei et son copain le kappa.

Note : 15/20

Mon copain le kappa de Shigeru Mizuki
Cornélius / Pierre / 2010
ISBN : 978-2915492798
320 p. / 22,50€

vendredi 17 janvier 2014

Exposition Osamu Tezuka à la Galerie Barbier & Mathon

Même si le projet dont je vous parlais ici ne verra pas le jour, il y aura quand même une exposition Osamu Tezuka à Paris cette année.

En effet, la  Galerie Barbier & Mathon dans le 9ème arrondissement de Paris, proposera en effet, du 29 janvier au 28 février, une cinquantaine d'œuvres du Dieu du Manga.

A ne pas manquer, donc !



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