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mardi 22 janvier 2019

Intégrale Félix - Tome 4 de Maurice Tillieux


Les Éditions de l'Élan continuent leur magnifique travail de mémoire en l'honneur de ce maître du neuvième art qu'était Maurice Tillieux, en nous offrant deux fois l'an, des pépites que sont ces intégrales de Félix.
Ce quatrième tome ne fait pas exception à la règle et la qualité est encore une fois au rendez-vous avec un volume de toute beauté qui regroupe six histoires du journaliste à houppette, béret et lunettes, toutes parues en 1951.
Contrairement au tome précédent qui avait vu nos trois amis voyager à l'autre bout du monde, nous avons ici affaire - mise à part une histoire "flashback" - à des contrées un poil moins exotiques (Angleterre, Écosse, Marseille et Neuilly), sans que pour autant l'intérêt de celles-ci ne diminuent (c'est même le contraire à mon humble avis).
C'est donc parti pour ma chronique de ce tome 4 de l'Intégrale de Félix par Maurice Tillieux !



Au sommaire de ce quatrième tome :
- Une tête doit tomber
- "Continentale"
- La Liste n°3
- Félix enseigne le judo
- Cette sacrée publicité !
- La momie mène la danse

Dans "Une tête doit tomber", Félix et ses comparses sont à Marseille, pour se reposer de leurs aventures en Corée. Tandis qu'il lit le journal, Félix tombe sur un article concernant l’exécution prochaine du brigadier Durand, coupable d'avoir empoisonné son supérieur. Sentant qu'il y a anguille sous roche, le journaliste va rencontrer l'accusé, puis ayant besoin d'un peu de temps pour prouver l'innocence de Durand, demander à Allume-Gaz et Cabarez de retarder de quelques jours l'exécution de l'accusé. Comment ? Tout simplement en volant la guillotine !

"Continentale" : Suite aux retentissement de l'affaire Durand, Félix et ses camarades sont assaillis de demandes d'interviews de la part de journalistes. Félix étant absent, Allume-Gaz décide de leur raconter l'une de leurs anciennes aventures vécue au Mexique où ils ont aidé leur ami Tony Berto à sauver sa petite compagnie aérienne sur laquelle lorgnait avidement la "Continentale". Cette dernière, dirigée par des hommes peu recommandables n'avait en effet reculé devant aucun moyen pour mettre la main sur l'entreprise de Berto, allant jusqu'au sabotage en plein vol d'un avion. Mais cela était sans compter sur la présence de Félix et d'Allume-Gaz dans le cockpit...

Dans "La Liste n°3", Félix, Allume-Gaz et Cabarez sont à Londres. Ils ont été envoyés par leur journal dans la capitale anglaise pour couvrir des fouilles archéologiques dans le Devonshire. Tandis qu'ils s'absentent de leur appartement, celui-ci est "visité" par deux malfrats qui le mettent sens dessus dessous. Ils sont dérangés dans leur besogne par le retour impromptu de Félix. Après s'être battu avec eux, Félix s'aperçoit qu'il ne manque rien dans ses affaires... Puis il reçoit un coup de téléphone de l'inspecteur Taurus qui lui apprend que l'on a trouvé un message sur cadavre, indiquant qu'une liste se trouvait dans les affaires de Félix. Le journaliste va alors se mettre en route pour retrouver la trace de ses agresseurs, sentant que les deux événements sont forcément liés...

"Félix enseigne le judo" : Tandis qu'ils se trouvent encore à Londres, les trois amis reçoivent la visite d'un homme qui souhaite que Félix lui apprenne quelques rudiments de judo. L'homme étant très (trop) insistant, le journaliste se fait plaisir de lui montrer et de pratiquer toutes sortes de prises sur lui, en faisant beaucoup de bruit. Une fois l'élève reparti, l'inspecteur Degelbee rend visite aux trois compagnons pour leur apprendre qu'un vol de bijoux a eu lieu dans l'hôtel. Plus précisément dans la chambre voisine de celle de Félix. Le journaliste sent que "son élève" n'était pas seulement ici pour prendre une leçon de judo...

Dans "Cette sacrée publicité !", Félix, Allume-Gaz et Cabarez se rendent en Écosse, à Balmoral pour se reposer. Pourtant, dès leur arrivée dans la ville, ils apprennent que Jim Cavendish, un célèbre coureur automobile a disparu, tandis qu'il doit disputer le Grand Prix d'Écosse dans une semaine ! Afin de le retrouver rapidement, une prime de 100000£ est même proposée. Bien entendu, une telle somme va attirer l'attention de deux petites frappes qui vont tout faire pour mettre des bâtons dans les roues de Félix et Allume-Gaz, qui sentent qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans cette disparition.

"La momie mène la danse" se passe en France et plus précisément à Neuilly, où depuis quelque temps, les chats disparaissent les uns après les autres. En tout, c'est plus de 200 chats qui se sont évaporés en moins de trois semaines. Sentant que cela cache une affaire sordide, Félix part enquêter sur place, secondé comme il se doit par Allume-Gaz et Cabarez. Très vite, ils vont se rendre compte que tout semble tourner autour d'un drôle de personnage : le docteur Boissy, condamné il y a quinze pour trafic de drogues et envoyé au bagne de Cayenne pour y purger sa peine...

Autant le dire tout de suite, ce tome - qui a une saveur particulière pour moi, car il regroupe les histoires par lesquelles j'ai découvert Félix - est une complète réussite. Même "Félix enseigne le judo" qui démarre comme une succession de gags "slapsticks", un peu dans l'esprit de "Les chasses de Cabarez" du tome précédent, se révèle être finalement une très bonne surprise avec ce vol mystérieux commis quasiment sous le nez de nos trois amis et bourré d'humour grâce aux jeux de mots pourris d'Allume-Gaz (qui préfigurent ceux de Libellule dans Gil Jourdan) et au pauvre Cabarez. 
La case qui débute "La liste numéro 3" où l'on voit Félix filer un uppercut à un gars trois fois plus gros que lui est l'image qui reste associé à ma découverte de la série. En effet, quand mon père m'avait ramené cette bande dessinée à la maison (avec également un Timour de Sirius, mais cela est une autre histoire), j'ai tout de suite su que j'allais aimer cette histoire. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'un gringalet avec des lunettes filait une rouste à un grand costaud. Pour une fois, le mec à lunettes n'était pas (que) l'intello, mais se servait aussi de ses poings ! Mais ce qui m'a vraiment fait basculer dans la série, c'est le subtil mélange d'action et de suspense que l'on retrouve dans cette histoire. En très peu de cases, nous avons l'impression qu'il se passe tellement de choses qu'il parait impossible que cette histoire ne fasse que 12 pages. Et on comprend ensuite pourquoi Maurice Tillieux réutilisera ces histoires / idées pour des albums de 48 pages.
Cette histoire était pour moi, jusqu'ici la meilleure de toute celles que j'avais lu, mais ça c'était avant que je ne découvre l'histoire qui clôture magistralement ce quatrième tome : "La momie mène la danse". Tout dans cette histoire est une réussite. Maurice Tillieux arrive à créer une atmosphère très particulière qui ressemble un peu à celle de l'histoire "N'y touchez pas, il est maudit !" présente dans le tome 5 (ce qui est un peu normal vu qu'il s'agit chronologiquement du récit venant ensuite), à savoir quelque chose de très particulier, mélange de fantastique et réalisme très terre à terre. Le fait que cela se passe en banlieue parisienne rajoute aussi à cette réussite, car l'on se rend compte qu'en 1951, Neuilly était un tout peu différent de ce qu'il est désormais.

Pour ce qui est des autres histoires, elles sont toutes de très haute volée. Que ce soit "Une tête doit tomber" et son idée de départ totalement saugrenue de vouloir voler la guillotine pour repousser l’exécution d'un innocent, "Continentale", où le côté très hard boiled de Félix ressort lorsqu'il menace le vil Moreno de le pulvériser en l'attachant à la turbine de l'avion, ou encore "Cette sacrée publicité !" et son idée de génie - qui sera d'ailleurs "empruntée" par Greg quelques années plus tard. Ce tome 4 est à mon goût le plus homogène de tous ceux qui ont été publiés jusqu'à présent. C'est très simple, il n'y a rien à redire !

Pour ce qui est du dessin, on sent ici - comme pour le tome 3 - que Maurice Tillieux est en pleine possession de ses moyens et maîtrise parfaitement tous les ingrédients de ses histoires. Que ce soient les personnages, les décors (la banlieue de "La momie mène la danse" est criante de vérité et participe complètement à cette atmosphère poisseuse, digne de "Brouillard au Pont de Tolbiac" de Tardi - à moins que ce ne soit l'inverse, vu les décennies qui séparent les deux œuvres), les véhicules... Tout concours à la lisibilité de l'histoire et ne tend que vers un seul objectif : l'action !
La mise en page est elle aussi vraiment impeccable et parfaitement maîtrisée : les angles de vues sont très travaillés, l’enchaînement de divers formats de cases pour coller au rythme du récit et surtout les premières cases de chaque histoire qui donne le tempo du récit sont magnifiques.
Pour être un peu tatillon, je dirai que le seul bémol ici concerne le lettrage des phylactères. En effet, dans certaines bulles on a l'impression que l'auteur s'est laissé aller et n'a pu faire rentrer son texte qu'au chausse-pied ("défaut" que l'on retrouve aussi chez Jacobs et ses fameux récitatifs).

Encore une fois, les copieux dossiers présents en début de volume sont tout simplement indispensables. Nous retrouvons tout d'abord une présentation détaillée de chaque histoire, avec remise en contexte, sources d'influences et indication de réutilisation dans la suite de l'œuvre de l'auteur. Ensuite, nous avons droit à un dossier "Les voitures dans la série Félix", qui montre à quel point Maurice Tillieux était un amateur d'automobiles qui se documentait beaucoup pour pouvoir ensuite les reproduire le plus fidèlement possible dans ses histoires. Passionnant.

On peut dire que j'attendais avec impatience ce tome 4, puisqu'il contient les premières histoires de Félix que j'ai lu étant plus jeune, à savoir : "Une tête doit tomber", "Continentale" et "La Liste n°3". Quel bonheur de pouvoir les relire aujourd'hui "dans leur jus" avec la reproduction à l'identique des pages d'origines et complétées par les programmes non-stop ! Ces histoires me font toujours le même effet et sont pour moi la quintessence de cette série. Sans compter une histoire dont j'avais beaucoup entendu parler sans avoir réussi à mettre la main dessus : "La momie mène la danse", qui apparait finalement comme la meilleure des histoires de Félix que j'ai lu jusqu'à maintenant. Tout y est : de l'action, du suspense, de l'humour, une mise en page et un récit totalement maîtrisés. Bref, que du bon, voire du très bon pour ce quatrième tome de cette intégrale, qui grâce au travail méticuleux des Éditions de l'Élan restera dans les annales de la bande dessinée. Vivement la suite et donc le tome 8 !

Note : 18/20


Intégrale Félix - Tome 4 de Maurice Tillieux
Les Éditions de l'Élan / 2018
ISBN : 978-2960185959
135 p. / 29,95€

mercredi 27 juillet 2016

Intégrale Félix - Tome 6 de Maurice Tillieux

Après un cinquième tome plus qu'enthousiasmant, j'attendais avec impatience la suite des aventures de Félix, (superbement) publiées par les Éditions de l'Élan. Le sixième tome (mais le deuxième publié) est aujourd'hui disponible pour notre plus grand plaisir.

On retrouve également, en préambule aux histoires proprement dites, une longue et passionnante présentation de l'univers de Félix, du rapport du personnage et de l'auteur avec la "littérature de mauvais genre", qui ont fait que la censure a eu raison de l'aventure Héroic-Album et donc du personnage de Maurice Tillieux...

À noter que les histoires sont toutes précédées (et c'est ce qui fait l'intérêt de cette édition), par les programmes "non-stop", des petits strips qui s’intercalaient entre deux épisodes de Félix et qui annonçaient au fil des semaines, l'histoire à venir, une sorte de "teasing" avant l'heure.

Au menu de ce tome 6, qui reprend la suite des histoires parues en 1952, nous retrouvons donc :
- L'étrange Mister Queen
- Un squelette très riche
- Pop Corn et les diamants
- Un mystérieux colis
- Une combine au poil
- L'île au diable

Dans "L'étrange Mister Queen", est la conclusion du dyptique publié dans le tome 5 qui se passent aux USA. Félix et ses deux comparses, Cabarez et Allume-Gaz sont sollicités par la police pour mettre en terme définitif au trafic de drogue et appréhender le chef du réseau, le mystérieux Mister Queen.
Dans "Un squelette très riche", Allume-Gaz, pris de nostalgie, souhaite revoir sa maison natale, en proche banlieue parisienne. Arrivés sur place, les trois amis sont surpris par la pluie et doivent trouver refuge dans une maison en ruine où ils surprennent un cambrioleur...
Dans "Pop Corn et les diamants", Félix est engagé par un armateur américain pour enquêter sur un trafic de diamants qui se passent à bord de ses navires. Malheureusement pour lui, Félix est obligé de faire équipe avec le détective de la compagnie, le dénommé Pop-Corn, qui est son antithèse !
Dans "Un mystérieux colis", Félix reçoit un coup de téléphone d'un inconnu qui dit lui avoir envoyé un colis. Alors que celui-ci arrive, le postier se fait agresser par deux hommes qui lui dérobent le colis avant que Félix ait pu en prendre possession. Peu de temps après, Félix apprend que l'expéditeur du colis a été abattu...
Dans "Une combine au poil", le commissaire Maroy, un ami de Félix, a reçu une lettre étrange d'un homme déclarant qu'une "ombre" veut le tuer. Il demande à Félix, qui adore le mystère, d'enquêter de son côté pour voir ce qu'il en est réellement...
Enfin, dans "L'île au diable", les trois compagnons vont retourner en Amérique du Nord, mais cette fois-ci au Canada, pour enquêter sur une affaire de faux billets de banques...

Encore une fois, l'ensemble des histoires de ce tome se lisent très bien et démontrent le talent et l'habilité de Maurice Tillieux. J'ai particulièrement bien aimé "Un squelette très riche" pour son atmosphère et ses décors de banlieue un peu délabrée et en mutation. L'histoire est assez classique, mais vu que le scénario tient bien la route et qu'il y a de l'action, on se laisse vraiment embarqué.
Mais mon vrai coup de cœur pour ce tome, c'est "Une combine au poil", car d'une part il y a côté mystérieux qu'on retrouvait dans certaines histoires du tome 5, et d'autre part parce que le récit se déroule en partie dans les Catacombes de Paris. La case d'ouverture de l'histoire est d'ailleurs magnifique. Là encore, l'atmosphère est quasiment aussi importante que le récit lui-même.

Comme pour le tome précédent, les Éditions de l'Élan ont vraiment fait un superbe travail. L'objet en lui-même est magnifique et de bonne qualité et le contenu est à l'avenant. Même si comme je le disais plus haut, la dimension "mystère / étrange" qui était assez présente dans le tome  5 est ici quasiment absente, les histoires d'une facture plus classique (polar, hard-boiled, policier) sont tellement bien réalisées qu'elles se lisent avec beaucoup de plaisir. Vivement la suite !


Note : 15/20

Intégrale Félix Tome 6 de Maurice Tillieux
Éditions de l'Élan / 2016
ISBN : 978-2960185904
136 p. / 29€

Le prochain volume, le 7, devrait sortir à la fin de l'année, puis à raison de 2 tomes par an : 1, 2, 3, 4, 8, 9, 10 et 11.

mardi 3 mai 2016

Intégrale Félix - Tome 5 de Maurice Tillieux

J'ai découvert Félix il y a de cela quelques années maintenant quand mon père est revenu un jour les bras chargés de BD : quelques unes que j'ai oublié, un Jerry Spring, "Terre Sauvage" de la série Timour, et surtout "La liste n°3". Ce dernier m'a vraiment marqué, car j'avais entre les mains un mélange de tout ce que j'aimais à l'époque : le côté ligne clair de Tintin pour les décors, les personnages et l'ambiance en général, les visages "gros nez" de Gaston et Astérix, et le tout mâtiné d'action d'aventure un peu plus viril que ce que j'avais lu avant. Je m'étais donc plongé sans attendre dans la lecture dudit volume et je n'avais pas été déçu (par contre les dessins de "L'histoire de la médecine" en fin d'album me faisaient un peu flipper). Malheureusement, je n'avais pas pu à l'époque, trouver d'autres volumes et le temps ayant fait son affaire j'ai peu à peu oublié le petit héros à lunettes et béret...

Heureusement, aujourd'hui, les Éditions de l'Élan - maison d'édition belge qui s'est donnée pour mission de remettre sur le devant de la scène bédéphile le nom de Maurice Tillieux - s'est lancé dans la réédition intégrale des aventures de Félix, dans une version que l'on pourrait considérer comme des fac-similés des éditions originales, parues dans la revue Héroïc Album.

Nous retrouvons donc dans ce magnifique album les 6 histoires suivantes de Félix, Cabarez et Allume-gaz, ses fidèles compagnons, datant des années 1951-1952, (le tout précédé par une présentation de l'œuvre et de l'auteur) :
- N'y touchez pas, il est maudit !
- L'homme invisible
- Le tumulus
- Félix n'est pas rentré
- Cent dollars le rêve...
- On liquide !

À noter que les deux dernières histoires forment un arc qui se passe aux États-Unis, alors que toutes les autres sont indépendantes.

Dans "N'y touchez pas, il est maudit !", Félix se retrouve confronter à une affaire un peu spéciale, puisqu'un coffret semble doter de pouvoirs maléfiques et qu'il transforme quiconque l'ouvre en petit tas de cendres... Bien entendu Félix n'y croit pas une seule seconde.
Dans "L'homme invisible", un directeur soupçonne un de ses comptables d'avoir la possibilité de se rendre invisible et donc de disparaître (au sens propre) avec la recette qu'il convoie. Incrédule au premier abord, Félix accepte pourtant d'enquêter, la curiosité étant plus forte que tout.
Dans "Le tumulus", Félix est appelé pour enquêter sur un affaire assez exceptionnelle : l'employé d'un comte prétend que celui-ci a trouvé le moyen de fabriquer de l'or. À peine arrivé sur les lieux, le comte est abattu. Félix va devoir faire la lumière sur ce double mystère.
Dans "Félix n'est pas rentré", Félix est capturé par des malfrats. Allume-gaz et Cabarez font tout faire pour le retrouver et résoudre ensemble tout une affaire de chantage.
Enfin, dans "Cent dollars le rêve..." et "On liquide !", Félix et ses deux amis s'embarquent pour l'Amérique pour faire un reportage sur le trafic d'opium. Malheureusement pour eux, les truands ne vont pas rester les bras croisés et font tout faire pour se débarrasser d'eux...

Dans l'ensemble, ces histoires sont vraiment bien ficelées et tiennent vraiment la route (je dis dans l'ensemble, car pour moi, l'intrigue de "L'homme invisible" est un peu tiré par les cheveux - mais est heureusement sauvé par le rythme de l'histoire).
J'ai adoré "N'y touchez pas, il est maudit !" dont l'intrigue est vraiment bien menée et qui rien qu'avec sa page d'ouverture donne envie de lire l'histoire. On retrouve un peu une ambiance à la chevalier Dupin de Poe, qui me plaît beaucoup.
"Le tumulus" m'a beaucoup plu aussi pour son cadre (une vieille tour, un tumulus et un trésor) qui ferait presque penser à un récit d'aventure. Encore une fois, la page d'ouverture donne vraiment envie de lire l'histoire.
Enfin, dans le diptyque "Cent dollars le rêve..." et "On liquide !" j'ai retrouvé le vrai côté hard-boiled qui m'avait tant plu dans mes jeunes années. En plus, on voyage en Amérique où les malfaiteurs sont un peu plus brut de décoffrage qu'en France et ne reculent devant rien pour mener à bien leurs actions criminelles.

Les dessins - quant à eux - me plaisent toujours autant pour ce style qui fusionne à merveille les deux courants de la bande dessinée franco belge. Le trait est clair et précis, les véhicules sont représentés à merveille, et les personnages ont de vraies tronches et très bonnes attitudes.

Un Tintin sous testostérone qui flirte (mais sans y toucher) avec le surnaturel, deux comparses hauts en couleurs (dont un qui a des faux airs de Groucho Marx), des meurtres, des kidnappings, de la drogue, des filatures, le tout mené tambour battant. Bref, de l'action et de l'aventure de très bonne qualité. Vivement le tome 6 qui devrait normalement paraître le mois prochain. !


Note : 16/20


Intégrale Félix Tome 5 de Maurice Tillieux
Éditions de l'Élan / 2015
ISBN : 978-2960111378
136 p. / 29€

Pourquoi commencer par le numéro 5 et non par le numéro 1 comme cela aurait été logique ? Tout simplement parce que entre les différentes rééditions parues par le passé, il ne restait que quelques histoires "inédites", qui sont donc reprises ici.
Le prochain volume, le 6, devrait sortir au mois de juin, puis à raison de 2 tomes par an : 7, 1, 2, 3, 4, 8, 9, 10 et 11.


mercredi 13 avril 2016

Le Club de Michel Pagel

Un nouveau roman de Michel Pagel, est toujours - pour moi en tout cas - un événement, tant ce talentueux auteur se fait rare de nos jours (qu'il est loin le temps du Fleuve Noir...). L'ayant découvert il y a quelques années, tout à fait par hasard avec "Orages en Terre de France", (attiré par la couverture de Max, l'auteur de "Spoty et la lune Alphane", dont je vous parlerai un de ces jours), je suis aujourd'hui un fan inconditionnel de son œuvre

Après s'être attaqué à l'Histoire avec un grand H, avec "Le Roi d'Août", ou "Le dernier des Francs", Michel Pagel s'attaque aux petites histoires de notre enfance en imaginant ce que sont devenus les enfants du Club des 5 de la fameuse Bibliothèque Rose après que nous ayons fini de lire leurs aventures.

Il y a longtemps, Claude, François, Mick, Annie et leur chien Dagobert ont vécu des aventures incroyables. Trente ans après, ils se retrouvent dans la maison de leur enfance, invités pour Noël par Claude qui y habite toujours. Les retrouvailles les confrontant à ce qu'ils sont devenus ne sont pas aussi chaleureuses et heureuses qu'ils auraient pu les imaginer. Très vite, la mort de la mère de Claude, pourtant très âgée et très malade vient assombrir un peu plus le tableau. Surtout que ce décès ne semble pas naturel...

Le livre se lit d'une traite - comme cela est souvent le cas avec cet auteur - tant l'écriture est fluide et sans fioriture et l'intrigue bien amenée. Cela est d'ailleurs à souligner tant le sujet de départ aurait pu être assez casse-gueule, en faisant vieillir ces héros populaires (la fin de l'enfance, la fin de l'innocence, le chamboulement de la puberté...) et surtout en les confrontant avec leurs doubles originaux anglo-saxons lors d'aller-retours qui nous font douter : les français existent-ils réellement ou ne sont-ils que des héros de papiers comme leurs homologues ? Et donc l'histoire que nous sommes en train de lire ne serait-elle pas qu'un ultime épisodes de leurs aventures ? 
Pourtant, malgré cette complexité, les événements s'enchaînent sans aucun problème, et à aucun moment on ne perd le fil du récit. On veut absolument savoir qui est responsable de la mort de Claude (et des suivantes) et surtout pourquoi. On suit donc les investigations du Club dans ce thriller fantastique très court mais très dense. 

Le seul bémol pour moi, c'est que je n'ai jamais été fan de la série d'origine. À vrai dire, je n'ai lu qu'une seule de leurs histoires et je n'avais pas accroché - essentiellement je pense, parce qu'à l'époque je n'aimais pas lire. Je ne peux donc pas me prononcer concernant les projections de Michel Pagel sur les enfants devenus adultes et les aurais-je imaginé ainsi ou non ? Mais cela n'a en rien altéré le bon moment que j'ai passé en leur compagnie. Je vais même vous faire une confidence : je crois que je vais bientôt emprunter un Club des 5 à la bibliothèque municipale pour juger sur pièce.


Note : 14/20

Le Club de Michel Pagel
Les Moutons Électriques / La Bibliothèque Voltaïque / 2016
ISBN : 978-2361832421
160 p. / 15€

À noter que Les Moutons Électriques ont réédité en version collector le cycle de la "Comédie Inhumaine" en 8 volumes. Malehreusement

jeudi 27 septembre 2012

Des femmes qui tombent de Pierre Desproges

A Cerillac, petit village coincé entre le Limousin et le Périgord, des femmes meurent on ne sait ni trop comment, ni trop pourquoi. A première vue, elles se sont suicidées. Mais des faits et des indices troublent le docteur Rouchon et le journaliste Marro...

Autant le dire tout de suite, on ne lit pas vraiment ce roman policier pour l'intrigue - même si celle-ci se tient - mais pour la plume de l'auteur. 
J'étais trop jeune quand Pierre Desproges est mort, et le peu que je me souviens de lui, c'est de la "Minute Nécessaire de Monsieur Cyclopède". Je me souviens aussi que cela me faisait rire souvent, mais que ça me plongeait assez souvent dans des abimes de réflexion, car je ne comprenais souvent rien.
Je l'ai redécouvert plus tard, en lisant des albums d'Edika. Ça m'a alors donné envie de le découvrir un peu plus. Je me suis donc procuré tous ses petits livres publiés par Points et j'ai tout lu... sauf son roman. Pourquoi ? Sans doute parce que j'avais peur d'être déçu. Des sketches ou des chroniques sont des formats courts alors qu'un roman, même court (un peu plus de 150 pages), c'est un format long.
Et puis, en époussetant ma bibliothèque - c'était ma semaine de ménage annuelle - je suis tombé dessus. Et je l'ai lu d'une traite. Le style Desproges est là et bien là. Je me suis même surpris à lire quelque passage à voix basse, juste pour la beauté - et la verve de l'auteur.


Bref, un livre qui se lit vite et qui donne envie de se replonger dans l’œuvre du Monsieur. A conseiller aux imbéciles qui aiment et à éviter pour les imbéciles qui n'aiment pas.
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